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Covid-19: deux solutions romandes

Combioxin développe un traitement contre les pneumonies sévères. De son côté, Calyps a développé un logiciel qui anticipe le nombre de personnes qui se rendront aux urgences.

  • Combioxin: Frédéric Lajaunias et Samareh Azeredo da Silveira Lajaunias, cofondateurs.

    Crédits: Lionel Flusin
  • Calyps: Tony Germini, directeur general, et Karim Bensaci, responsable technique.

    Crédits: Yvain Genevay

Pour aider à lutter contre le Covid-19, il existe deux solutions romandes totalement différentes, mais toutes deux novatrices. La première est genevoise, créée par la startup Combioxin, fondée en 2015 par Samareh Azeredo da Silveira Lajaunias et son mari Frédéric Lajaunias. Le couple de biologistes développe une molécule découverte à l’Université de Berne, le CAL02, qui agit comme un bouclier, empêchant le pathogène de créer des dommages dont certains peuvent être graves, irréversibles, ou même mortels.

«CAL02 est un liposome innovant dont la composition unique permet de lutter contre les pneumonies sévères», explique Samareh Azeredo da Silveira Lajaunias. Un premier essai clinique a été réalisé directement chez le patient, admis aux soins intensifs pour une pneumonie bactérienne grave. «Cela représente chaque année plus de 3,5 millions de patients en Europe et aux Etats-Unis ayant un risque de mortalité supérieur à 30%, malgré les meilleurs traitements disponibles aujourd’hui», affirme Samareh Azeredo da Silveira Lajaunias, dont la société a été invitée par la FDA (Food and Drug Administration américaine) pour participer, comme experte, à un panel sur les approches non traditionnelles pour combattre les infections. «Les premiers résultats cliniques sont extrêmement prometteurs. Les patients traités se sont rétablis plus rapidement que les patients recevant uniquement les traitements antibiotiques conventionnels et ont pu quitter les soins intensifs une semaine plus tôt. Cet impact thérapeutique représente aussi une économie majeure sur les coûts de la santé.»

Désormais, la startup lance un programme spécialement axé sur le Covid-19. Le principe est le même que pour les pneumonies bactériennes. «Nous pouvons cibler les virus à enveloppe, tels que les coronavirus. Le virus s’accroche sur nos liposomes qui agissent comme des éponges. Ils l’empêchent ainsi d’entrer dans les cellules, de s’y multiplier, et de causer des dommages, poursuit la jeune femme qui espère bénéficier de mesures accélérées de la part des autorités réglementaires pour poursuivre les étapes cliniques. Nos études ont non seulement démontré une absence totale de toxicité causée par CAL02 chez l’homme, mais aussi la capacité du médicament à protéger les patients des co-infections bactériennes qui empirent drastiquement l’état clinique.» Ces co-infections ont touché plus de 50% de patients Covid-19 décédés à ce jour.

A quand un traitement? Cela va dépendre des appuis financiers et politiques. Les premiers patients pourraient être testés dans les six mois. «Il y a plusieurs pistes pour s’attaquer au Covid-19 et c’est tant mieux. Il faut agir sur tous les fronts et continuer à tester des antiviraux, comme c’est le cas actuellement», poursuit la cofondatrice de Combioxin.

Calyps intéresse les hôpitaux

Autre innovation, celle proposée par la société Calyps, basée à Sion. Depuis quelques semaines, ses logiciels d’intelligence artificielle suscitent l’intérêt des hôpitaux qui ne savent plus comment gérer l’arrivée aux urgences des patients atteints de coronavirus. La PME a développé en effet un logiciel qui prévoit l’imprévisible. «Nous sommes capables d’anticiper le nombre de personnes qui se rendront aux urgences sur une semaine. Nous essayons, grâce à notre outil, d’optimiser au mieux le flux des patients pour mieux anticiper les besoins en lits, en personnel, en imagerie, en stock de médicaments, en matériel et en consommables, note Tony Germini, directeur et cofondateur de l’entreprise sédunoise. Avec le coronavirus, notre modèle apprend et s’affine tous les jours pour être au plus proche possible de la réalité.»

