Bilan

Des réponses parfois «gênantes»

L’épigénétique vise à comprendre comment l’environnement d’une personne, comme sa consommation d’alcool ou de cigarettes, influence l’expression de ses gènes.

Chez Genknowme à Lausanne, Sébastien Nusslé, Cassandre Kinnaer, Laurence Chapatte et Semira Gonseth Nusslé calculent l’âge d’une personne en fonction de ses gènes.

Crédits: Dr

Déterminer l’âge biologique d’une personne: c’est l’objectif de Semira Gonseth et de Sébastien Nusslé. Ce couple de scientifiques a fondé la startup Genknowme à Lausanne, qui a pour but de calculer l’âge d’une personne selon ce qu’indiquent les gènes de son corps. «Dans certains environnements, certains gènes vont être plus ou moins exprimés. Quand on va au soleil, les gènes responsables de la fabrication de mélanine pour le bronzage seront activés et donc exprimés en plus grande quantité», explique le biostatisticien. Sa femme – médecin – et lui travaillent avec divers établissements pour faire évoluer leur test, destiné aux professionnels de la santé.

Leur solution est l’une parmi d’autres dans le large spectre que couvre la médecine. Le fait de savoir que les gènes ont été altérés par quinze ans de cigarettes ou par une consommation excessive d’alcool a de quoi provoquer une prise de conscience. «On a testé la méthode sur nos amis. L’un a obtenu un âge de dix ans plus élevé que son âge réel. Il s’est senti véritablement mal et a directement arrêté de fumer.»

Ce pan de la médecine intéresse de près les professionnels de la santé. Cependant, Ariane Giacobino, professeur et docteur au service de médecine génétique des Hôpitaux universitaires genevois (HUG), parle d’un long chemin encore à parcourir. «L’épigénétique a remis l’environnement au centre de la recherche, puisque les études sur les gènes et leur séquençage complet ont largement occupé la place pendant vingt ans», observe-t-elle. Elle voit davantage l’épigénétique comme base à la compréhension de certaines maladies multifactorielles que comme outil solide pour la médecine préventive. Dans la recherche, le but est de pouvoir isoler chacune des variables environnementales et chacun des effets pour en tirer des corrélations fiables. «C’est comme si vous vouliez saucissonner la vie des individus. Dans la réalité, ce n’est pas facile du tout, on ne peut isoler simplement un seul facteur.»

Jumeaux à l’étude

Pour comprendre comment l’expression des gènes change au fil du temps, des chercheurs se sont intéressés aux jumeaux monozygotes (ou «vrais», c’est-à-dire qui proviennent d’un œuf fécondé unique). Ariane Giacobino cite l’expérience menée en 2019 par la NASA. Des jumeaux astronautes, Scott et Mark Kelly, ont été observés de très près par dix équipes de rel’espace, Mark est resté sur Terre. Ce dernier buvait et mangeait ce qu’il voulait, au contraire du premier. Scott Kelly a connu des altérations dans ses marqueurs génétiques, et notamment ceux liés au stress.

De son côté, Genknowme a identifié certains marqueurs épigénétiques. Sébastien Nusslé estime que l’impact de l’alcool ou de la cigarette sur les gènes est visible. La stratégie de la startup est, dans un premier temps, de «convaincre les cliniques privées. Mettre des tests directement à la disposition des patients serait compliqué, reconnaît le biostatisticien. Donner ce type de résultat n’est pas anodin.»

Ariane Giacobino abonde en son sens. «Dans la génétique pure, il faut déjà faire très attention aux informations que l’on donne aux patients. Les résultats génétiques doivent être donnés avec une séance explicative. C’est très protégé en Suisse», tranche la professeure. Les professionnels de la santé sont donc là pour expliquer les résultats des tests.

Si la science poursuit sa percée dans la compréhension des gènes et de leur environnement, des réflexions risquent de s’ensuivre qui peuvent aller très loin. Qui voudrait connaître la date présumée de son décès? Qu’en est-il si un assureur en prenait connaissance? Un débat éthique sera nécessaire sur les limites de l’exercice.

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Rebecca Garcia

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Rebecca Garcia a tout juste connu la connexion internet coupée à chaque téléphone. Elle a grandi avec la digitalisation, l’innovation et Claire Chazal. Elle fait ses premiers pas en journalisme sportif, avant de bifurquer par hasard vers la radio. Elle commence et termine ensuite son Master en journalisme et communication dans son canton de Neuchâtel, qu’elle représente (plus ou moins) fièrement à l’aide de son accent. Grâce à ses études, elle découvre durant 2 mois le quotidien d’une télévision locale, à travers un stage à Canal 9.

A Bilan depuis 2018, en tant que rédactrice web et vidéo, elle s’intéresse particulièrement aux nouvelles technologies, aux sujets de société, au business du sport et aux jeux vidéo.

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