Bilan

Comment les start-up de Google vont changer le monde

De la médecine aux transports, le fonds de capital-risque du géant américain de l’internet sélectionne et soutient des compagnies qui inventent notre futur.
  • Robots de Play-I. Fondée en 2012, la start-up veut intéresser les jeunes enfants à la programmation informatique.

    Crédits: Dr
  • Google Ventures a soutenu 220 compagnies à ce jour.

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Comme chaque matin, Philippe S. quitte son logis où la température va baisser de trois degrés jusqu’à son retour vers 18 heures. L’enseignant embarque dans un véhicule au biofuel qu’il partage avec trois autres utilisateurs grâce à une application de covoiturage. Myope, il chausse des lunettes à monture de bois qu’il a dessinées lui-même, réalisées pour lui par un ébéniste d’un réseau en ligne.

Ce quadragénaire jette un coup d’œil aux nuages qui traversent le ciel et se félicite de vivre à son époque. Porteur du gène LRK 2, il a 75% de risque de développer la maladie de Parkinson. Or, avec la banalisation des tests génétiques, la recherche a fait d’incroyables percées ces dernières années. Le traitement préventif qui lui est administré se limite à une pilule quotidienne. Ce personnage fictif vit dans l’avenir que nous prépare Google, notamment par l’intermédiaire de son fonds de capital-risque Google Ventures.

David Drummond, vice-président senior de la maison mère Google et référent pour Google Ventures, résume ainsi sa mission au magazine Fortune: «Nous avons ici la possibilité d’utiliser notre argent, notre expertise, nos cellules grises ainsi que la force de la marque Google pour bâtir de nouvelles grandes compagnies et développer quelque chose d’utile.» 

«Radicalement changer le monde»

L’une des jeunes pousses du fonds Google Ventures, Foundation, a développé un diagnostic basé sur le séquençage de l’ADN permettant de déterminer pour chaque patient quel médicament sera le plus efficace sur une tumeur spécifique. Basée à Cambridge (Massachusetts), cette société vaut déjà quelque 600 millions de dollars depuis son entrée en bourse de septembre 2013.

Fondateur et managing partner de Google Ventures, Bill Maris (38 ans) a étudié les sciences de la vie. Alors qu’il était analyste en biotechnologie, il a côtoyé Anne Wojcicki, fondatrice et CEO de 23andMe (tests génétiques) et épouse séparée du cofondateur de Google Sergey Brin. C’est ainsi qu’il a accédé au premier cercle du management de la compagnie.

Personnage discret, Bill Maris joue néanmoins un rôle de pivot et d’inspirateur chez Google. Associé à Larry Page, l’Américain a créé Calico en septembre dernier. Le but de cette société, indépendante de Google et financée à hauteur de centaines de millions de dollars: combattre le vieillissement et prolonger la vie. 

Forte d’une soixantaine de collaborateurs, Google Ventures a investi dans 220 compagnies à ce jour, un chiffre qui en fait l’une des sociétés d’investissement les plus dynamiques. La maison mère Google a alloué 100 millions de dollars à Google Ventures en 2009, puis la somme a grimpé à 300 millions annuels dès 2010. Aujourd’hui, la division dispose de quelque 1,2  milliard de dollars sous gestion.

Plus d’une vingtaine de compagnies ont déjà été vendues ou placées en bourse. L’une d’entre elles, Climate Corp., a été acquise pour 1 milliard de dollars par le géant agrochimique américain Monsanto. La start-up a mis au point un système pour élaborer des prévisions météo fiables à l’échelle de la microlocalisation. Google Ventures consent peu à peu à des investissements massifs, comme les 258 millions de dollars misés en 2013 dans Uber, cette application mobile pour taxi-limousine. 

Le leader internet apporte à ses poulains un soutien dans le design, le management et le contrôle qualité des produits. «Larry Page et Sergey Brin ont pour ambition de radicalement changer le monde. Aussi vite et aussi profondément que possible», affirme dans «Bilanz» Astro Teller, responsable de l’unité GoogleX, le «laboratoire secret» de Google.

Mégalomanie? «La plupart de leurs projets sont vitaux pour ne pas rater les prochains virages technologiques. Le meilleur moyen de conserver un coup d’avance sur les futurs modes de consommation de l’information, c’est encore de l’inventer», considère Blaise Reymondin, consultant en stratégie web.

Blogueur chez bilan.ch, le Lausannois nuance: «Il y a aussi, chez ces géants technologiques, une tendance à la surenchère d’annonces pour des concepts plus ou moins réalistes. Par exemple Amazon, qui promet une livraison par drone, ou Google et son ascenseur pour l’espace… Ces sociétés s’assurent un buzz planétaire bénéfique à leur image et au cours en bourse.»

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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