Bilan

Cinq start-up romandes qui bâtissent le futur

Basées en Suisse romande, elles ont développé des technologies innovantes qui connaissent un succès croissant. Portraits d’entreprises qui comptent.
  • Sophia Genetics, l’horloger des données

     

    Crédits: Cardoso
  • KeyLemon, le gardien physionomiste

     

    Crédits: Lindaphoto
  • BestMile, l’aiguilleur de qualité

    Crédits: Dr
  • ViDi, la culture zéro défaut

    Crédits: Dr
  • WeCan.Fund, l’as des bacs à sable

    Crédits: Maréchal

Sophia Genetics, l’horloger des données

Cofondée en 2011 à Lausanne par Jurgi Camblong, Sophia Genetics connaît une croissance fulgurante. Ses effectifs passent cette année de 60 personnes à plus de 130 désormais. Et près de 200 laboratoires et hôpitaux dans le monde utilisent SOPHiA, l’intelligence artificielle développée par l’entreprise. Celle-ci a déjà participé au diagnostic génomique (soit de maladies héréditaires, soit de cancers) de 60 000 patients. Jurgi Camblong évoque la barre du million d’ici à 2020. 

Pour l’entrepreneur, la Suisse s’est révélée particulièrement attractive pour les talents que Sophia Genetics recrute partout. L’entreprise ne compte pas moins de 27 nationalités parmi les 60 employés de son siège de Saint-Sulpice (VD). C’est que sa stratégie a été d’entrée de jeu l’internationalisation de ses activités, le marché helvétique étant trop petit pour assurer une croissance rapide. 

L’autre avantage de la Suisse, c’est la qualité. «Les algorithmes derrière notre intelligence artificielle, SOPHiA, sont comme les mécaniques horlogères suisses et poussent le soin du détail à l’extrême», relève l’entrepreneur. Avec la confidentialité, cette qualité a été un argument déterminant pour conquérir des marchés français et belges très exigeants avant de se lancer maintenant à l’assaut de l’Amérique latine et du Moyen-Orient.

KeyLemon, le gardien physionomiste

Fondé par Gilles Florey et Yann Rodriguez sur la base de recherches menées à l’Idiap Research Institute à Martigny, KeyLemon développe des solutions informatiques basées sur la reconnaissance faciale et vocale. Son logiciel Oasis Face permet d’accéder à son mobile (ou son PC) après l’authentification du visage de l’utilisateur. Il a enregistré trois millions de téléchargements.

En 2013, l’entreprise a aussi levé des fonds auprès de Swisscom Ventures. «Parce que Swisscom est un investisseur stratégique, cela nous a permis ensuite d’entrer dans son écosystème générant de nombreuses opportunités», explique Gilles Florey. KeyLemon travaille ainsi sur des applications d’authentification pour Swisscom TV, mais aussi pour la clientèle entreprise du groupe, par exemple dans le domaine bancaire. 

Dans ce cadre, l’entreprise de 14 personnes a dû apprendre à gérer les fonctions support et maintenance. Mais comme l’ajoute Gilles Florey, «la référence d’un client comme Swisscom rassure nos prospects souvent inquiets de la durabilité d’une start-up». KeyLemon finalise ainsi un important contrat avec un client aux Etats-Unis. 

BestMile, l’aiguilleur de qualité

L’arrivée sur les routes de voitures autonomes s’annonce comme un casse-tête informatique dans la mesure où chaque constructeur joue sa propre partition logicielle. Spin-off de l’EPFL, BestMile s’adresse exactement à ce problème d’interopérabilité. Sa plateforme cloud gère et optimise en temps réel et à distance n’importe quelle flotte de véhicules autonomes et même conventionnels. 

L’entreprise fondée par Raphaël Gindrat et Anne Mellano a d’abord opéré six navettes autonomes EasyMile sur le campus de leur alma mater. Ce test a éveillé l’intérêt de CarPostal, la filiale transport public de La Poste Suisse. Elle exploite deux navettes autonomes Navya dans la ville de Sion. 

Cette expérience dit une des particularités de l’écosystème où évoluent les start-up suisses. Comme beaucoup de grandes entreprises, La Poste est à la fois prudente et innovante. Prudente quand il s’est agi de déployer un système de véhicules autonomes dans un espace public, ce qui a forcé BestMile à penser aux moindres détails de qualité – le fameux Swiss finish. Mais innovante dès lors qu’il s’agit de se réinventer. Elle teste aussi des systèmes de livraison par drones terrestres ou aériens. «Sa référence nous apporte une crédibilité énorme à l’export», relève Raphaël Gindrat. 

ViDi, la culture zéro défaut

C’est en cherchant à doter ses robots du sens de la vision pour reconnaître les pièces défectueuses dans les usines de ses clients que l’entreprise fribourgeoise de robotique CPA Group en est venue à créer la start-up ViDi Systems. ViDi commercialise la solution d’intelligence artificielle avancée (deep learning) développée à cette occasion sur une base technologique du CSEM à Alpnach. 

D’abord adoptée par la plus grande laiterie de Suisse (ELSA, filiale de Migros), cette technologie a ensuite fait ses preuves chez des clients particulièrement exigeants en termes de contrôle qualité: les horlogers et les fabricants de dispositifs médicaux suisses. «Leur culture zéro défaut étant bien connue, leurs références ont joué un rôle déterminant sur les marchés d’exportation», relève Nicolas Corsi, CEO de ViDi. Du coup, l’entreprise multiplie les contrats avec des industriels comme Volvo, Scania, Siemens, Bosch, Samsung… 

ViDi découvre maintenant que sa technologie d’intelligence artificielle, plus légère que celle mise à disposition par les géants d’internet, a des applications en dehors des usines. Un partenariat avec un fabricant de microscopes l’applique à la reconnaissance automatique de cellules cancéreuses dans des images d’échantillon.

WeCan.Fund, l’as des bacs à sable

Créée en octobre 2015 à l’issue de huit ans de recherche et développement, WeCan.Fund est une plateforme de prêts participatifs. Elle met en relation des PME en quête de fonds et des investisseurs en quête de rendement (des taux de 3 à 8%) et souhaitant soutenir l’économie locale. 

Sélectionnée parmi plus de 160 projets mondiaux, WeCan.Fund est accélérée par le programme Fintech Fusion à Genève. L’entreprise vient d’enregistrer le premier succès d’une campagne sur sa plateforme, avec 1,3 million de francs pour une émission d’obligations sur quatre ans, destinée à lancer une chaîne de tea-rooms sur la base du salon L’Oranger à Genève.

Pour Vincent Pignon, cofondateur de l’entreprise, il y a de nombreux avantages à développer une plateforme de crowdfunding depuis la Suisse. «Il n’y a ni limitation sur les montants levés ni sur les investissements.» Il ajoute: «L’autorité de régulation financière (Finma) est constructive, le Conseil fédéral va présenter au Parlement cet automne trois propositions: la création d’une licence bancaire light, une affiliation des plateformes de crowdfunding à des organismes d’autorégulation et des bacs à sable pour tester des projets sans réglementation qui devraient être entre 300 000 et un million de francs.»

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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