Bilan

Comment exploiter les données gratuites disponibles sur le web

Google, eBay ou des établissements publics collectent une foule de chiffres et de statistiques qu’ils mettent à disposition gratuitement sur internet. Aux entrepreneurs ensuite de les transformer en avantages stratégiques. Témoignages.
  • A Genève, Kevin Castelain utilise les trends de Google pour savoir dans quels pays développer son site d’accessoires automobiles en ligne.

    Crédits: Dr
  • A Pfäffikon, Christian Philippi (à gauche) et Sven Beichler ont adapté la production de mySwissChocolate à la demande grâce à une meilleure connaissance de leur clientèle en ligne.

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Aujourd’hui, Jawbone sait que les porteurs zurichois de ses bracelets «up» dorment en moyenne 6  h  44 par nuit; eBay que les habitants du Wisconsin utilisent majoritairement sa plateforme pour acheter des équipements sportifs. Et Google que 56% des internautes italiens utilisent des réseaux sociaux.

Informations stratégiques? Oui. Mais aussi données gratuites et accessibles en ligne pour tout un chacun. Google est même allé plus loin. Le géant du web a mis à disposition gratuitement une somme d’informations cruciales, dans dix pays traditionnellement cibles des entreprises suisses.

Du Japon à l’Allemagne en passant par les Etats-Unis, l’Italie ou la France, son «export business map» regroupe des indications démographiques sur l’utilisation d’internet, le comportement de recherche et d’achat en ligne, l’utilisation des réseaux sociaux, avec un calendrier présentant les dépendances saisonnières sur chaque marché…

L’outil, d’une quinzaine de pages, constitue une base pour se lancer dans le commerce en ligne, «susceptible d’aider à gagner des clients dans le monde entier», affirme David Sneddon, responsable de l’export et directeur des ventes en Suisse, Autriche et en Allemagne pour Google.

Au-delà de Google, le net est aussi un gigantesque réservoir de données économiques, environnementales, sanitaires, compilées dans des rapports d’autorités nationales ou intergouvernementales… Sans compter les données comportementales, amenées à se multiplier compte tenu de l’essor des objets connectés. Une mine d’or pour les entreprises! Car les PME ont rarement de quoi financer une étude classique de tous les marchés cibles, qui peut se chiffrer de «50  000 à 100 000  francs», selon Sylvain Jaccard, responsable de Switzerland Global Entreprise en Suisse romande.

Reste qu’utiliser ces données demande du travail. «Le big data implique en réalité trois activités: collecter de nouvelles données, traiter et stocker ces éléments au moyen de nouvelles technologies, les analyser selon différents processus», explique l’entrepreneur genevois Kevin Castelain qui commercialise des accessoires automobiles sur le site Pneus Online.

Google, à la portée de tous

Différentes possibilités existent. Kevin Castelain a choisi d’utiliser l’outil de recherche par période et par lieu de Google (sur google.com/trends), qui est à la portée de tout le monde.

«Nous avons des clients dans 45 pays. Cette fonctionnalité nous a servis avant de lancer un nouveau produit dans certains marchés, pour visualiser sa popularité en temps réel et par pays. C’est facile et ne nécessite pas de formation particulière.»

L’entrepreneur cherche aussi les données disponibles sur des sites étatiques officiels. «Ce sont d’autres datas intéressantes, qui permettent de connaître le comportement des consommateurs dans chaque pays aujourd’hui. J’ai découvert ainsi que l’Europe de l’Est, par exemple, n’est pas du tout sensible à l’e-commerce: les gens n’achètent pas en ligne, ils consultent mais réalisent les achats en boutique.»

Développer ses propres outils

De son côté, mySwissChocolate a fait le choix de développer ses propres outils. Basée à Pfäffikon près de Zurich, l’entreprise, qui commercialise du chocolat en pure player sur le net, peut ainsi récolter les données qui l’intéressent: taux de réaction aux publicités télévisées et analyse des comportements et usages sur son site.

«Ce suivi nous a permis de réaliser des publicités ciblées et de mieux planifier notre production», explique le cofondateur, Christian Philippi. Une stratégie qui impose de s’entourer d’experts et qui nécessite de gérer les coûts: «Les prix pour les publicités ciblées de Google ont augmenté ces dernières années.»

Acheter des infos ciblées

Autre possibilité: payer pour avoir accès aux données stratégiques, et les analyser en interne. C’est le choix qu’a fait David Sadigh, à la tête de Digital Luxury Group. Son entreprise achète des données, mais les retravaille selon ses propres logiciels et algorithmes.

«Nous analysons de grands volumes de données comportementales: quelles recherches sont faites en matière de sacs à main en Inde, quelle couleur, quelle texture, par exemple.» Un savoir-faire qu’il commercialise à différentes maisons, notamment dans le luxe.

Si le big data permet d’améliorer une production, voire de changer de business model, une question reste en suspens: ces données aujourd’hui gratuites le resteront-elles indéfiniment?

Google, par la voix de David Sneddon, affirme que son «export business map» a vocation à rester gratuite et que monétiser les données n’est pas à l’ordre du jour. Même son de cloche chez Jawbone, qui évoque tout au plus des partenariats «dans le domaine de la recherche». 

Tibère Adler, directeur romand du think tank Avenir Suisse, les croit volontiers. La gratuité, selon lui, est un moyen pour ces entreprises, notamment Google, de renforcer leur écosystème. Des propos plutôt rassurants.

Camille Andres

JOURNALISTE

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