Bilan

Démêler le vrai du faux, la traque continue

Chaque mois, Bilan vous propose de revenir sur les fausses rumeurs qui ont le plus circulé, pour en expliquer les origines et le contexte.

Crédits: Unsplash

«Pucer l’humanité»: Bill Gates veut injecter, avec les vaccins, des puces de traçage électroniques.

Faux. Il n’existe pas de projet de puçage électronique, mais de «certificats numériques».

La théorie a contribué au phénomène «antivax». Elle a explosé sur internet dès mars 2020. Le milliardaire Bill Gates aurait voulu profiter de l’épidémie de Covid-19 pour implanter avec les vaccins des «puces» sous-cutanées, qui traquent la population. La fausse rumeur vient de l’amalgame de multiples projets auxquels est associé Bill Gates.

Le cofondateur de Microsoft a déclaré en mars 2020 qu’«au final on aura un certificat numérique qui indique qui a contracté le Covid-19, qui a été testé, et qui a été vacciné». Mais il parlait d’une signature virtuelle qui atteste de l’historique Covid, et non de puce implantée sous la peau.

Autre source de confusion, la fondation Gates s’est associée avec «Idées2020», projet qui vise à offrir une identité numérique à des millions de sans-papiers et de sans-abri, mais par QR code ou empreinte digitale, et non par puce sous-cutanée.

Autre amalgame, l’étude de décembre 2019 du MIT financée par Bill Gates, qui a imaginé des micro-patches avec mini-aiguilles qui vaccinent et laissent dans la peau un signal de couleur lisible avec un smartphone, mais sans géolocalisation. L’idée est de remplacer les carnets de vaccination.

Le contexte est celui d’une crainte du contrôle social par les big data et par la fin du cash. En Suède, des milliers de personnes se sont fait greffer volontairement des puces RFID qui leur servent de clé, de billets de train, de carte bancaire.


Un certain Richard A. Rothschild aurait déposé un brevet portant sur un test de dépistage du Covid-19 en 2015, ce qui prouverait un complot lié à la création et l’exploitation du virus.

Faux. Le brevet a été actualisé en 2020 et n’a rien à voir avec les banquiers Rothschild.

Un brevet qui contient un nom connu, «Rothschild», et le mot «Covid-19»: il n’en fallait pas plus pour éveiller les théories du complot sur les réseaux sociaux. A présent, les faits: un brevet, datant de 2015, a bien été déposé au nom d’un certain Richard A. Rothschild. Cela est aisément vérifiable sur le site patents.google.com. Il porte l’intitulé «Système et méthode pour tester le Covid-19». Sauf que, lorsqu’il a été déposé en 2015, il concernait des «systèmes et méthodes pour utiliser et traiter des données biométriques». Ce n’est que le 17 mai 2020 que l’idée de méthode pour tester le Covid-19 a été ajoutée à ce brevet, puis le texte explicatif a été publié le 3 septembre 2020. A ce jour, le statut de cette nouvelle composante du brevet indique qu’il est en toujours en cours («pending»), et que donc Richard A. Rothschild ne le possède toujours pas. Pour cela, le statut doit indiquer «active».

Autre mise au point, le Rothschild en question n’a aucun lien avec la famille Rothschild européenne, des banquiers régulièrement associés à des théories du complot en lien avec la haute finance et les banques centrales. Le détenteur du brevet en question est un avocat américain qui travaille à Los Angeles.


(Crédits: BMW)

La voiture électrique n’offre pas un meilleur bilan écologique, si l’on tient compte de toute la chaîne de production.

Vrai. Sa production requiert des énergies fossiles, mais son bilan reste meilleur que la voiture à essence.

Un documentaire d’Arte paru en novembre 2020 estime que l’impact environnemental du véhicule électrique égalerait celui du véhicule à essence, si l’on tient compte de l’entier de la chaîne de production. Car sa fabrication nécessite quantité de minéraux (lithium, cobalt), de métaux (cuivre), de métaux rares, et en début de chaîne, des combustibles fossiles (charbon, fioul, gaz). En particulier, un véhicule électrique peut contenir quatre fois plus de cuivre que certaines voitures à essence. L’extraction du cuivre nécessite des centrales à charbon. Elle contamine les sols, l’air et les cours d’eau. Quant au graphite, il est extrait en Chine dans des usines archaïques, où des ouvriers respirent de l’acide fluorhydrique toxique.

Ce qui est vrai: il n’existe pas d’énergie 100% propre. C’est au prix d’une certaine pollution au Chili, en Chine et ailleurs que nos éoliennes, nos panneaux solaires et nos voitures propres purifient l’air en Europe.

Ce qui est faux: des spécialistes des énergies vertes affirment que le documentaire serait biaisé et manipulé par le lobby des énergies fossiles. Selon un documentaire suisse, A contresens, les bilans écologiques les plus récents sont très largement en faveur des voitures électriques. Celles-ci n’utilisent pas plus de métaux rares, et la part de cobalt est faible. En outre, le recyclage des énergies vertes s’améliore de jour en jour, et la production du lithium des batteries n’est pas polluante.

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

Myret Zaki est journaliste indépendante et responsable de la Filière communication au CFJM (Centre de formation au journalisme et aux médias). Entre 2010 et 2019, elle a travaillé au magazine Bilan, assumant la rédaction en chef à partir de 2014. Elle avait auparavant travaillé au Temps de 2001 à 2009, dirigeant les pages financières du journal. Ses débuts, elle les avait faits à la banque Lombard Odier dès 1997, où elle a appris les fondements de l'analyse boursière. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage d'investigation, "UBS, les dessous d'un scandale" qui lui vaut le prix Schweizer Journalist. En 2010, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale", puis en 2011 "La fin du dollar" qui prédit la fin du statut de monnaie de réserve du billet vert. En 2016 elle signe «La finance de l'ombre a pris le contrôle».

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