Bilan

Consulter un médecin depuis son salon

De plus en plus de plateformes offrent des services médicaux à distance. Ainsi, il sera bientôt possible d’interroger des pédiatres par visioconférence, avec prise en charge par la LAMal.

  • Fondatrice de Baby & Kids Care, Maddalena Di Meo vient d’être primée à Paris par la Société française de télémédecine.

    Crédits: François Wavre/lundi13

Sous la pression des patients, les services de télémédecine sont toujours plus nombreux avec, en Suisse, plus de 1,4 million de consultations par an. Cette tendance devrait s’accélérer. C’est en tout cas le souhait de Maddalena Di Meo, infirmière et entrepreneure, qui a créé la startup Baby & Kids Care pour désengorger les salles d’attente des urgences pédiatriques. «Avec l’ouverture du Centre hospitalier de Rennaz (VD), la ville de Vevey se retrouve à 20 kilomètres des centres d’urgence pédiatrique les plus proches», rappelle-t-elle.

Après avoir lancé la startup FirstMed (spécialisée dans les cours de premier secours), Maddalena Di Meo prévoit d’ouvrir, dès le mois de mai 2020, un cabinet à Vevey avec quatre pédiatres en chair et en os qui consultent aussi à distance, via l’application Que dit le pédiatre. «Les parents créent leur profil et peuvent demander une consultation par visioconférence. Il s’agira d’une télé­consultation gratuite prise en charge par la LAMal, précise-t-elle. Le pédiatre pourra envoyer une ordonnance directement sur l’application, permettant de chercher un médicament à la pharmacie. En fonction de la gravité du cas, il redirigera les parents vers un service d’urgence.»

Maddalena Di Meo et son équipe s’occuperont de toute la partie administrative. «Nous ne voulons pas seulement nous adresser aux Veveysans mais aux parents de toute la Suisse romande. Petit à petit, nous espérons proposer un service accessible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, prévoit-elle. Nous allons aussi permettre aux pédiatres d’exercer leur métier à domicile et à temps partiel.»

Une solution au manque de médecins généralistes

Autre nouveauté en matière de télémédecine: soignez-moi.ch. Financée par des investisseurs institutionnels privés, la plateforme a démarré ses activités à la fin du mois d’octobre 2019. Le patient répond à une série de questions en ligne sur son état de santé. Le service propose une évaluation médicale rapide par des médecins qui travaillent également tous en cabinet et indique si un rendez-vous chez un spécialiste ou une visite aux urgences est nécessaire.

Si une prise en charge sans déplacement est envisageable, un médecin de la plateforme téléphone dans l’heure au patient et lui fait parvenir une ordonnance médicale électronique. En cas de besoin d’un examen complémentaire, comme un frottis, le patient est dirigé vers l’une des 140 pharmacies partenaires en Suisse romande. Coût de la consultation? Maximum 39 francs, avec un suivi compris dans les 48 heures, contre environ 110 francs pour une visite chez un généraliste. La consultation est remboursée par l’assurance de base, au maximum quatre fois par an. «Nous pouvons traiter 60 à 70% des cas traités chez
le médecin généraliste», affirme Romain Boichat, cofondateur et directeur de soignez-moi.ch. Aujourd’hui, 20% des patients vont directement aux urgences sans passer par leur médecin traitant.»

La télémédecine s’adapte au monde actuel: consulter sans attendre, indépendamment des vacances du médecin et ne plus patienter au téléphone pour obtenir un rendez-vous auprès d’un secrétariat qui répond aux appels de 9 h à 11 h 30. Les personnes qui font appel à ce type de plateforme ne veulent pas perdre de temps de déplacement ou éviter une absence au travail.

En dermatologie, il existe aussi les plateformes derma2go ou OnlineDoctor qui permettent d’obtenir, dans les 48 heures, un diagnostic à des problèmes de peau. La consultation n’est toutefois pas remboursée par les assurances.

«Les outils de télémédecine trouvent progressivement leur place dans notre système de santé, dans une optique d’efficience et potentiellement de réduction des coûts de la santé. Mais il est illusoire de penser que ces plateformes remplaceront le contact physique, tempère Thierry Weber, médecin spécialiste de la santé numérique. Le phénomène devrait néanmoins prendre toujours plus d’ampleur face à la concentration des médecins dans les villes et un nombre de généralistes qui risque d’être insuffisant dans les années à venir, avec le vieillissement de la population suisse.»

Soignez-moi, plateforme lancée cet automne par Daniel Fishman, Carole Matzinger et Romain Boichat, propose des consultations de premiers secours facturées moins de 40 francs. (Crédits: Christophe Senehi)

Les pionniers de la télémédecine

La télémédecine a fait son apparition il y a une vingtaine d’années avec Medgate ou Medi24. Ces plateformes sont liées aux assureurs. Lorsqu’un assuré appelle le call center de sa caisse maladie – il est d’ailleurs souvent obligé de le faire –, il atteint ces centres ouverts 24 heures sur 24 et 365 jours par année. Des infirmiers ou infirmières ne posent toutefois pas de diagnostic mais font uniquement des recommandations.

D’autres ont suivi. La caisse maladie Swica a aussi lancé Santé24, et l’assurance Sympany propose à ses assurés «un cabinet virtuel». Concrètement, grâce à l’application de la startup bernoise eedoctors, les clients accèdent à un conseil médical par vidéo. Proposé par la CSS, MyGuide analyse par algorithme les symptômes des patients pour savoir s’ils doivent ou non se rendre chez le médecin.

La plupart des assureurs offrent aux affiliés qui choisissent de passer par ces services une réduction de primes de 10 à 15%. «Cette télémédecine permet de faire des économies. Espérons que cela ne se fasse pas au travers d’une limitation de l’accès aux soins, s’inquiète un médecin généraliste lausannois. Je ne crois pas à une diminution des coûts de la santé par ces plateformes. Atteindre un médecin à tout instant et gratuitement ou pour 39 francs seulement augmentera sûrement le nombre de consultations.»

Bloch Ghislaine NB
Ghislaine Bloch

Journaliste

Lui écrire

Ghislaine Bloch a découvert le monde de la vidéo et du reportage dès son adolescence. Après l'obtention d'un master à la Faculté des Hautes Etudes Commerciales de l'Université de Lausanne, elle démarre sa carrière à L'Agefi où elle effectue son stage de journaliste. Puis elle rejoint le quotidien Le Temps en 2004 où elle se spécialise dans les sujets liés aux start-up, à l'innovation, aux PME et à la technologie. Des thématiques qu'elle continue de traiter chez Bilan depuis 2019.

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