Bilan

Comment l'internet nomade va devenir rentable

Le célèbre auteur de science-fiction Isaac Asimov a écrit que la technologie doit passer pour de la magie. Une sensation que peut ainsi produire l'écran d'un téléphone portable HTC ouvert sur la nouvelle application Google Sky Map lors d'une belle nuit d'été étoilée.Pour s'en convaincre, il suffit d'orienter l'écran vers un coin de la voûte céleste pour y voir se dessiner la carte des constellations. Où que l'on se tourne, l'image suit le ciel et indique les noms des étoiles et des planètes. Vers l'ouest, on découvre où se trouve le soleil sous la ligne d'horizon. Et en pointant l'écran vers ses pieds, on a le plan du ciel que verrait son double aux antipodes... De la «magie» que ce téléphone portable offre grâce à son GPS et sa boussole intégrés, grâce à son système qui va chercher sur l'internet mobile les données astronomiques pertinentes en fonction de la position de l'utilisateur.Cette combinaison est au coeur de nouveaux services qui se développent pour les internautes nomades. Les spécialistes parlent de services géolocalisés ou «location based services» (LBS). Un secteur dans lequel Google Sky Map, comme beaucoup de LBS grand public, ne gagne rien. La gratuité de ces services n'a cependant rien de philanthropique. «Le plus important pour Googleest de garder une image d'entreprise sympathique pour consolider sa position de moteur de recherche de référence, sa vraie source de revenu», précise Christian Egloff, directeur de Tydac, l'un des leaders des services géolocalisés en Suisse. Va pour l'image, mais qui paiera pour les autres projets LBS devenus relais de croissance de la téléphonie mobile?Pour l'heure, la plupart des développeurs suisses de services géolocalisés visent le marché professionnel. Ces géomaticiens mixent la foultitude d'informations contenues dans les bases de données avec des cartes numériques. «Près de 80% des informations ont une composante géographique», rappelle Christian Egloff.En mariant ces données avec leurs cartes, Tydac, à l'instar de Microgis, de Geomaticou encore de Novasys, intègre des informations socio-économiques pour créer, par exemple, des zones clients dans lesquelles une entreprise lira le potentiel commercial d'une région précise avant de s'y implanter. Au Mont-sur-Lausanne, Logifleets'est aussi spécialisée dans la création de cartes dynamiques, grâce au GPS, qui servent à la gestion de la flotte des véhicules d'entreprise.Depuis une année, l'intégration des GPS dans les téléphones portables suscite de nouvelles initiatives pour le marché grand public. Elles proposent de tenir compte de l'endroit où se trouve l'utilisateur pour l'informer sur son environnement. «Un quart des applications apparues sur l'Appstore (magasin de logiciels téléchargeables d'Apple: ndlr) utilisent les fonctions de localisation de l'iPhone», révèle Dominique Bonte, expert LBS chez ABI Research.Faute de modèles d'affaires, ces services ont néanmoins du mal à devenir rentables. La publicité, qui finance l'internet classique, s'est révélée une mauvaise piste. En Italie, les opérateurs télécoms, qui pensaient financer ces services grâce à des annonces venant des commerces à proximité de l'utilisateur, ont tous arrêté leurs essais. Le consommateur n'aime guère se faire bombarder de spams.Un moteur de confiance dans le mobile«Le décollage de ces services doit passer par une vraie valeur ajoutée pour les utilisateurs», explique David Beni, fondateur de la start-up Arx iT,à Genève. Certains ont cru la dénicher dans les systèmes d'identification d'amis (friend finder). Il y a deux ans, Novasys a équipé une cinquantaine de skieurs à Verbier avec une application qui leur permettait de se retrouver sur les pistes. «Nous avons introduit ce procédé trop tôt, relève Christian Hugonnet, directeur de la société. Les coûts de mise au point ne peuvent être facturés aux clients car ils sont encore chers.»Plus convaincant, le modèle d'affaires conçu par des assureurs automobiles. Exemple avec la compagnie Zurich, qui développe à l'intention des jeunes conducteurs des contrats dits «Pay as you drive». Le principe consiste à adapter les primes en fonction du comportement au volant, à la condition que l'assuré accepte que les données sur sa conduite soient transmises par GPS pour contrôle. Mais tout le monde acceptera-t-il d'être ainsi mouchardé?Une première au salon Telecom de Genève en octobreAutre modèle d'affaires, à succès, chez Arx iT. Michel Deriaz, responsable des applications mobiles, a inversé le problème en mettant la confiance au coeur des services géolocalisés. Pour y parvenir, il a créé un logiciel qui recoupe les informations entrées par les utilisateurs à propos des points d'intérêts (services, commerces, monuments, etc.) qu'ils taguent et commentent sur une carte. Généré par un utilisateur, ce contenu est ensuite validé par les autres pour progressivement ne retenir que les informations fiables et arriver à un niveau de qualité professionnelle. Un concept qui intéresse les opérateurs de réseaux de transport public comme les TPG. L'entreprise genevoise songe à demander aux passagers de signaler avec leurs mobiles les retards afin de constituer une carte statistique des points noirs du réseau puis de les corriger.Avec un projet qui sera dévoilé lors du prochain salon Telecom, Arx iT entend même mettre toute la Suisse touristique dans son moteur de confiance. Comme les informations locales sont qualifiées par les utilisateurs eux-mêmes, les grands clients, cette fois, se bousculent.

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