Les chiffres prédictifs sont vertigineux. «Il y a certaines variables que nous ne maîtrisons pas encore, notamment le temps exact d’incubation, mais aussi la façon dont la population applique les recommandations des gouvernements. Ces données changent d’un pays à l’autre, mais aussi d’une ville à l’autre parce que le niveau socioculturel n’est pas le même. Nous essayons de fournir un modèle prédictif aussi fiable que possible», poursuit Tony Germini.

L’entrepreneur qui a fondé sa société il y a dix-neuf ans parcourt désormais la France, car plusieurs hôpitaux ont manifesté leur intérêt par rapport au modèle de Calyps. «Prédire ne permet pas de soigner, relativise Tony Germini. Mais la crise actuelle liée au coronavirus va certainement accélérer la transition numérique dans la santé, aussi bien dans le domaine de la télémédecine que dans le partage des données médicales entre professionnels.»

Le système, nommé CALAI, a été développé en collaboration avec la Haute Ecole d’ingénierie et de gestion du canton de Vaud (HEIG-VD). Après une phase d’expérimentation, il est exploité tous les jours depuis septembre dernier au Centre hospitalier de Valenciennes, dans le nord de la France, afin d’anticiper les besoins sur sept jours. Le logiciel permet d’estimer le nombre de personnes qui se rendent aux urgences chaque jour de la semaine à venir, combien parmi eux seront hospitalisés et dans quel service. Lorsque ces personnes se rendent à l’hôpital, des renseignements – sexe, âge, diagnostic, constantes vitales ou examens effectués – s’ajoutent au logiciel pour l’optimiser.


Oliver Rossi/Getty images

Télétravail: place à vos soft skills

Pour freiner la propagation du coronavirus, le télétravail se généralise dans beaucoup d’entreprises. Les circonstances nous contraignent à nous organiser différemment. Des imprévus peuvent subvenir et de bonnes pratiques se développer spontanément. Les soft skills – ou compétences comportementales – apparaissent aujourd’hui comme des atouts indispensables. Voici quelques pistes non exhaustives pour développer ce type de capacités, telles que l’adaptabilité et la bonne organisation.

Mettez en place une infrastructure adéquate

Si vous n’utilisez toujours pas d’applications en ligne, c’est maintenant ou jamais. Entre NordVPN, ProtonVPN (startup genevoise) pour le cryptage de votre connexion internet; Skype, Hangout, Zoom pour les services de vidéoconférence; Slack, Trello, et Gmelius (startup également genevoise) pour les outils collaboratifs, vous avez l’embarras du choix (les offres promotionnelles de ces dernières semaines pourraient vous aider à décider). Ensuite – et c’est la partie la plus importante – testez ces applications en amont afin d’anticiper d’éventuelles difficultés que vous pourriez rencontrer.

Respectez l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée

Le télétravail vous permet en principe de choisir un lieu consacré à votre activité. L’idée est de marquer physiquement la séparation de votre sphère privée et professionnelle. L’interview d’un expert sur la BBC perturbée par ses enfants ne nous contredira pas.

Concevez autant que possible vos habitudes en vous levant à la même heure et en vous habillant comme si vous alliez au travail. Cela vous aidera à garder votre rythme habituel. Enfin, fixez-vous une heure de début et une heure de fin et n’hésitez pas à les communiquer.

Manager, vous restez le maître d’orchestre

Assurez-vous que vos collaborateurs aient ce dont ils ont besoin pour travailler à distance. Définissez avec votre équipe comment et à quelle fréquence vous communiquerez. Si vous aviez l’habitude de tenir des réunions hebdomadaires ou de vous retrouver autour de pauses-café, conservez ces interactions via des vidéoconférences. Enfin, communiquez régulièrement sur ce qu’il se passe, soyez disponible et prêt à répondre aux questions, la proactivité est la clé pour développer une confiance mutuelle.

Bloch Ghislaine NB
Ghislaine Bloch

Journaliste

Lui écrire

Ghislaine Bloch a découvert le monde de la vidéo et du reportage dès son adolescence. Après l'obtention d'un master à la Faculté des Hautes Etudes Commerciales de l'Université de Lausanne, elle démarre sa carrière à L'Agefi où elle effectue son stage de journaliste. Puis elle rejoint le quotidien Le Temps en 2004 où elle se spécialise dans les sujets liés aux start-up, à l'innovation, aux PME et à la technologie. Des thématiques qu'elle continue de traiter chez Bilan depuis 2019.

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