Bilan

Des drones pour sauver le patrimoine

De Pompéi à Palmyre, la start-up française Iconem numérise les trésors culturels menacés afin de les documenter. Avec l’aide de plusieurs partenaires genevois, désormais.

Restitution 3D du Temple de Bêl à Palmyre avant sa destruction.

Crédits: Iconem/dgam

La destruction des bouddhas de Bamiyan par les talibans en 2001 a ouvert une ère nouvelle de la bêtise humaine. Certes, le patrimoine et les chefs-d’œuvre architecturaux sont depuis longtemps menacés par les guerres, les chasses aux idoles et l’avidité des pilleurs. Mais à Bamiyan et, depuis lors, à Tombouctou ou à Palmyre, auxquels s’ajoutent des centaines d’églises et plus encore de mosquées en Irak ou de stupas en Afghanistan, la destruction des trésors culturels est devenue un outil de com.

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Iconem, une start-up française, fait face à cette situation avec les technologies de la transformation numérique: drones et imagerie 3D… en plus de beaucoup de courage physique. A l’origine de cette aventure, on trouve un architecte: Yves Ubelmann. Spécialisé dans la représentation des structures architecturales mises à jour par des archéologues, en particulier au Moyen-Orient, il constate dans les années 2000 que les 50 sites menacés de la liste de l’Unesco ne sont que la partie émergée d’un iceberg. «L’urbanisation, la pollution, l’exploitation des ressources et même le tourisme de masse s’ajoutent aux menaces des conflits», explique-t-il.

Reconstitution d’images en 3D

L’apparition des premiers drones civils le met sur la piste du numérique pour documenter et préserver, au moins sous cette forme, ce patrimoine. Cela passe par le développement de logiciels de capture et de reconstitution d’images en 3D avec des partenaires comme l’Ecole normale supérieure et le centre de recherches Inria à Paris. «Non seulement il faut pouvoir prendre des milliers d’images pour reconstituer ces sites en 3D avec un niveau de précision qui descend sous le millimètre pour des points d’intérêt comme un bas-relief, mais il faut aller très vite quand c’est sur une zone de guerre», explique Khalila Hassouna, directrice commerciale de l’entreprise.

Ces technologies ayant atteint une maturité suffisante, décision a été prise de créer la société sous forme de start-up en 2013. Un choix judicieux (les start-up ont un statut en France) parce qu’Iconem va bénéficier de tout l’écosystème de support des jeunes pousses: incubateur, programme de Microsoft… et, même, d’une levée de fonds de 1,4 million d’euros auprès du fabricant de drones Parrot.

Au-delà de Daech

Grâce à cela, Iconem va découvrir un marché plus vaste que prévu. Même s’il a lieu en Afghanistan, son premier projet, avant même la création de l’entreprise, n’a rien à voir avec la guerre et tout avec l’économie. Une compagnie chinoise souhaitant exploiter une mine de cuivre sur le site de Mes Aynak, le gouvernement afghan mandate Yves Ubelmann pour numériser les monastères bouddhiques et les centaines de sculptures de l’époque Kushan menacés. A Pompéi en Italie, le mandat de numérisation est lié au tourisme de masse sur un site de 12 km2 difficile à gardienner. Au Soudan, c’est pour la promotion des pyramides qu’Iconem est sollicitée…

Reste que, dans les situations d’urgence comme les destructions de Daech à Alep ou Palmyre en Syrie ou de Ninive et Khorsabad en Irak, il n’y a pas de clients. L’entreprise s’est autofinancée pour numériser ces sites. Pour rendre ce travail durable, une fondation a été créée qui numérisera les sites de Cyrène et de Leptis Magna en Libye l’an prochain. 

Cette approche rencontre un grand intérêt à Genève. L’Aga Khan Development Network, qui pilote la préservation de nombreux sites de la culture islamique, a passé un partenariat avec Iconem. Une collaboration a démarré avec l’UNOSAT qui échange ses images satellites contre celles plus détaillées prises par les drones. Une troisième devrait démarrer avec le Musée d’Art et d’Histoire à l’occasion d’une conférence le 30 janvier prochain à Genève.

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Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

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Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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