Bilan

Deux pépites suisses qui rendent l’air et l’eau plus pur

La problématique de la purification de l’air et de l’eau est centrale aujourd’hui. Les installations pour contrôler les bactéries dans l’eau sont souvent vétustes. Le Covid-19, et sa transmission par aérosol, a lui mis en lumière la question de l’assainissement de l’air. Deux sociétés suisses amènent des solutions à ces situations.

Jérémy Senouillet et Dalila Gharbi travaillent sur les produits de bNovate.

Crédits: Alessandro Della Bella

Certaines substances ou bactéries sont nocives pour l’être humain. S’il est impossible de tout aseptiser au quotidien, des sociétés suisses ont trouvé des manières de réduire l’impact des bactéries. C’est notamment le cas de bNovate Technologies, qui a mis au point un instrument permettant de mesurer en continu la qualité microbiologique de l’eau.

L’idée est simple: elle consiste à surveiller en temps réel et en continu la quantité de bactéries dans toute la chaîne de distribution de l’eau potable. Cela permet d’intervenir de façon préventive et rapidement en cas de problème, avant sa consommation par les habitants. Actuellement, bon nombre de producteurs d’eau utilisent encore un système de contrôle basé sur la culture de bactéries sur plaques. Ce processus inventé en 1882 par Robert Koch nécessite plusieurs jours d’incubation en laboratoire avant d’obtenir des résultats.

La solution de la scale-up Lausannoise vise, quant à elle, une surveillance automatique et connectée des bactéries 24h/24. «Nous voulions inventer une solution simple d’utilisation et extrêmement robuste qui répond aux besoins de l’industrie de l’eau au niveau mondial», argue Simon Kuenzi, co-fondateur et actuel CEO R&D et Opérations de bNovate. Le boîtier relié au réseau d’eau prélève un échantillon et, après y avoir ajouté une solution rendant l’ADN fluorescent, compte précisément avec un laser chaque bactérie présente. Une station de traitement de l’eau qui remarque une anomalie peut ainsi directement prendre des mesures pour éviter la distribution d’une eau contaminée.

Simon Kuenzi, CEO de bNovate, avec le boîtier mis au point par la scale-up. Crédits: Benjamin Reymond.

Une station qui remarque une anomalie peut ainsi directement prendre des mesures pour éviter la propagation d’une eau polluée. «La difficulté a été réellement de rendre la solution robuste», explique le CEO. Après dix années de développement, bNovate a obtenu plusieurs brevets. «Nous avons pu prouver la faisabilité du projet en 2013 à l’aide d’un prototype et grâce à la collaboration avec le Service de l’eau de la Ville de Lausanne. L’industrialisation a ensuite pris 4 ans, car nous voulions mettre sur le marché un produit de haute qualité avec pour ambition de devenir le nouveau standard pour cette application», explique Simon Kuenzi.

D’autres s’y sont essayés avant eux, mais leurs produits n’étaient pas assez robustes. Le succès rapide du BactoSense s'explique notamment avec ce qu'ont visé les concepteurs: facilité d’utilisation, faible coût de maintenance, rapidité de détection d’une eau contaminée et surveillance en continu et digitale.

Depuis 2017, bNovate distribue ses produits en Suisse et en Europe. En plus du développement commercial, bNovate continue à innover: une nouvelle solution est déjà en phase de développement. Si la première génération se concentre sur le comptage général des bactéries, la suivante permettra de détecter avec précision la présence éventuelle de bactéries pathogènes comme l’Escherichia Coli ou les légionnelles.

Quant au prix, il s’élève à environ 50’000 francs pour un instrument. «A l’échelle d’une ville, le retour sur investissement est rapide et durable», relativise Simon Kuenzi. Des stations comme celles de Neuchâtel, Zurich et Lutry ont adopté la solution, ainsi qu’une trentaine d’autres clients en Suisse. En 2021 bNovate prévoit de conquérir le marché asiatique et américain.

L’air pour ADD

Des sortes de grands ventilateurs aux quatre coins d’une salle, un boîtier de mesure pour la démonstration et l’air y est plus pur. C’est en résumé la manière dont fonctionnent les produits d’ADD, une start-up suisse née en 2020. Elle reprend une technologie GENANO, mise au point en Finlande. Le processus de purification de l’air fonctionne en deux temps. La ionisation piège les particules de l’air avant que des décharges électriques tuent les micro-organismes présents sur les particules.

