Bilan

Des mentors et du temps pour grandir en suisse

La Suisse, qui voit naître deux incubateurs de start-up dédiés à la fintech, semble avoir enfin compris que l’excellence du secteur bancaire repose aussi sur ces nouveaux acteurs.
  • Sébastien Flury, directeur de Fusion: «nous pouvons miser sur le big data».

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Depuis la mi-juillet, Zurich a son incubateur initié par le groupe SIX (lire ci-contre). Genève portera le sien sur les fonts baptismaux avant la fin d’année. Annoncé début février, l’incubateur Fusion est issu de l’initiative de Polytech Ventures, une société de capital-risque basée à l’EPFL.

Concrètement, l’accélérateur implanté à Carouge se conçoit comme «un écosystème complet centré sur la fintech, pouvant accueillir huit à dix start-up, mais aussi des investisseurs, des partenaires académiques, des coachs, des professionnels du secteur, des banques privées et des banques commerciales», explique Guillaume Dubray, fondateur de Fusion et managing partner chez Polytech Ventures.

Fusion est un programme doté de partenaires commerciaux, dont Temenos et Notz Stucki. Un choix stratégique pour Temenos, dont le chief strategy and marketing officer Ben Robinson rappelle que l’entreprise a «une histoire basée sur l’innovation. Et avec Fusion nous allons continuer à suivre de près tout ce qui se prépare de disruptif dans le secteur bancaire et financier afin de rester au fait de ce qu’il y a de plus innovant pour en informer nos clients.» Le deuxième partenaire annoncé à ce jour, Notz Stucki, souhaite interagir avec les start-up et s’inspirer du bouillonnement intellectuel et technologique qui animera le site.

Suivi personnalisé

Pour guider et booster les entrepreneurs, Fusion mise sur des mentors: «Nous faisons appel à des professionnels du secteur et à des entrepreneurs qui pourront à la fois partager leur vécu, analyser le business model, répondre aux questions que se posent les entrepreneurs, les faire profiter de leur réseau...», détaille Sébastien Flury, qui dirige l’accélérateur.

Cet accompagnement par des professionnels du secteur se veut bien plus ambitieux qu’un simple coaching traditionnel de start-up surtout focalisé sur le pitch et éventuellement sur la définition du business model: «Nous allons organiser un speed dating entre nos mentors et les start-up. Le but n’est pas d’imposer mais de trouver les associations qui vont réellement correspondre et permettre d’accélérer le processus et d’enrichir la qualité du développement.»

Ce suivi personnalisé se traduira également dans les chiffres de Fusion: sur la centaine de candidatures soumises, seules huit à dix seront retenues. Mais celles qui sont sélectionnées bénéficieront d’un temps long pour faire avancer leur projet: douze mois au sein de l’accélérateur, contre trois à six mois dans les structures comparables des pays anglo-saxons.

Pas question pour autant de sélectionner les projets dès leur naissance: «Pour être choisie, une start-up doit venir avec un MVP (minimum viable product) que nous aiderons à faire avancer et à perfectionner pour être en situation d’aller sur le marché au plus vite, au plus tard après la fin des douze mois du programme. Nous mettons l’accent sur le customer development, soit la rencontre des clients potentiels tout au long du processus de développement, afin d’avoir des produits qui correspondent au mieux aux besoins du marché», avertit Sébastien Flury. Et ce à l’échelle mondiale, «car les clients ne se limitent pas à ceux présents en Suisse».

Cap sur les données sécurisées

Si la fintech en est encore à sa genèse, les porteurs du projet Fusion sont convaincus qu’il n’y a pas de temps à perdre: les acteurs du high-tech américains et asiatiques pourraient révolutionner le secteur bancaire. Dès lors, quelle orientation doit prendre la Suisse et sa finance?

«A Londres, les incubateurs se focalisent principalement sur les nouveaux systèmes de paiement. Mais nous pouvons miser sur le big data: la Suisse peut se profiler comme un coffre-fort au niveau des données, avec des data centers ultrasécurisés et fiables. Mais surtout une des législations les plus respectueuses au monde de données privées», précise Guillaume Dubray. Et de citer le cas de plusieurs sociétés étrangères venues s’implanter dans notre pays pour profiter de ces avantages, comme Xapo, une start-up née dans la Silicon Valley et qui a choisi de migrer vers Zurich.

Les acteurs de la finance de demain qui bénéficieront du programme Fusion ne devraient donc «pas forcément être sur un créneau disruptif à destination du grand public», mais davantage «des spécialistes du B2B, avec un fort accent sur l’innovation incrémentale», confie Sébastien Flury. 

Avec des atouts puisés dans les forces traditionnelles de la finance suisse, «la gestion de fortune, le courtage de matières premières et les assurances seront nos focus majeurs. Pas question d’exclure toutefois une start-up qui se lancera dans le paiement si on détecte un gros potentiel, mais nous voulons avant tout agir sur nos forces intrinsèques», souligne le directeur de Fusion. Il n’écarte pas non plus la possibilité d’accueillir des start-up étrangères, même si «les dossiers suisses sont parfois un peu mieux structurés que ceux issus de pays étrangers». 

Offrir de l’inspiration

Une fois le processus enclenché, le directeur prévoit d’ouvrir les start-up sur l’extérieur, de les préparer à leurs entretiens avec les mentors pour que ceux-là soient les plus enrichissants possible, et de challenger les entrepreneurs. Sans oublier d’amener au sein même de la structure des idées fraîches: «Nous souhaitons organiser des présentations d’entrepreneurs, qui seront un mélange de partage d’expériences, de tables rondes et de formations, afin d’offrir de l’inspiration pour les entrepreneurs du programme Fusion.» 

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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