Bilan

Des Suisses éclairent les pare-brise

Le système de réalité augmentée embarqué élaboré par la startup WayRay devrait bientôt débarquer aux Etats-Unis. Une nouvelle levée de fonds est prévue cette année.
  • Le dispositif de WayRay génère des hologrammes visibles à n’importe quelle distance.

    Crédits: Wayray
  • Navion, un système d’aide à la conduite basé sur une technologie de réalité augmentée.

    Crédits: Wayray

WayRay fait partie des 10 startups qui révolutionnent l’industrie automobile, d’après le magazine américain Wired. Et il ne s’agit pas seulement d’une hypothétique montée en puissance des véhicules autonomes ou électriques: l’entreprise lausannoise, qui développe un système de réalité augmentée embarqué, est également active sur les véhicules actuels, qui incorporent toujours plus de connectivité. 

Philippe Monnier est devenu actionnaire de l’entreprise en 2015. Membre du conseil d’administration de WayRay, il a été convaincu par la technologie et le niveau d’engagement «exceptionnel» des fondateurs, notamment Vitaly Ponomarev, et des équipes. Les effectifs sont aujourd’hui impressionnants, avec pas moins de 180 collaborateurs.  

Forte présence au CES 

Ils étaient plus d’une dizaine pour porter les couleurs de leur entreprise il y a quelques semaines au Consumer Electronics Show (CES) à Las Vegas. Notamment pour présenter le produit phare Navion, un système d’aide à la conduite basé sur une technologie de réalité augmentée. Montré au grand public pour la première fois lors du CES, il sera mis sur le marché américain à partir de mi-2018. 

Pour Philippe Monnier, WayRay se distingue car il y a aujourd’hui plusieurs défauts majeurs aux systèmes concurrents: soit les informations sont trop petites et pas assez visibles, soit elles sont projetées trop bas sur le pare-brise et cela distrait la conduite, soit le dispositif (le projecteur) prend trop de place dans l’habitacle, soit encore il n’apporte rien de plus que ce que l’on peut trouver sur le tableau de bord.

«De notre côté, le cœur du dispositif consiste en un petit projecteur et un film très fin basé sur la nanotechnologie, qui peut être déployé sur tout le pare-brise et génère des hologrammes visibles à n’importe quelle distance, par exemple sur la route. L’idée est d’en faire une interface intuitive avec l’environnement extérieur.»

Navion est un produit B2C (business to consumer) alors que les produits B2B seront intégrés dans les voitures de série de constructeurs automobiles comme Honda, qui a réalisé un film sur cette technologie.

Partenariats internationaux

Le modèle de WayRay consiste en une plateforme avec un logiciel de base, qui sera enrichi par d’autres acteurs avec des applications externes. Pour encourager leur développement, WayRay a lancé un grand concours international depuis le CES et a déjà reçu une centaine de candidatures. Une trentaine de projets seront retenus pour participer à la phase finale, c’est-à-dire un hackathon à la fin de cet été. 

L’idée est que cette technologie soit utile pour les véhicules existants mais aussi pour les véhicules autonomes, qui pourront ainsi capter et retranscrire des informations extérieures, par exemple des bâtiments à proximité, de la signalisation, les dangers ou piétons, etc., directement sur le pare-brise pour les passagers et le conducteur (s’il y en a un…).

Autre nouveauté du CES, Element: un «wearable» pour les voitures, sorte de Fitbit qui enregistre l’activité du conducteur au volant et surveille ses performances. Il sera mis en vente aux Etats-Unis pour les particuliers, accompagné d’une application smartphone.  

Soutien d’Alibaba et levée de fonds record

WayRay avait fait grandement parler d’elle l’an dernier quand, lors du round B de 18 millions, le principal investisseur avait été le géant chinois Alibaba (sur un total de plus 30 millions de fonds levés). Une nouvelle série est prévue cette année, aux alentours des 50 millions. «Mais nous voulons rester indépendants, nous refusons les investissements de constructeurs automobiles», précise Philippe Monnier. Ce qui n’empêche pas les multiples contacts avec ces derniers pour l’aspect commercial comme à l’occasion du WEF récemment. 

WayRay a également été sélectionnée pour l’un des programmes d’innovation majeurs dans ce domaine, le Startup Autobahn. «Un bon moyen de renforcer les contacts avec l’industrie allemande même s’ils sont déjà très forts.» Tout cela pourrait déboucher sur une intégration du système WayRay sur des véhicules de série allemandes.

Si la startup envisage la construction d’une usine à Schaffhouse, c’est d’ailleurs pour se rapprocher des constructeurs allemands. «Nous avons des bureaux aux Etats-Unis, en Russie et en Chine, mais nous voulons que le top management reste basé en Suisse. Les personnes clés de l’entreprise, parmi les investisseurs comme le management, sont convaincues que la Suisse comporte beaucoup d’atouts. Ils veulent conserver un siège important ici qui sera appelé à être renforcé d’une manière significative», conclut Philippe Monnier.

Marjorie Thery
Marjorie Théry

JOURNALISTE À BILAN

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