Si le projet est arrivé à Boudry, dans le canton de Neuchâtel, c’est grâce aux contacts entre GENANO et le Service cantonal de l’économie, lequel a demandé à la société JLR Project d’étudier la technologie finlandaise. L’entreprise de Jérôme de la Rosa a estimé que le jeu en valait la chandelle. Steve Amstutz et Samir Chercher ont rejoint le projet pour que ADD Swiss soit entièrement autofinancée. 500’000 francs d’investissement ont permis aux fondateurs de s’assurer un quota de production de GENANO ainsi que de l’exclusivité de la distribution en Suisse.

Pour l’heure, ce sont surtout des sociétés pharmaceutiques qui sont clientes de la start-up. Jérôme de la Rosa y bénéficie de beaucoup de contacts, d’autant plus qu’il est chargé de s’assurer de la conformité des salles blanches depuis plus d’une vingtaine d’années. Certains centres médicaux et manufactures horlogères se montrent également intéressés. «Les filtres sont arrivés à leurs limites» précise le cofondateur. L’EPA, soit l’agence de protection de l’environnement des Etats-Unis, estime que les purificateurs d’air sont des compléments intéressants.

Une papier de la clinique du Cleveland fait un point de situation des bienfaits potentiels de la purification de l’air. «Plusieurs études ont montré des améliorations dans la pression sanguine et le rythme cardiaque après l’installation de purificateurs d’air (...). Par contre, les docteurs n’ont pas de données à long terme prouvant que les purificateurs d’air réduisent les AVC, crises cardiaques ou le taux de mortalité.»

Le processus d’ADD Swiss se découpe en cinq étapes:

  1. L’air contaminé est aspiré et récolté à l’intérieur de l’unité.
  2. Les particules sont chargées négativement lors d’une puissante décharge électrique de ionisation. Les particules chargées négativement sont attachées à la chambre de collecte positive. Les microbes organiques sont détruits par des chocs électriques.
  3. L’air est conduit vers un collecteur de charbon actif qui élimine efficacement les gaz COV (composés organiques volatils) et les odeurs.
  4. L’air ultra pur sortant est totalement exempt de particules de jusqu’à trois nanomètres, de microbes et de gaz et produits chimiques nocifs.
  5. L’unité est munie d’une fonction de lavage automatique qui réduit le besoin d’entretien et maintient l’efficacité de nettoyage élevée à tout moment.

Les associés aimeraient équiper les EMS, les écoles ou encore les hôpitaux. En parallèle, la société cherche à adapter la technologie au secteur du transport. «Le but est que nous apportions une valeur ajoutée», affirme Steve Amstutz. La brasserie Le Cardinal a abrité la conférence de presse de la start-up lundi 25 mai. Une démonstration réalisée sur place a montré qu’en une quarantaine de minutes, le nombre de particules dans l’air a diminué de 3,8 à 1,8 millions par mètre cube. Le patron des lieux a d’ores et déjà annoncé qu’il allait en équiper sa salle. «Cela rassure les clients», confie-t-il, lui qui accueille des dizaines de personnes en temps normal.

Interrogés sur les éventuels risques à évoluer dans des milieux toujours plus aseptisés: «Autant décontaminer au maximum à l’intérieur, ce qui arrange par exemple les personnes qui souffrent du pollen.» répond Jérôme de la Rosa, avant d’ajouter: «La qualité de l’air a beau être meilleure en Suisse qu’à Mexico, nous avons été touchés de la même manière par le coronavirus.»

Pour l’heure, ADD Swiss propose deux machines différentes, l’une coûte un peu plus de 6500 francs et l’autre 13’080. Ils proposent également aux clients de louer les machines ou de faire appel à leur service all inclusive. S’ils promettent d’éliminer plus de 99% des bactéries dans l’air, les fondateurs rappellent que «le risque zéro n’existe pas».

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Rebecca Garcia

JOURNALISTE À BILAN

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Rebecca Garcia a tout juste connu la connexion internet coupée à chaque téléphone. Elle a grandi avec la digitalisation, l’innovation et Claire Chazal. Elle fait ses premiers pas en journalisme sportif, avant de bifurquer par hasard vers la radio. Elle commence et termine ensuite son Master en journalisme et communication dans son canton de Neuchâtel, qu’elle représente (plus ou moins) fièrement à l’aide de son accent. Grâce à ses études, elle découvre durant 2 mois le quotidien d’une télévision locale, à travers un stage à Canal 9.

A Bilan depuis 2018, en tant que rédactrice web et vidéo, elle s’intéresse particulièrement aux nouvelles technologies, aux sujets de société, au business du sport et aux jeux vidéo.

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