Bilan

Des scouts suisses à la Silicon Valley

Comme beaucoup d’entreprises, swisscom possède une équipe active en californie. sa mission: repérer les start-up les plus prometteuses et développer des partenariats sur place.
  • A San Francisco, le Swiss Pier accueille l’outpost Swisscom depuis cet été, mais aussi Swissnex San Francisco, l’outpost Nestlé...

    Crédits: Dr
  • Gregory Leproux responsable de l’outpost Swisscom dans la Silicon Valley.

    Crédits: Dr

Réseaux sociaux, sharing economy, applications mobiles, chatbots… Depuis l’aube du XXIe siècle, l’immense majorité des innovations technologiques sont nées dans la Silicon Valley. Entre les campus universitaires comme Stanford, la présence de géants mondiaux tels que Facebook, Google, Apple, ou encore l’affluence de talents du monde entier, la région de San Francisco connaît une ébullition de la scène technologique. Mais comment faire pour repérer assez tôt ces nouvelles tendances et miser sur les start-up qui vont provoquer de nouvelles révolutions demain?

De nombreuses entreprises ont dépêché sur place des scouts chargés de repérer ces pépites et de nouer les premiers contacts, voire de les accompagner. Comme d’autres sociétés du secteur des télécoms, Swisscom a mis en place une telle structure: le Swisscom Outpost San Francisco a été créé dès 1998 et regroupe désormais dix personnes.

Lors de son ouverture, à la fin des années 1990, la mission était claire: «Nos équipes dépêchées ici devaient essentiellement faire de la veille, observer ce qui se créait ici, analyser les tendances et faire remonter ces informations au siège en Suisse afin que le groupe soit prêt à anticiper ces mutations à venir», raconte Gregory Leproux, qui pilote l’outpost de San Francisco, «mais ces missions se sont enrichies et diversifiées au fil des années: la veille reste un élément essentiel, mais nous sommes dorénavant dix ici, avec deux groupes de cinq collaborateurs chacun. L’un pour chercher et développer des partenariats avec des start-up locales, l’autre pour intégrer et tester certains logiciels et technologies.»

Un accés privilégié aux start-up

Depuis 2012, un autre volet a même été développé: l’outpost Swisscom à San Francisco accueille des activités qui viennent de Suisse. Des entreprises suisses comme La Poste, La Mobilière ou Ringier envoient régulièrement des équipes sur place pour développer des projets spécifiques ou s’inspirer de solutions mises au point dans ce secteur, «et nous leur fournissons des informations sur ce qui se passe dans le domaine qui les intéresse dans la Silicon Valley, nous les avertissons sur des tendances, nous leur ouvrons nos réseaux». 

«Dans un sens comme dans l’autre, nous sommes devenus la porte d’entrée de la Suisse vers la Silicon Valley et de la Silicon Valley vers la Suisse», résume Gregory Leproux. Un rôle encore renforcé symboliquement avec le déménagement intervenu cet été: l’outpost Swisscom a rejoint le Swiss Pier, cette ancienne jetée du port de San Francisco, face à la forteresse d’Alcatraz, où ont élu domicile le Consulat de Suisse, Swissnex San Francisco, l’outpost Nestlé, l’Université de Genève, l’Ecole cantonale d’art de Lausanne, ou encore Suisse Tourisme.

Pas question toutefois d’imaginer l’outpost Swisscom de San Francisco comme une structure déconnectée du groupe helvétique: «Nos collaborateurs ici viennent de Suisse et connaissent les clients que nous y avons et leurs besoins spécifiques. De plus, nous nous intégrons à un réseau d’outposts que Swisscom a établis à travers le monde», insiste Gregory Leproux. Et c’est fort de cette double identité, suisse et californienne, que les scouts de Swisscom mènent leur mission.

S’appuyer sur un vaste réseau

Parmi les réussites récentes figure notamment l’application cloud Swisscom lancée dans notre pays en octobre 2015: «Plusieurs années de développement ont été nécessaires pour mettre au point cette solution. Notre outpost a repéré plusieurs start-up qui composent le stack», explique Gregory Leproux. A la fois radar et premier filtre, l’outpost se positionne comme un poste avancé d’éclaireurs.

Pour mener à bien leurs missions, les membres de l’outpost s’appuient sur un vaste réseau développé depuis près de deux décennies: start-up américaines ou étrangères implantées dans la Silicon Valley, investisseurs et spécialistes du capital-risque, opérateurs de sociétés télécoms d’autres grands groupes à travers le monde, délégués de grandes firmes… Présents lors de nombreux événements et conférences liés aux start-up, les collaborateurs Swisscom dans la Silicon Valley ont déployé une stratégie pour repérer le plus tôt possible les pépites potentielles. «Et c’est d’ailleurs aussi en nous appuyant sur notre réseau que nous obtenons la première validation locale, puis nous transmettons les éléments en Suisse, où nous avons des relais afin de concrétiser nos partenariats», précise Gregory Leproux.

Pour certaines pépites, le partenariat va plus loin. En cas d’intérêt stratégique, Swisscom n’hésite pas à investir dans certaines start-up. Ainsi, 6connect est une start-up focalisée sur des solutions innovantes en matière d’automatisation et de management. Repérée voilà quelques mois, elle a pu bénéficier d’un partenariat, et même d’un investissement de la part de Swisscom qui est entré au capital de la jeune société. «Avec cet accompagnement par Swisscom, mais aussi le capital investi, nous avons désormais un partenariat stratégique qui va permettre à notre start-up de se projeter plus loin et de mettre au point des solutions toujours plus poussées», témoigne Pete Sclafani, directeur opérationnel et cofondateur de 6connect. 

«Un agent traducteur»

Or, si Swisscom peut désormais mettre sur pied de tels partenariats, c’est dû à plusieurs facteurs. En premier lieu, un modus operandi qui permet de repérer très en amont les futurs succès dans la Silicon Valley. «Détecter des potentiels naissants et des start-up à un stade très précoce, c’est notre rôle. C’est pour repérer ces pépites rapidement et pour mieux comprendre les solutions qu’elles développent que nous avons une présence ici», glisse Gregory Leproux.

En second lieu, un changement de mentalité à travers le monde et notamment en Suisse: «Depuis quelques années, il y a un vrai intérêt pour l’innovation, une appétence pour la création de start-up, et du côté des grands groupes une tendance de fond à se pencher sur ce que les jeunes sociétés vont développer et proposer», analyse le pilote de l’outpost Swisscom dans la Silicon Valley. Et de voir cette unité comme «un agent traducteur entre la culture de la Silicon Valley d’une part avec sa réactivité et la valorisation de l’échec, et d’autre part la culture d’entreprise Swisscom, basée sur le sérieux et la fiabilité».

Cette alliance entre le géant suisse et les jeunes pousses basées en Californie est d’ailleurs facilitée par l’identité Swisscom: «Notre entreprise est assez importante pour représenter un partenaire pertinent et attractif aux yeux des start-up, mais assez petite par rapport à d’autres groupes internationaux du secteur pour rester flexible et souple», estime Gregory Leproux. Sans oublier que l’identité suisse joue également un rôle: notre pays reste vu à l’international comme une nation très innovante et avec un focus sur la qualité qui séduit des entrepreneurs débutants, souvent en quête de caution de sérieux et de fiabilité pour promouvoir leurs solutions.  

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

Du même auteur:

Offshore, Consortium, paradis fiscal: des clefs pour comprendre
RUAG vend sa division Mechanical Engineering

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."