Bilan

Des applications RH pour les étudiants

Après les contenus éducatifs en ligne, une nouvelle génération de start-up aide les étudiants à améliorer leur CV et en définitive leur employabilité. Tour d’horizon.
  • La place de marché en ligne Unono met en relation employeurs et jeunes diplômés.

    Crédits: Unono
  • Diego Fanara et Maxence Dussart, deux des cofondateurs du site Unibuddy.

    Crédits: Dr

Comment choisir l’université qui vous préparera le mieux à la carrière que vous souhaitez? Cela fait, comment trouver un stage ou un job et gagner de l’expérience en plus de compétences enseignées, en acquérant ces fameuses «soft skills» supposées faire la différence au cours d’un recrutement? Répondre à ces attentes génère des opportunités de créer des entreprises pour certains étudiants. Après les contenus, avec les fameux cours en ligne (MOOC), la numérisation s’étend aux services pour les étudiants afin d’améliorer leur employabilité. Des services pratiques, car conçus par des étudiants.

Unibuddy socialise l’orientation

Bien sûr, il y a longtemps que les universités détaillent les débouchés professionnels de leurs cursus sur leurs sites ou que des acteurs comme l’AIESEC publient en ligne des offres de stages à l’étranger. Historiquement, ce sont les jobs d’étudiants qui ont les premiers basculé sur le web avec des sites d’annonces comme Academic Work, Etujobs ou petitboulot.ch dès la fin des années 1990. Mais, depuis, les  gymnases et les universités sont passés de la génération Y à la Z. Et, avec, de l’e-mail aux messageries instantanées et des sites aux réseaux sociaux. Or, personne ne comprend mieux l’évolution des outils du web que cette classe d’âge. Surtout quand il s’agit de solutionner ses propres difficultés.

Prenez Diego Fanara, par exemple. Après ses études au Collège Emilie-Gourd et à l’Ecole internationale de Genève, il veut entreprendre des études de finance à Londres. «C’était très compliqué de choisir parce que les pages web des universités décrivant leurs masters se ressemblent énormément. Mais à 30 000 livres par an, mieux vaut ne pas se tromper», explique-t-il. Avec deux autres étudiants, David Hodara et Maxence Dussart, il fonde Unibuddy en septembre 2015 autour d’un système de messagerie instantanée qui met en relation les étudiants déjà présents dans un cursus et ceux qui y aspirent.

Comment motiver les étudiants à répondre aux multiples questions que se posent leurs éventuels futurs pairs à propos du contenu des cours, du mode de travail ou des débouchés? Pas le choix, il faut les payer. Avec quoi? Unibuddy commence par démarcher des écoles privées comme l’Aiglon College ou le Collège du Léman qui se révèlent  intéressés à financer l’utilisation de ce service par leurs élèves. Mais en parallèle, ils sont contactés par des universités qui voient là un moyen de mieux recruter leurs étudiants. En revanche, pas question pour elles de facturer les gymnasiens des écoles publiques et de générer de nouvelles égalités.

Unibuddy choisit alors la gratuité complète pour les élèves qui consultent un «buddy» dans une université. Lancé en septembre dernier, ce modèle connaît une croissance fulgurante, avec 55 universités en Europe comme l’EPFL ou l’Ecole hôtelière de Lausanne, l’Université Bocconi à Milan ou l’Imperial College à Londres qui l’adoptent. Huit viennent de décider d’aller encore plus loin en proposant le service sur leurs sites et en assurant elles-mêmes la rémunération, de 15 à 20 francs l’heure, des étudiants qui acceptent de jouer le rôle de mentor.

Les CV enrichis de Goodwall et d’Unono

Créée en 2014 à Genève, la plateforme communautaire Goodwall facilite la mise en œuvre de projets, souvent humanitaires, dès le gymnase, afin de favoriser l’accès des étudiants à l’université.  Fondée par deux frères, Taha et Omar Bawa, la start-up a rapidement grandi pour compter plusieurs centaines de milliers d’utilisateurs. Grâce aux CV enrichis de ces expériences déposés sur la plateforme, Goodwall permet aux élèves de déterminer via un algorithme les universités qui leur correspondent le mieux.

«Les universités, en particulier les anglo-saxonnes qui dépensent beaucoup en marketing, paient pour figurer sur le site», explique Taha Bawa. Pour suivre l’évolution d’une communauté de 15 à 18 ans qui entre maintenant dans la catégorie des 19 à 24 ans, Goodwall envisage de proposer des services similaires une fois les études entamées. Les expériences  extrascolaires sont en effet un bon moyen de se distinguer cette fois non plus seulement auprès d’une université, mais d’un futur employeur.  

L’employabilité est aussi au cœur du modèle d’affaires d’Unono, une start-up établie dans l’incubateur de l’institut IDIAP à Martigny. Lorsqu’il était étudiant en médecine à l’Université de Lausanne, le fondateur de cette start-up, Raphaël Héraïef, avait commencé par développer une plateforme permettant de gérer tout le contenu social du campus (événements, nouvelles…). A partir de juin 2016 et dans le cadre d’un projet de la Commission pour la technologie et l’innovation (CTI) en collaboration avec l’IDIAP, Unono devient une place de marché pour permettre aux jeunes diplômés de décrocher stages ou premier emplois. 

«Cinq cents postes ont été ainsi trouvés dans des entreprises comme Schindler, Accenture ou Johnson & Johnson», se félicite Raphaël Héraïef qui s’apprête à lancer Unono en Suisse cet été après l’avoir validé auprès de plus de 20 000 étudiants et 67 entreprises clientes à Madrid, Barcelone, Lisbonne et Porto. «Les services de ressources humaines sont noyés par les candidatures. Nos logiciels automatisent la recherche en présélectionnant de 2 à 5 candidats, en particulier en identifiant les «soft skills» – leaders ou non, indépendants ou fonctionnant en équipe… – des candidats au travers de leur CV et  d’une  vidéo.»  La plateforme, commissionnée au placement par les entreprises qui recrutent, améliore aussi le feedback pour les candidats. Un service de mentoring, avec des coaches spécialisés par industrie, répond à des questions sur les conditions salariales et aide les candidats à préparer leur premier entretien. 

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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