Bilan

De Kubrick à la réalité virtuelle

Du 11 au 14 mai, Crans-Montana va vivre à l’heure de la réalité virtuelle. A la tête du World VR Forum, le Genevois Salar Shahna place la Suisse au centre de ce nouvel univers.
  • Avec le World VR Forum, Salar Shahna veut exposer toutes les potentialités de la réalité virtuelle.

    Crédits: Lionel Flusin
  • Bruno Huggler, directeur de Crans-Montana Tourisme et Congrès. 

    Crédits: Dr

Il porte aujourd’hui un casque de réalité virtuelle aussi souvent que d’autres des lunettes de vue. Pourtant, c’est sur grand écran que Salar Shahna a vu naître sa passion: «Dès l’âge de 3 ans, je suis tombé amoureux du cinéma. J’allais sans cesse voir des films avec mon père et j’avais envie de tout découvrir. J’étais même révolté contre les limitations d’âge et j’ai écrit une lettre au conseiller d’Etat qui m’a répondu.

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Certes, il renvoyait vers d’autres interlocuteurs, mais nous avons exhibé sa réponse à tous les caissiers de cinéma qui prenaient ça pour une dérogation. J’ai ainsi pu voir tous les films que je voulais. Mon père m’imposait juste d’en discuter ensuite longuement», raconte-t-il aujourd’hui. Trente ans se sont écoulés depuis ses premières amours cinématographiques, mais la flamme n’a jamais cessé de brûler.

Après avoir étudié les médias et l’innovation, Salar débute chez Rita Productions: stagiaire, assistant de production puis directeur de production, il y réalise même son premier court-métrage et rencontre un acteur américain installé à Villars (VD), Clayton Doherty, qui lui fait part de son envie de créer un festival de cinéma en montagne.

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Mais Salar a encore du travail avec Rita Productions: il initie, avec le soutien de Max  Karli, producteur, le développement transmédia de «Ma Vie de Courgette» et l’un de ses projets est retenu pour une session à Soleure, où il rencontre les responsables du studio VR Apelab: «Ils m’ont fait essayer un casque de réalité virtuelle et ça a été la révélation. J’étais hyperexcité et les idées ont fusé.» Quelques mois plus tard, il rejoint Apelab et travaille sur le projet Sequenced.

Une dimension pluridisciplinaire

A San Francisco, lors de la Game Developers Conference, il a le déclic: «Je me suis dit qu’il fallait décloisonner ce secteur avec un événement regroupant jeux, films, contenus éducatifs et scientifiques, créations publicitaires… Or, la Suisse a su se placer très tôt à la pointe avec des joyaux comme Apelab, Birdly ou Artanim (aujourd’hui Dreamscape).»

Il recontacte alors Clayton Doherty et tous deux se lancent dans l’organisation d’un festival, complétant leur duo avec Delphine Seitiee, spécialiste de webmarketing, qui devient directrice exécutive. Après avoir envisagé d’organiser l’événement à Villars, c’est finalement en Valais, à Crans-Montana, que le World VR Forum fait naître son premier sommet annuel en 2016, à la suite de la détermination de la commune et de Bruno Huggler, directeur de Crans-Montana Tourisme et Congrès.

Pendant trois jours, les participants découvrent les créations des studios, assistent à des conférences données par des experts du monde entier, et un jury teste les projets en compétition. «La réalité virtuelle connecte technologie, arts et science: c’est cette dimension pluridisciplinaire et très large que nous avons souhaité mettre en avant», explique Delphine Seitiee. Au vu du succès rencontré, dès la fin de la première édition, rendez-vous est pris pour 2017.

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Cependant, construit autour de ce rendez-vous annuel, le World VR Forum exporte son expertise, et Salar Shahna est très sollicité. «Nous avons noué des contacts en Chine et aux Etats-Unis notamment, mais aussi via l’Union internationale des télécommunications (UIT, organe des Nations Unies pour les technologies de l’information et de la communication) ou encore des rencontres à Berlin. Et nous avons été invités pour un grand nombre d’événements, du Festival de Sundance à des rendez-vous spécialisés à Shanghai ou Xi’an (Chine) ou encore en Inde», glisse la directrice exécutive.

Dans cet univers encore jeune, rien n’est figé. Des activités sont encore à imaginer: «La VR est un des premiers médias nés dans le monde digital et dans un univers mondialisé», constate Salar Shahna. 

La réalité virtuelle, révolution technologique en gestation

Avec une taille potentielle du marché à l’horizon 2023 évaluée à 600 milliards de dollars par Credit Suisse dans une étude publiée en octobre 2016, la réalité virtuelle pourrait devenir la nouvelle révolution majeure de la décennie en atteignant la taille actuelle du marché des smartphones. Le cabinet KZero Worldswide estimait à 200 000 le nombre d’utilisateurs de la VR en 2014, mais annonce qu’ils devraient être 170 millions dès 2018, une croissance de 84 000% en quatre ans.

Conscient des potentiels, le CEO du World VR Forum est convaincu que la réalité virtuelle aura des applications bien au-delà des jeux, avec «un énorme potentiel pour le tourisme, pour immerger le client dans une destination ou une expérience», ou encore l’éducation, afin «d’enrichir le contenu pédagogique des cours de géographie, de sciences...».

Fort de ces convictions, Salar Shahna, Delphine Seitiee et Clayton Doherty ont impulsé une nouvelle dynamique à leur structure basée à Genève: «Notre expansion est désormais orientée sur quatre axes: événementiel, éducation, distribution et production. L’événementiel avec le sommet à Crans-Montana, mais aussi des rendez-vous à travers le monde. L’éducation via des projets développés avec l’UIT. La distribution, pour diffuser à grande échelle les œuvres de créateurs. Et enfin la production de contenus.» Un dernier volet développé avec Freestudios à Genève, qui a accueilli les équipes du World VR Forum dans ses murs.

A quelques jours de l’ouverture du deuxième sommet annuel à Crans-Montana, du 11 au 14 mai, il est impatient de découvrir les réactions du public face aux nouvelles offres.

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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