Bilan

Des navettes sans conducteur sur le campus de l'EPFL

Jusqu'au 31 juillet, trois navettes autonomes sont à l'essai sur le campus de l'EPFL. Une startup lausannoise, BestMile, profite de ces tests pour mettre au point un système de gestion de flotte.
  • Jusqu'au 31 juillet, trois véhicules autonomes circulent sur le campus de l'EPFL.

    Crédits: Image: Alain Herzog/EPFL
  • Tout le monde peut emprunter ces navettes gratuites, électriques et autonomes.

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  • Les trois véhicules ont une capacité de huit passagers et un superviseur, présent autant pour les explications au public que la gestion des croisements entre véhicules.

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  • Les véhicules ne sont pas encore interconnectés et le superviseur doit donc encore gérer les croisements pour le moment.

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  • L'essai actuel permet à BestMile de mettre au point un logiciel de gestion de réseau de véhicules autonomes.

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  • Raphaël Gindrat, CEO de BestMile, veut proposer un service clefs en mains aux clients potentiels.

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Google, mais aussi Tesla, Nissan, Toyota ou Volvo multiplient les annonces ces derniers mois quant à des véhicules autonomes. Dans les centres de R&D de ces entreprises, chercheurs et ingénieurs mettent au point des dispositifs d'aide à la conduite ou de prise en charge intégrale du pilotage des automobiles. Mais un autre secteur pourrait s'avérer tout aussi intéressant pour les véhicules sans pilote: les transports en commun.

C'est dans cette optique que l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) teste actuellement trois véhicules Navya, autonomes et électriques, sur un parcours de 950m de long entre le Rolex Learning Center et le Parc d'innovation, via le Starling Hôtel et les résidences étudiantes. Trois véhicules offrant chacun une capacité de huit passagers et un superviseur. «La présence du superviseur vise à la fois à informer les passagers sur le système et ses possibilités, et à rester en conformité avec la législation actuelle qui ne permet pas la circulation de véhicules sans la moindre surveillance d'une personne responsable de sa conduite», explique Raphaël Gindrat, CEO de BestMile, une startup basée à l'EPFL et engagée dans le projet.

Un prototype acheté dès 2012

Tout est parti d'un programme européen (CATS, pour City alternative transport system) visant à développer les transports publics autonomes. A l'origine, un essai devait être réalisé sur le campus universitaire d'Illkirch-Graffenstaden, près de Strasbourg, mais des difficultés techniques sont apparues: «Les véhicules ont une vitesse de 20km/h, mais les routes concernées par le tracé qui leur était dévolu voient certains automobilistes rouler à 70km/h, malgré une limitation à 50km/h. Faire cohabiter ces deux types d'usages aurait été difficile, voire dangereux. Le programme a donc choisi l'EPFL pour cette phase d'essais», précise Raphaël Gindrat.

L'EPFL avait d'ailleurs acheté le premier prototype Navya dès novembre 2012, avant que la société Induct (française et basée près de Paris) ne fasse faillite fin 2013 et que l'activité ne reparte sous le nom Navya.

Pendant près de trois semaines, tous les jours de la semaine de 8h à 18h, ces trois petits modules effectuent donc leur parcours en embarquant avec eux étudiants, professeurs ou tous les autres visiteurs du campus, sur des secteurs piétons mais aussi sur des routes internes au campus et limitées à 30km/h pour tous les usagers.

Un logiciel de gestion à développer

Pour BestMile, ces essais sont essentiels. «Pendant quelques semaines, nous pouvons tester les véhicules et voir dans les faits quels sont les besoins dans l'optique de développer et proposer un service complet, avec non seulement un programme informatique de gestion du réseau, des horaires, du croisement des véhicules ou encore du signalement des pannes éventuelles à une équipe de maintenance», développe le CEO de BestMile. Actuellement, les superviseurs embarqués gèrent les croisements des véhicules qui sont capables de suivre le parcours qui leur est assigné mais nécessitent encore quelques réglages pour les moments où ils sont en approche mutuelle, car ils ne sont pas encore équipés pour communiquer entre eux.

Dans les mois qui viennent, le logiciel pourra être développé par les équipes de BestMile et testé lors de nouveaux essais à l'EPFL, avec un autre type de véhicules, entre novembre et avril, dans le cadre d'un autre projet européen, CityMobil2. Raphaël Gindrat, présent au salon CES de Las Vegas en début d'année, a pu constater le fort intérêt pour ce type de transport. «Ce qui intéresse les clients, c'est un système clefs en mains, avec non seulement les véhicules mais aussi le programme de gestion du réseau et le personnel formé», explique-t-il. Les Etats-Unis, qui autorisent déjà la circulation de véhicules autonomes sur des sites privés, constituent un marché important: campus universitaires ou d'entreprises, sites fédéraux, parcs d'attractions sont autant de clients potentiels.

Pas en concurrence avec les réseaux actuels

En Europe, les législateurs attendent d'avoir la preuve que ces systèmes peuvent fonctionner avant d'accorder des autorisations. Pour le moment, même sur sites privés, c'est la législation routière traditionnelle qui s'applique dès que les chaussées sont potentiellement accessibles à d'autres usagers de la route. «Le défi c'est donc de prouver aux législateurs que ça fonctionne, afin d'obtenir de sa part qu'il adapte la législation», glisse Raphaël Gindrat.

Pas question toutefois d'envisager des flottes d'autobus autonomes dans toutes les agglomérations européennes demain en remplacement des réseaux actuels: l'objectif de BestMile est avant tout de compléter l'offre avec des trajets «first and last mile», sur ces petits tronçons complémentaires aux parcours des usagers qui ne sont pas encore desservis.

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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