Bilan

Des milliers de jobs grâce aux start-up

Les jeunes pousses romandes ne se limitent plus à deux fondateurs dans un espace de coworking. Elles embauchent abondamment et le feront plus encore. Mais pas toujours en Suisse.
  • Basée à Saint-Sulpice (VD), Sophia Genetics compte 140 employés.

    Crédits: Philippe Maeder/24h
  • Le fabricant de drones senseFly a recruté 211 personnes depuis sa création en 2009.

    Crédits: Dr

Dans certaines start-up romandes, on voit désormais ce qui est caractéristique dans la Silicon Valley: du monde. A Genève, le fabricant de robots pour la pharma Andrew Alliance a créé 31 postes et en prévoit le double pour l’an prochain. Un objectif que partage la vaudoise NetGuardians, qui a déjà créé, elle, plus de 50 emplois.

Dans les sciences de la vie, Selexis a recruté 30 personnes et prévoit une augmentation de son effectif de 50%. Abionic emploie 90 personnes et anticipe une vingtaine d’embauches dans un à deux ans. Sur Vaud, les «scale-up», Nexthink et Sophia Genetics, comptent respectivement  300 et 140 employés. Dans les cleantechs, Green Motion dépasse les 25. 

La palme des créations d’emplois revient au secteur des drones. Démarrée par deux cofondateurs fin 2014, Flyability compte 55 employés et en prévoit une vingtaine de plus d’ici à la fin de 2017. «Proches de l’EPFL, nous offrons en permanence une quinzaine de stages», précise le directeur marketing Marc Gandillon. De son côté, le spécialiste des logiciels d’images Pix4D emploie 100 personnes. Quant au fabricant de drones à aile fixe senseFly, il en a recruté 211 depuis sa création en 2009. 

Il n’existe pas de statistiques globales sur la création d’emplois par les start-up suisses. Le rapport sur ses start-up publié par l’EPFL en juin donne cependant des indications. Les 309 spin-off du campus ont créé un total estimé à 2315 jobs. Un rapport équivalent de l’ETH Zurich estimait à 2500 postes fin 2013 les créations d’emplois de ses spin-off. Nul doute que les embauches s’accélèrent. Les start-up de l’EPFL fondées depuis 2007 ont créé à elles seules 1509 postes. Les 14 «scale-up» du programme éponyme d’Innovaud en recensent 140 nouveaux rien qu’en Suisse en 2016. Elles emploient au total plus de 900 personnes. 

Au-delà d’être un signal de croissance, ces nouveaux jobs expriment une forte création de valeur. Les entrepreneurs disent tous recruter des talents à des niveaux élevés, souvent des masters ou des doctorants. Ce n’est pas exclusif. «Nous recrutons en grande majorité des personnes ayant un diplôme élevé dans leur spécialité. Néanmoins, quelques personnes sans aucune formation initiale ont appris leur métier chez nous», explique Cécile Laffont, responsable des ressources humaines de senseFly. 

Cette situation n’empêche pas des difficultés. «Pour les postes techniques, le marché est très compétitif», relève Raffael Maio, cofondateur de NetGuardians. «Beaucoup d’entreprises sont présentes sur la région lémanique et les filières techniques ne forment pas assez de jeunes talents.» Pour Piero Zucchelli, CEO d’Andrew Alliance, «c’est très difficile de suivre vis-à-vis des offres salariales d’entreprises plus grandes». A quoi nombre d’entrepreneurs ajoutent la difficulté pour une start-up d’offrir les mêmes avantages qu’un grand groupe.  

La coolitude et ses légendes

Les start-up romandes compensent cela autrement. Flexibilité des horaires de travail, télétravail, espace soigné, absence de dress-code, faible hiérarchisation, formations… sont presque systématiquement cités. Marc Gandillon tempère toutefois la coolitude associée au travail en start-up. «Une start-up, ce n’est pas juste un environnement dynamique où tout est génial. Avant tout, il y a une grosse charge de travail avec un effectif très limité pour l’assurer.»

D’autre part, la motivation pécuniaire que pourraient représenter les stock-options (des actions qui rapporteront quand l’entreprise aura réussi) est clairement une faiblesse de l’écosystème romand. «Les calculs de prix d’exercice des options et les risques potentiels d’imposition additionnelle en fonction de la valorisation sont très complexes», explique Piero Zucchelli. «La fiscalité n’étant pas clairement définie, la société doit demander un ruling fiscal. Une législation fédérale uniforme faciliterait le processus en diminuant le coût des fiscalistes et des avocats», ajoute Marc Gandillon. «Nous avons préféré disposer d’une réserve d’actions que nous offrons aux employés clés et pas seulement aux membres de la direction», tranche François Randin, CEO de Green Motion. 

Raffael Maio soulève un autre défi: «Le recrutement de profils orientés ventes ou risques.» «Dans la vente, nous avons remarqué que certains pays ont su mieux développer les formations nécessaires et déplorons le manque de talents venant de Suisse romande», confirme Marc Gandillon. François Randin corrige: «Pour les profils commerciaux, nous privilégions les personnes formées dans les écoles hôtelières pour la sensibilité aux besoins du client qu’elles inculquent aux étudiants.» 

Les start-up romandes compensent aussi en recrutant à l’étranger. Essentiellement dans l’Union européenne. Du coup, la proportion de Suisses va de 27% chez Andrew Alliance à 60% chez Abionic, en passant par 44% chez Flyability, 47% chez Selexis ou 50% chez Green Motion. «Ma philosophie est d’importer de la créativité pour exporter de la qualité», explique François Randin.

Les recrutements à l’étranger rendent aussi plus criantes les différences salariales. «Une secrétaire coûte plus cher ici qu’un doctorant en biologie en France», explique Piero Zucchelli. Dans le cas des sociétés internet, cela génère même des formes de délocalisation. Une start-up comme Hosco, qui s’apprête à doubler un effectif de 40 personnes dont 33 à Barcelone (avec seulement 5 Espagnols!), le fera essentiellement hors de Suisse. Elle n’est de loin pas la seule.

«Sans parler du franc fort, dans des villes comme Barcelone, Londres ou Berlin, on trouve des talents passés par les Airbnb ou Google», explique Olivier Bracard, CEO d’Hosco. Vrai. Mais le pool de talents que forment désormais les start-up romandes approche lui aussi de la taille critique des métropoles européennes qui attirent la génération Erasmus des start-uppers.

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

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Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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