Bilan

Deux solutions romandes face à la pandémie

Deux sociétés, l’une à Genève et l’autre à Sion, proposent des pistes face au Covid-19. Combioxin développe un traitement contre les pneumonies sévères. De son côté, Calyps a développé un logiciel qui anticipe le nombre de personnes qui se rendront aux urgences dans les sept jours à venir.

Des startups suisses apportent des pistes intéressantes pour lutter contre les pandémies du type de celle que le monde subit en ce moment.

Crédits: Keystone

Deux sociétés romandes proposent deux solutions totalement différentes mais toutes deux novatrices face au Covid-19.  C’est le cas notamment de la start-up genevoise Combioxin, fondée en 2015 par Samareh Azeredo da Silveira Lajaunias et son mari Frédéric Lajaunias. Le couple de biologistes développe une molécule découverte à l’Université de Berne, le CAL02, qui agit comme un bouclier, empêchant le pathogène de créer des dommages dont certains peuvent être graves, irréversibles, ou même mortels.

«CAL02 est un liposome innovant dont la composition unique permet de lutter contre les pneumonies sévères», explique Samareh Azeredo da Silveira Lajaunias. Un premier essai clinique a été réalisé directement chez le patient, admis aux soins intensifs pour une pneumonie bactérienne grave.

Cibler les virus à enveloppe

«Cela représente chaque année plus de 3,5 millions de patients en Europe et aux Etats-Unis ayant un risque de mortalité supérieur à 30%, malgré les meilleurs traitements disponibles aujourd’hui», affirme Samareh Azeredo da Silveira Lajaunias, dont la société a été invitée par la FDA (Food and Drug Administration américaine) pour participer, comme expert, à un panel sur les approches non traditionnelles pour combattre les infections. «Les premiers résultats cliniques sont extrêmement prometteurs. Les patients traités se sont rétablis plus rapidement que les patients recevant uniquement les traitements antibiotiques conventionnels et ont pu quitter les soins intensifs une semaine plus tôt. Cet impact thérapeutique représente aussi une économie majeure sur les coûts de la santé.»

Désormais, la start-up lance un programme spécialement axé sur le Covid-19. Le principe est le même que pour les pneumonies bactériennes. «Nous pouvons cibler les virus à enveloppe, tel que les coronavirus. Le virus s’accroche sur nos liposomes qui agissent comme des éponges. Ils l’empêchent ainsi d’entrer dans les cellules, de s’y multiplier, et de causer des dommages, poursuit la jeune femme qui espère bénéficier de mesures accélérées de la part des autorités réglementaires pour poursuivre les étapes cliniques. Nos études ont non seulement démontré une absence totale de toxicité causée par CAL02 chez l’homme mais aussi la capacité du médicament à protéger les patients des co-infections bactériennes qui empirent drastiquement l’état clinique.» Ces co-infections ont touché plus de 50% de patients Covid-19 décédés à ce jour.

A quand un traitement? Cela va dépendre des appuis financiers et politiques. Les premiers patients pourraient être testés dans les six mois. «Il y a plusieurs pistes pour s’attaquer au Covid-19 et c’est tant mieux. Il faut agir sur tous les fronts et continuer à tester des antiviraux, comme c’est le cas actuellement», poursuit la cofondatrice de Combioxin.

Calyps intéresse les hôpitaux

Toute autre innovation, celle proposée par la société valaisanne Calyps. Elle a développé un logiciel pour mieux gérer le flux des patients dans les hôpitaux. Depuis quelques semaines, ses logiciels d’intelligence artificielle suscitent l’intérêt des hôpitaux qui ne savent plus comment gérer l’arrivée aux urgences des patients atteints de coronavirus. La PME a développé un logiciel qui prévoit l’imprévisible.

«Nous sommes capables d’anticiper le nombre de personnes qui se rendront aux urgences sur une semaine. Nous essayons, grâce à notre outil, d’optimiser au mieux le flux des patients pour mieux anticiper les besoins en lits, en personnel, en imagerie, en stock de médicaments, en matériel et en consommables, note Tony Germini, directeur et co-fondateur de l’entreprise sédunoise. Avec le coronavirus, notre modèle apprend et s’affine tous les jours pour être au plus proche possible de la réalité.»

Et les chiffres prédictifs sont vertigineux. «Il y a certaines variables que nous ne maîtrisons pas encore, notamment le temps exact d’incubation mais aussi la façon dont la population applique les recommandations des gouvernements. Ces données changent d’un pays à l’autre mais aussi d’une ville à l’autre parce que le niveau socioculturel n’est pas le même. Nous essayons de fournir un modèle prédictif aussi fiable que possible», poursuit Tony Germini.

L’entrepreneur qui a fondé sa société il y a dix-neuf ans dans le Valais parcourt désormais la France car plusieurs hôpitaux ont manifesté leur intérêt par rapport au modèle de Calyps. «Prédire ne permet pas de soigner, relativise Tony Germini. Mais la crise actuelle liée au coronavirus va certainement accélérer la transition numérique dans la santé, aussi bien dans le domaine de la télémédecine que dans le partage des données médicales entre professionnels.»

Le système, nommé CALAI, a été développé en collaboration avec la Haute Ecole d’ingénierie et de gestion du canton de Vaud (HEIG-VD). Après une phase d’expérimentation, il est exploité tous les jours depuis septembre dernier au Centre hospitalier de Valenciennes, dans le nord de la France afin d’anticiper les besoins sur sept jours.

Le logiciel permet d’estimer le nombre de personnes qui se rendent aux urgences chaque jour de la semaine à venir, combien parmi eux seront hospitalisés et dans quel service. Lorsque ces personnes se rendent à l’hôpital, des renseignements – sexe, âge, diagnostic, constantes vitales ou examens effectués – s’ajoutent au logiciel pour l’optimiser.

Bloch Ghislaine NB
Ghislaine Bloch

Journaliste

Lui écrire

Ghislaine Bloch a découvert le monde de la vidéo et du reportage dès son adolescence. Après l'obtention d'un master à la Faculté des Hautes Etudes Commerciales de l'Université de Lausanne, elle démarre sa carrière à L'Agefi où elle effectue son stage de journaliste. Puis elle rejoint le quotidien Le Temps en 2004 où elle se spécialise dans les sujets liés aux start-up, à l'innovation, aux PME et à la technologie. Des thématiques qu'elle continue de traiter chez Bilan depuis 2019.

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