Bilan

Comment garder les startups en Suisse

Pour Patrick Aebischer, président émérite de l’EPFL, le pays doit améliorer ses conditions-cadres s’il veut récolter les fruits de son écosystème d’innovation et de sa haute éducation.

A privilégier en priorité? La qualité de l’éducation.

Crédits: Patrick Martin/24h

Patrick Aebischer croit plus que jamais en l’écosystème de l’innovation suisse, auquel il a lui-même fortement contribué depuis près de deux décennies. Mais il estime qu’il reste une ou deux choses à faire pour aider les startups à grandir en Suisse, car elles manquent encore de financement de croissance et sont souvent rachetées prématurément.

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Invité à l’American International Club (AIC) à Genève le 6 mars dernier, le président émérite de l’EPFL, fondateur d’Amazentis, membre des conseils d’administration de Nestlé, Lonza et Logitech, et président de l’advisory board de Novartis Venture Fund, a rejoint en 2017, en tant que senior partner, la société de capital-risque NanoDimension.

«Tout d’abord, souligne-t-il, la qualité de l’éducation est l’élément que je placerais en tête des priorités pour favoriser un écosystème de l’innovation.» Des universités de classe mondiale capables de produire de la recherche disruptive et des découvertes sont l’alpha de l’innovation, selon lui. Le Fribourgeois d’adoption lausannoise l’a toujours affirmé: pour lui, le financement de la recherche fondamentale doit être une fonction régalienne. La qualité de l’éducation est un aspect où la Suisse se démarque, rappelle-t-il, avec cinq universités dans le top 100 mondial. Dans ce berceau du World Wide Web et aussi de la biotechnologie qu’est la Suisse romande, un nombre exceptionnel d’atouts sont réunis. «Nous sommes très bons pour créer de l’innovation, sauf que nous ne parvenons pas encore suffisamment à capter les fruits de ce que nous inventons.»

«Le leadership doit revenir aux universités»

Pour améliorer les conditions-cadres, Patrick Aebischer souligne la nécessité de développer des écosystèmes innovants, des infrastructures attrayantes, une culture de l’entrepreneuriat. «Le leadership sur ces plans est dévolu aux universités, qui doivent créer des parcs scientifiques, des programmes d’entrepreneuriat et d’innovation, permettre un accès à des coaches, des accélérateurs, des fonds d’amorçage.»

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Exemplaire à cet égard, le parc scientifique de l’EPFL, c’est 55'000 m2 de labos et surfaces de bureaux, 233 startups créées entre 2000 et 2016, financées par du capital-risque: de 2 à 3 millions en 1999, les startups ont attiré 400 millions de francs de capitaux en 2017. Créer de tels écosystèmes est indispensable, selon le neuroscientifique, pour favoriser les interactions et la proximité. Le président honoraire de l’EPFL cite en exemple le Rolex Learning Center, «un lieu ouvert de 7 h du matin à minuit, y compris les samedis». C’est ce type d’écosystème qui vit la nuit, souligne-t-il, qui attire l’entrepreneuriat. En outre, de grandes entreprises ancrées dans la région sont nécessaires pour accéder à des talents.

Les startups doivent avoir accès à du capital-risque

Et justement, l’arc lémanique se distingue par le nombre de multinationales qu’il concentre. «Nous n’avons pas ici les Google, Apple, Facebook ou Amazon, mais lorsqu’on regarde qui rachète des entreprises innovantes comme Genentech, ce sont les grandes pharmas suisses.» A cet égard, il se réjouit que le plus grand centre de recherche de Google hors des Etats-Unis est situé à Zurich. «Tôt ou tard, de jeunes ayant fait leurs armes chez Google voudront créer leur propre entreprise.»

Enfin, et c’est essentiel, les startups doivent avoir accès à du capital-risque. Le nerf de la guerre est le financement de croissance, qui demeure un problème en Europe. «Il faut que de plus gros fonds et des caisses de pension investissent dans les startups suisses, car le pourcentage d’investissements rapporté au PIB reste faible.» Patrick Aebischer fait le vœu de maintenir les entreprises en pleine croissance en Suisse. «Nous voulons que ces startups puissent croître et prendre le temps de se développer. C’est cela le prochain défi.»

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Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan.

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