Bilan

Comment faire fortune avec l'iPhone

Ge Wang et Jeff Smith ont eu du flair. L'été dernier, quand Apple a ouvert son magasin en ligne dédié aux applications pour iPhone, les deux amis de la Silicon Valley ont monté leur entreprise. Baptisée Smule, leur société a développé des logiciels téléchargeables parfaitement inutiles, comme Sonic Lighter, un briquet virtuel vendu 99 cents. Ou Sonic Boom, qui transforme votre téléphone en feu d'artifice. Les fans de l'iPhone ont adoré. Mais le véritable jackpot est venu en novembre dernier, lors du lancement d'Ocarina. Avec cette flûte (si, si, vous soufflez dans le microphone en tapotant des doigts pour obtenir des notes?), Smule a battu tous les records. En un mois, 400000 personnes ont payé un dollar pour télécharger le logiciel. Le chiffre d'affaires de la start-up a dépassé le million de dollars après moins d'un an d'existence. Du coup, des dizaines de développeurs rêvent aujourd'hui d'un destin similaire. Car le concept lancé par Apple, qui permet de distribuer des applications librement via sa plate-forme, est un énorme succès. Six mois après le lancement de l'AppStore, on y trouve déjà plus de 15000 logiciels, jeux ou programmes: 80% de ces applications sont payantes et Apple encaisse 30% des recettes sur toutes les ventes. La société ne communique pas de chiffres sur ses revenus, mais l'essentiel est ailleurs: l'entreprise de Cupertino veut surtout imposer son système d'exploitation comme leader du marché des smartphones, face aux concurrents historiques que sont Nokia et BlackBerry . Si aucun Suisse n'est encore devenu millionnaire grâce à l'AppStore, certains y voient tout de même une opportunité en or. Jonas Schnelli, par exemple, a créé sa société Include 7à Zurich, avec l'intention de développer des applications pour Internet. Mais avec le lancement du magasin en ligne d'Apple, il s?est mis à concevoir des logiciels pour iPhone. «J?ai créé un horaire pour trains qui a tout de suite fait fureur», explique-t-il. Les CFF ont repéré le jeune développeur et l'ont mandaté pour créer de nouvelles applications. Entre-temps, Jonas Schnelli s?est aussi associé à Suisse Tourisme pour lancer le Swiss Snow Report. «Aujourd'hui, notre société a trois employés et le développement pour iPhone est devenu notre principale activité.»

À 20 ans, il pourrait déjà en vivre

Autre pionnier de l'AppStore, Daniel Erne n'a pas encore terminé son apprentissage d'informaticien, mais il a déjà sorti trois applications. Distribué gratuitement, le recueil de recettes Cocktails a été téléchargé par 150000 utilisateurs. Par ailleurs, sa société Swiss Development propose un annuaire et un logiciel de traduction, tous deux payants. Avec ses autres mandats, cet Argovien de 20 ans assure qu?il pourrait déjà gagner sa vie grâce à cette activité. En Suisse romande, une cinquantaine de passionnés de l'iPhone ont créé un groupe sur Facebook et se réunissent régulièrement pour partager leurs expériences liées au développement des applications. Initiateur de ce mouvement, Sébastien Huguesest à la tête de la société lausannoise Easybox, qui a créé un logiciel pour la Radio suisse romande. «Ce type de mandat représente déjà 20% de notre chiffre d'affaires et les perspectives pour 2009 sont bonnes, affirme-t-il. Notre prochain objectif est de sortir nos propres applications.» «L'iPhone fait rêver mais c?est aussi un miroir aux alouettes, observe Sandrine Szabo, fondatrice de Netinfluence et organisatrice d'un séminaire qui a récemment réuni des développeurs de toute la Suisse. J?ai des gens qui m?appellent avec une idée soi-disant géniale et qui veulent que nous développions l'application pour eux. C?est comme au début du Web, quand tout le monde pensait qu?il suffisait de mettre un bandeau sur Internet pour devenir millionnaire. En réalité, il est difficile de gagner beaucoup d'argent avec ces applications. Ceux qui marchent sont généralement gratuits, ou alors ce sont des jeux payants qui coûtent très cher à développer.» Mais il y a toujours l'exception qui confirme la règle. L'application la plus vendue en ce début d'année sur l'AppStore s?appelle iFart. Sa particularité: elle fait des bruits de flatulences (300000 téléchargements en un mois). Avant cela, il y avait iBeer, la bière virtuelle qui se vide quand on la «boit» et qui mousse quand on l'agite.«Il y a des sociétés qui se lancent sur ce marché comme si c?était l'eldorado, enivrées par ces success stories à l'américaine, estime Sébastien Hugues. Elles pensent qu?il suffit de soulever une pierre pour trouver de l'or. Mais la vérité est qu?il faut creuser profond et longtemps pour espérer trouver quelques grammes.» Pour l'instant, les développeurs suisses préfèrent donc jouer la prudence en travaillant sur mandat. A Zurich, la société Youngculture a développé un comparateur de prix mobile pour Comparis, qui figure parmi les téléchargements les plus populaires du moment. Et dans quelques jours, la société biennoise Mobiletechnics, qui a déjà créé une liste de commissions mobiles pour Coop, espère voir sa nouvelle application sur tous les iPhone de Suisse. Il s?agit d'un logiciel développé pour le compte de la Télévision suisse romande qui offrira un accès mobile à ses programmes.

Qui dominera le marché? Parmi les derniers arrivés dans le domaine des smartphones, Apple veut s?imposer comme le nouveau standard. Ventes Lancé il y a un an et demi, l'iPhone s?est déjà écoulé à plus de 18 millions d'unités dans le monde. Aux Etats-Unis, Apple occupe 23% du marché des smartphones, derrière RIM et son BlackBerry (41%). En Suisse, il y a environ 250000 iPhones en circulation. Enjeu Pour Apple, il s?agit de conquérir rapidement le marché naissant des systèmes d'exploitation sur les mobiles, comme Windows l'a fait il y a deux décennies dans le domaine de l'ordinateur personnel. En face, des concurrents comme BlackBerry, Symbian (qui fonctionne sur Nokia), Android (de Google) et Palm cherchent aussi à occuper ce créneau.

Photo: Ibeer / © Sedrik Nemeth

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