Bilan

Cinq start-up suisses dans la fièvre de Palo Alto

Les gagnants du Swisscom StartUp Challenge ont passé une semaine au cœur de l’innovation technologique. Récit d’un séjour qui s’est révélé fructueux.

De g. à dr.: Nathan Anderson (ScanTrust), Reshad Moussa (Geosatis), Fabrizio Lo Conte (eSmart), Justin Picard (ScanTrust), Rikke Blix Hagemann (Hoosh) et Sylvain Bertolus (CashSentinel).

Crédits: Auciello

Les cinq start-up qui ont remporté le Swisscom StartUp Challenge ont vécu une folle semaine en octobre dernier dans la Silicon Valley. CashSentinel, eSmart, ScanTrust, Geosatis et Hoosh avaient tiré leur épingle du jeu parmi une centaine de candidats pour gagner ce voyage.

Swisscom, premier opérateur suisse et organisateur du concours, leur a offert un programme de mentorat dans un écosystème unique, rythmé par de multiples rencontres avec de potentiels investisseurs et partenaires, concurrents et start-up locales. L’occasion de se frotter à la réalité de la Silicon Valley où l’argent peut couler à flots. Chacune de ces cinq start-up suisses a vécu une expérience unique et fructueuse.

Trouver le partenaire idéal

Pour pouvoir saisir les bonnes opportunités, encore faut-il déterminer le profil de son partenaire commercial idéal. Cofondatrice de Hoosh, un algorithme qui mesure la visibilité des entreprises sur Google, Rikke Blix Hagemann veut trouver «un partenaire stratégique qui comprenne le big data et le marketing et qui, par conséquent, a déjà le bon réseau pour nous aider à atteindre l’étape suivante».

La Danoise, installée à Lugano, a notamment rencontré des représentants de Salesforce, un éditeur de logiciels qui ne passait pas inaperçu cette semaine-là dans les rues de San Francisco. Il y organisait sa conférence Dreamforce, une grand-messe technologique. «Nous sommes leur pièce manquante!», s’amuse Rikke Blix Hagemann.

Elle poursuit plus sérieusement: «Les grandes compagnies ont de plus en plus besoin des start-up et d’innovation externe pour rester dynamiques et connaître les nouvelles générations de produits et services.» 

Préparer une levée de fonds

ScanTrust propose une solution de code QR de nouvelle génération, protégée contre la copie, à intégrer sur les articles de consommation. Objectif: lutter contre la contrefaçon. «Comme notre technologie s’insère dans les processus de fabrication des produits et d’emballages, nous avons multiplié les rendez-vous avec des acteurs leaders dans les domaines concernés tels que l’impression, explique le CEO Justin Picard dans un train bondé qui relie Palo Alto à San Francisco. Les partenariats avec des acteurs majeurs peuvent avoir un effet démultiplicateur sur notre croissance.»

La start-up lausannoise est sur le point de lever des fonds qui serviront à renforcer la R&D, essentiellement en Suisse, et à accélérer la commercialisation en Chine, son marché principal. Elle a par ailleurs ouvert un bureau à Shanghai. «Nous pensons déjà à la prochaine levée de fonds. Et avoir un pied dans la Silicon Valley peut nous y aider», ajoute-t-il, enthousiaste.

Améliorer son networking

Lors d’une rencontre d’entrepreneurs actifs dans la domotique, Fabrizio Lo Conte, cofondateur d’eSmart, un système pour moduler l’électricité chez soi, s’est rendu compte de la façon toute particulière de faire du networking à la Silicon Valley. «La première question qu’on me posait: avec qui je peux te mettre en contact? Ce serait inimaginable en Europe où nous tenons bien trop à garder notre réseau pour nous», constate-t-il.

Echanger avec des concurrents constitue également une pratique à laquelle il n’était pas habitué. Et qui peut se révéler pleinement bénéfique. «En échangeant avec iControl, un leader sur le marché américain de la maison connectée, cela m’a conforté dans l’idée qu’il y aurait un marché disponible pour nous aux Etats-Unis. En effet, iControl est actif dans le mass market, tandis que nous visons le haut de gamme.» eSmart équipe plus de 400 appartements en Suisse. 

Collecter de bons conseils

Pour Sylvain Bertolus, le séjour dans la Silicon Valley a réglé la question de la priorité du marché américain: CashSentinel, son système de transaction entre particuliers et vendeurs de voitures via téléphone mobile, pour des sommes allant jusqu’à 100 000 francs, a un potentiel à court terme bien plus fort en Europe qu’aux Etats-Unis. «Notre service a été développé sur mesure pour le marché suisse et européen et leur mode de consommation. Cela reste donc notre priorité pour le moment.»

Ce qu’il retiendra avant tout de ce voyage, c’est l’échange avec David Marcus, ancien CEO de PayPal et nouveau directeur de la messagerie chez Facebook, et Alexandre Gonthier, CEO de PayWithMyBank: «Ils m’ont donné des feedbacks enrichissants sur notre start-up, de la gestion au produit lui-même, ainsi que sur les spécificités US dans notre domaine, les paiements. J’ai ainsi acquis en une semaine une bien meilleure idée de ce que nous devrons proposer pour viser ce marché à l’avenir.»

Cerner mieux son marché

Reshad Moussa, responsable du développement commercial de Geosatis, connaît bien la Silicon Valley. Il a vécu l’effondrement de la bulle internet en direct. Mais pour lui, venu présenter le bracelet de surveillance électronique que la société développe, chaque visite californienne réserve ses surprises, tant l’écosystème évolue rapidement.

«L’objectif de départ était de déterminer, auprès de départements de probation et de distributeurs, si nous avions bien cerné le marché américain. Aussi, nous avons de nouvelles approches du produit que nous voulions expérimenter, comme l’utilisation de capteurs pour mieux comprendre le comportement du détenu, par exemple.»

Geosatis n’est pas rentré les mains vides. Après un contrat à 3 millions signé en Afrique du Sud en septembre dernier, la société jurassienne a décroché un projet pilote avec le Département de la probation de la Ville de San Francisco. Cette semaine-là, Swisscom a également annoncé son entrée dans le capital de l’entreprise qui, avec le soutien d’autres investisseurs privés, réalise un premier tour de table de 1,6 million. C’est ce qu’on appelle une bonne semaine. 

Dino Auciello

ANCIEN RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT À BILAN

Lui écrire

Dino Auciello a été rédacteur en chef adjoint à Bilan, responsable de bilan.ch, de novembre 2014 à juillet 2017. Il a rejoint Bilan en 2010, après avoir terminé ses études à l’Académie du Journalisme et des Médias de Neuchâtel.

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