Bilan

De nouvelles startups essaiment autour de la fertilité

Parmi les dix finalistes du prix octroyé en juin à Soleure par la Fondation de Vigier, deux d’entre elles – Annaida et Rea – sont considérées comme des femtechs.

La serviette hygiénique développée par Rea est capable d’anticiper un risque d’accouchement prématuré.

Crédits: Rea

Depuis quelques années, sous l’étiquette «femtech», des startups proposent des innovations autour de la fertilité, de la procréation et de la grossesse. Il ne s’agit pas seulement d’un effet de mode: la tendance semble bel et bien s’enraciner. Le bureau d’études Frost & Sullivan a déclaré que le marché mondial des femtechs pourrait atteindre 50 milliards de dollars d’ici à 2025. Environ 1 milliard de francs ont été injectés dans le secteur en 2019, contre 650 millions de francs en 2018, qui était déjà une année record. Avant 2014, ce secteur passait sous les radars.

«Les innovations concernent notamment la procréation médicalement assistée. Le marché est considérable, en Chine notamment, où il y a une explosion de patientes de plus de 40 ans qui veulent et peuvent désormais avoir un deuxième enfant, note Martin Velasco, fondateur de la société lausannoise Anecova. Parallèlement, on assiste à une chute de la fertilité masculine. Ainsi, ce marché de la fertilité progresse de 7 à 8% par année.» Dans l’approche d’Anecova, la rencontre des ovules et des spermatozoïdes a lieu en éprouvette. Toutefois, après deux heures, un dispositif perméable est placé à l’intérieur de la cavité utérine pour que la fertilisation soit naturelle. «Les éléments nutritifs et les stimuli proviennent de la mère et non pas de liquides de culture utilisés en laboratoire, explique Martin Velasco. Plus de 60 enfants sont nés grâce à notre méthode. Nous observons, selon des résultats préliminaires, que ces embryons ont une capacité d’implantation d’environ 10% plus forte que ceux conçus in vitro.»

Connaître la viabilité des embryons

D’autres startups romandes ont vu le jour récemment sur ce marché de la femtech. Parmi les dix finalistes du prix octroyé chaque année en juin à Soleure par la Fondation de Vigier, deux proposent ainsi des solutions en lien avec la fertilité. Toutes deux sont Lausannoises. La première, Annaida, a conçu un appareil qui analyse la viabilité des embryons avant implantation lors de procréations médicalement assistées. «Nous cherchons à sélectionner les embryons les plus viables possible, de manière non invasive, en décelant la composition chimique de ces minuscules organismes, explique Gora Conley, cofondateur de la startup issue du laboratoire de microsystèmes 1 de l’EPFL. Notre système devrait permettre d’accroître les chances que le fœtus se développe favorablement. Aujourd’hui, selon les méthodes actuelles, ce taux de succès est estimé à 30%. Nous espérons l’élever à 50%.»

La startup prévoit de démarrer ses essais cliniques afin de proposer sa technologie d’ici à deux ans. Son dispositif permettra aux hôpitaux et aux médecins d’estimer les chances de viabilité en à peine une heure. «Notre technologie de résonance magnétique nucléaire est capable d’observer des éléments jusqu’à 50 fois plus petits qu’avec un IRM traditionnel», poursuit Marco Grisi, cofondateur d’Annaida.

La technologie d’Annaida augmente les chances de succès lors de procréations médicalement assistées. (Crédits: Annaida)

Une puce qui analyse les sécrétions vaginales

L’autre finaliste du Prix de Vigier active dans la femtech, la startup Rea, a développé une serviette hygiénique capable de confirmer ou non un risque d’accouchement prématuré dans les sept jours qui suivent son utilisation. C’est un produit imaginé par le Service d’obstétrique du CHUV et le Laboratoire d’électronique pour les sciences du vivant de l’EPFL.

«Aujourd’hui, les patientes à risque doivent subir un frottis afin de déceler la présence ou non de biomarqueurs, notamment une protéine appelée fibronectine. Le geste est relativement invasif. En cas de suspicion, ces femmes doivent être hospitalisées sur de longues périodes et être surveillées, fait remarquer Erick Garcia-Cordero, cofondateur de Rea. La serviette que nous avons développée récolte ces sécrétions et détecte les protéines recherchées. Les patientes doivent uniquement la porter durant quelques heures chaque semaine dès la 24e semaine de grossesse.»

Ces serviettes sont munies de puces microfluidiques RFID. Il suffit de les actionner en approchant un smartphone à 5 centimètres. La puce peut dès lors analyser les sécrétions vaginales. Les résultats sont envoyés directement au médecin via le smartphone de la patiente. Un résultat négatif permet d’écarter le risque d’accouchement prématuré qui touche actuellement 10% des femmes enceintes. Les porteurs du projet espèrent maintenant lancer un essai clinique d’ici à six mois.

Qui dit fertilité pense aussitôt à l’une des pionnières dans le domaine. A savoir la société Ava, sise à Zurich et San Francisco. Cette entreprise a développé un bracelet connecté, rapidement adopté par les femmes, car il permet de suivre sa courbe de fertilité. Il traite les informations de cycle et la température corporelle pour livrer des statistiques globales et aider les couples à concevoir un enfant, avec un taux de fiabilité estimé à 89%. Selon Ava, son instrument faciliterait une quinzaine de grossesses par jour dans le monde.


Ferring, parmi les grands acteurs

Femtech Au-delà des startups, le secteur compte également de grands acteurs comme Ferring à Saint-Prex (VD). Figurant parmi les plus importants producteurs de médicaments contre l’infertilité, l’entreprise a réalisé un chiffre d’affaires de 2,2 milliards de francs en 2019. Parallèlement, elle collabore avec des startups actives dans la femtech, notamment la société espagnole Woom qui a créé une application d’algorithmes de calcul de fertilité. Le groupe soutient également l’incubateur israélien EVE, consacré aux femtechs.

Bloch Ghislaine NB
Ghislaine Bloch

Journaliste

Lui écrire

Ghislaine Bloch a découvert le monde de la vidéo et du reportage dès son adolescence. Après l'obtention d'un master à la Faculté des Hautes Etudes Commerciales de l'Université de Lausanne, elle démarre sa carrière à L'Agefi où elle effectue son stage de journaliste. Puis elle rejoint le quotidien Le Temps en 2004 où elle se spécialise dans les sujets liés aux start-up, à l'innovation, aux PME et à la technologie. Des thématiques qu'elle continue de traiter chez Bilan depuis 2019.

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