Bilan

Cobalt Project internationalise ses jeux d’action réels

Porté par la gamification et les technologies numériques, le parc de paintball de Lutry a développé un modèle d’affaires qui s’exporte.
  • Cobalt Project a transformé le paintball en un jeu de rôle et d'action où les armes ne sont plus qu'un prétexte.

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  • 12 000 joueurs sont venus s'affronter l'an dernier dans les 30 000 carrés du décor très "Call of duty" des hauts de Lutry. 

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  • En ajoutant le sport, la course d'orientation et les technologies au classique paintball, Cobalt Project a trouvé le moyen de franchiser son business model. 

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Les lois fédérales aboutissent parfois à créer des modèles d’affaires originaux. Parce que celles qui encadrent la pratique du paintball en Suisse sont particulièrement restrictives, Adrien de Meyer a transformé une activité découvert le jour de son trentième anniversaire dans les bois de Villars-sur-Ollon en un business innovant. Cobalt Project, le parc dédié à ce jeu de rôle grandeur nature qu’il a créé en 2012 dans les hauts de Lutry, est devenu un terrain d’expérimentation de nouvelles technologies et même de nouvelles formes de travail. Avec un certain succès, puisque l’heure sonne maintenant pour l’internationalisation.

Apprendre en jouant

Tous en combinaison noire, ils sont, ce matin-là, une vingtaine d’employés de QoQa, le site communautaire de vente en ligne, dans le terminal sis au centre d’un parc où épaves de bus et autres fortins rappellent l’esthétique de guérilla urbaine du jeu vidéo Call of Duty. On est cependant loin de la guerre ou de sa théâtralisation avec des pistolets à billes de peinture.

Derrière le formateur en entreprise Patrick de Sepibus, l’écran affiche une citation du psychologue Jean Epstein: «L’enfant ne joue pas pour apprendre, il apprend parce qu’il joue.» Patrick de Sepibus se sert de Cobalt pour d’une part faire prendre conscience des comportements de chacun en révélant les personnalités sous la pression du jeu et pour accélérer les apprentissages du travail en équipe. «L’équipe qui l’emportera sera celle qui exploitera au mieux ses talents de communication et de coopération», prédit-il.

Sur le terrain, c’est effectivement ce qui se passe quelques minutes plus tard. Adrien de Meyer et son équipe ont transformé le paintball en un jeu plus sophistiqué. Cela tient aussi du sport d’équipe et de de la course d’orientation. En substance, il s’agit de retrouver avant une autre équipe des balises dissimulées pour que chaque joueur de son camp les «tag » avec son badge électronique jusqu’à arriver à 100 points. La gestion de l’air comprimé et des munitions des armes - rebaptisées symptomatiquement «outils de défense à distance ou ODK pour opponent distance keeper» - font aussi partie du jeu.

De même, la communication radio entre les joueurs et avec l’opérateur tactique qui observe le terrain balayé par des caméras depuis la «safe zone » et distribue boucliers, armes plus puissantes ou véhicules. «Le tir sur d’autres joueurs avec des balles de peintures n’est presque plus qu’un prétexte dans un scénario qui offre beaucoup plus de possibilités», explique Adrien de Meyer qui ajoute une passion pour les jeux de rôle à des études à Saint Gall et une expérience de trader.

Cette transformation du paintball en ce que l’entrepreneur qualifie de nouvelle discipline sportive  - les «real action sport»  un peu dans l’esprit des courses de drones ou  des spartan races –  a été centrale dans le développement au travers de pas mal d’itérations du modèle d’affaire de cette entreprise hors norme. A Villars, Adrien de Meyer avait commencé par créer Ecoball dans un bois propriété de sa famille. Des conflits de voisinage l’ont forcé à jeter l’éponge.

Du coup, il va racheter Planète Jeux, un parc de loisirs à Lutry en 2012 et se rapprocher d’un beaucoup plus grand bassin de population. « Le défi de notre activité c’est d’optimiser le timing. Au début, on passait autant de temps à préparer une partie qu’à la jouer. » Plus question de cela sur un terrain de 30 000 mètres carré aux portes de Lausanne avec le prix du foncier et des infrastructures. Au total, Cobalt Project qui emploie neuf personnes à plein temps représente un investissement de l’ordre de 5 millions de francs.

