Bilan

Des Hautes Ecoles bientôt virtuelles?

Quelque 53 000 étudiants se sont inscrits au cours mis en ligne par l’EPFL cet automne. Mais les autres institutions restent hésitantes.
Crédits: Alain Herzog/EPFL

L’ époque où les professeurs avaient de la craie sur les mains est révolue. Aujourd’hui, il suffit d’un ordinateur connecté pour faire passer l’amphithéâtre de 400 à un nombre infini de places. Grâce aux MOOCS – Massive open online courses, une forme gratuite et révolutionnaire d’enseignement en ligne –, un changement de paradigme se dessine dans les Hautes Ecoles.

La première expérience de l’EPFL a eu lieu cet automne. Bilan: le cours de programmation informatique «Scala» du professeur Martin Odersky a été suivi par quelque 53 000 étudiants répartis dans le monde entier et 10 000 certificats ont été distribués. Un succès qui ouvre de nouveaux horizons, tant à l’enseignement qu’à la pédagogie.

L’extension géographique de l’enseignement représente ainsi une opportunité pour les écoles de se construire une réputation globale. L’heure est aux cours en ligne et à l’interaction entre professeurs et étudiants sur les réseaux sociaux. La fameuse notion de «communauté» se développe progressivement. Preuve en est l’engagement de community managers à l’EPFL ou à l’Université de Neuchâtel, pour ne citer qu’eux. L’offre suisse reste toutefois loin derrière les meilleures universités américaines puisque Harvard, par exemple, propose déjà 200 cours en libre accès.

En guise de premier pas et à défaut de viser un public plus large, la plupart des Hautes Ecoles romandes utilisent ces technologies pour satisfaire des besoins spécifiques d’étudiants immatriculés. L’Université de Neuchâtel propose ainsi la mise en ligne de cours, notamment dans le cadre d’un master commun avec l’Université de Besançon. A HEC Genève, Laurent Moccozet, maître d’enseignement et de recherche, utilise les réseaux sociaux à des fins pédagogiques: «Le principe est d’interagir sur une plate-forme qui présente les mêmes caractéristiques que Facebook.» Création de groupes spécifiques, réponses aux questions ou encore discussions entre étudiants, «le but est d’échanger autour d’activités d’apprentissage». Deux étudiants d’HEC Genève confient qu’ils apprécient la flexibilité offerte par ces outils. Ni lieu ni heure imposés pour interagir. Un cours malencontreusement raté peut être rattrapé en ligne. Cependant, «rien ne remplacera le contact humain et l’ambiance au sein même de l’Université».

Un modèle d’affaires à adapter

Les besoins de la nouvelle typologie d’étudiants pourraient être différents. Flexibilité totale, gratuité de l’information, autant de nouvelles notions que les écoles incluent progressivement dans leur «modèle d’affaires». Certains craignent toutefois la disparition des salles de cours. Pour Christian Simm, CEO de Swissnex (un relais de transmission du savoir des écoles suisses à l’étranger), au contraire, «cette révolution pédagogique devrait amener les étudiants à interagir à l’école, une fois le cours en ligne suivi».

Comment évoluera cette immense communauté scientifique naissante? «Nous allons surtout apprendre de quelle manière nous apprenons», répond Christian Simm. Les prochains pas pourraient consister à connecter les écoles entre elles. Ou à collaborer avec les entreprises. Personne ne se risque à lire l’avenir. Les limites sont difficilement cernables mais l’enseignement traditionnel semble trouver dans le 2.0 un complément plutôt qu’un substitut.  

Yves Smadja

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