Réalité augmentée

Cette optimisation va mettre l’entreprise sur la piste de la diversification de sa clientèle et sur celle de l’innovation technologique. Si les collaborateurs de QoQa ne sont pas les premiers employés d’une entreprise à venir à Cobalt, ils sont les premiers pour lesquels ce n’est pas seulement un divertissement. Pour optimiser l’utilisation de ses infrastructures au-delà des mercredi après-midi des scolaires ou des week-ends, Cobalt se tourne aujourd’hui vers cette activité proche du teambuilding après avoir déjà mis ses infrastructures à la disposition de différentes forces de l’ordre pour leur entrainement les lundis et mardis.

L’an dernier, 12000 personnes ont joué une partie facturée 105 francs les 120 minutes dans ce parc. L’entreprise en vise 16 000 à 17 000 sur ce site avec aussi de gros efforts sur le caractère communautaire de son jeu et l’introduction régulière d’innovations.

C’est, en effet, l’innovation technologique qui offre désormais le plus de potentiel de croissance. Pour optimiser la préparation des sessions, Cobalt a commencé par utiliser des balises activées par un badge RFID. Mais cela demande encore de déployer ces balises, de les charger, etc. En adaptant au jeu des smartphones particulièrement robustes et en collaborant avec le développeur de logiciels Atracsys à Puidoux, Cobalt a développé un «device » et derrière le logiciel qui est le sésame de son internationalisation

Baptisé CosMob, cet appareil remplace non seulement la radio mais augmente la réalité du terrain d’une couche d’information numérique. «Fondamentalement nous déplaçons l’information des bornes sur le joueur », explique Sylvain Lugrin, senior assistant de Cobalt. La géolocalisation permise par cet appareil gére ainsi toutes sortes de nouvelles conséquences extraites du comportement des joueurs. «Par exemple, on peut récompenser le travail en binôme ou en équipe en mesurant la distance qui sépare les joueurs. Il devient aussi possible de gérer à distance l’ouverture d’une porte, l’accès à véhicule ou le déclenchement d’un fumigène puisque la position des joueurs est connue à chaque instant.»

Le logiciel sésame de la franchise

Au-delà l’entreprise travaille sur d’autres  fonctionnalités comme la mesure du rythme cardiaque, là aussi avec des conséquences sur le scénario du jeu ou bien sur la captation des impacts afin de ne plus compter seulement sur le fairplay des joueurs pour sortir de la partie lorsqu’ils sont touchés ou en faisant perdre des points à leur équipe tant qu’ils ne se sont pas fait «soigner » voire « ressusciter».

Ces développements hardware, qui seront déployés à partir du mois de juillet, ont cependant une autre conséquence. Pour gérer l’ensemble de ces fonctionnalités numériques, Cobalt a du entièrement revoir son système d’exploitation maison (COS) en prenant soin de le rendre «user friendly». La conséquence est que cela rend le modèle d’affaires de Cobalt beaucoup plus difficile à copier. Du coup, il devient franchisable. «Le système de franchise qui passe par l’achat d’une licence du software ». précise Adrien de Meyer.

Depuis quelques mois et l’arrivée de deux gros investisseurs, Adrien Meyer et son équipe sont ainsi engagés dans le projet d’une déclinaison de Cobalt Project à Kosewo à proximité de Varsovie pour créer un second parc – eux parlent de «République » - dans un fort militaire de la première guerre mondiale. Un autre projet est aussi avancé du côté de Zürich et d’autres sont en pourparlers à Berlin, Dubaï et Los Angeles.

L’objectif de l’entreprise est de se rapprocher de grands centres urbains afin d’y obtenir, sur la base de son taux de pénétration de plus de 3% à Lausanne, une vingtaine de franchises d’ici 2020 attirant 50 000 joueurs par an soit une communauté de l’ordre d’un million de joueurs dans le monde. On est assez loin des parties de paintball entre copains qui faisaient tempêter les municipaux de Villars-sur-Ollon. 

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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