Bilan

Ces start-up suisses qui inventent le cinéma de demain

Les expériences immersives, notamment dans la réalité virtuelle, dessinent peu à peu des modèles d’affaires. Démonstration au Festival de Cannes.
  • Somniacs: Nathalie Enderle et Michel Zai.

    Crédits: Laurent Carré/Maxppp
  • Apelab: Maria Beltran et Emilie Joly.

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  • Artanim: Caecilia Charbonnier et Sylvain Chagué.

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  • CtrlMovie: Tobias Weber et Baptiste Planche.

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  • Le simulateur de vol d’oiseau Birdly permet de survoler New York virtuellement.

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Déambuler dans le cockpit d’une navette spatiale, avec une vue imprenable sur la Terre. Sur son écran 3D du moins. Equipé d’un casque et de capteurs, le visiteur se déplace en réalité dans un espace neutre et délimité. Selon ses mouvements, il peut visualiser le corps de son propre avatar – un astronaute en mission – ainsi qu’interagir physiquement avec son acolyte, bien humain lui aussi, et avec les objets qui les entourent. L’immersion est totale.

«L’inconvénient courant de la réalité virtuelle, c’est la déconnexion entre ce que voit notre œil dans le casque et ce qu’interprète l’oreille, explique Sylvain Chagué, cofondateur d’Artanim, start-up genevoise spécialisée dans la capture de mouvements à l’origine de cette expérience inédite nommée Real Virtuality. Aussi, notre propre corps n’est souvent pas représenté, alors qu’il constitue un élément important pour une expérience complète. Nous avons voulu lever ces barrières.» 

C’est au récent Festival de Cannes qu’Artanim a présenté son projet au public, dans un pavillon dédié aux formats innovants. La jeune entreprise faisait partie des quelques start-up suisses prometteuses qui participaient à l’opération Beyond Cinéma organisée par le Festival Tous Ecrans, avec l’appui de Pro Helvetia et Engagement Migros.

Elles ont pu rencontrer de potentiels investisseurs et partenaires. «Il devient de plus en plus évident que le futur de l’audiovisuel se situera en partie autour de ces nouveaux formats, souligne Emmanuel Cuénod, directeur de la manifestation genevoise qui valorise les nouveaux écrans. Il existe en Suisse d’excellents projets numériques. Encore faut-il qu’on le fasse savoir au reste du monde.»

Un constat s’impose à Cannes: l’intérêt est grandissant, autant auprès du septième art que parmi les acteurs du divertissement tels que les parcs d’attractions, les arcades de jeux vidéo et les centres commerciaux. «Dans le cadre d’un film, nous pourrions développer une expérience particulière où le visiteur rencontrerait les personnages principaux ou visiterait l’univers de la production», illustre Caecilia Charbonnier, cofondatrice d’Artanim.

Au côté du projet genevois, la start-up Somniacs, basée à Zurich, a réalisé un vieux rêve… A sa façon. Birdly, son simulateur de vol d’oiseau, propose une grande balade virtuelle entre les tours de New York. Allongé sur une plateforme, l’apprenti pilote bat les ailes mécaniques pour contrôler la trajectoire du volatile. 

Alors que les start-up actives dans la réalité virtuelle se multiplient, elles sont encore pour une grande majorité dans une phase de prototypage. Or, les modèles d’affaires se dessinent peu à peu. «Depuis quatre mois maintenant, nous commercialisons Birdly auprès de diverses industries. Le divertissement, bien sûr, mais aussi la santé et l’immobilier. Le potentiel est encore très grand», détaille Nathalie Enderle, responsable des ventes, qui précise que le projet est autofinancé.

En plus des nouveaux types de territoires que l’oiseau survolerait, Somniacs veut rendre l’immersion plus communautaire. «Les utilisateurs pourraient assister à l’expérience de façon passive, suivre l’oiseau depuis un bâtiment ou un ballon gonflable, échanger avec le pilote, tout en explorant la ville», imagine son CEO Michel Zai. 

Un mariage pertinent entre l’ingénierie et le design permet de nouvelles formes de narration non linéaire. Le studio de production genevois apelab, également présent à Cannes, séduit déjà le cinéma traditionnel.

«Notre technologie détermine où l’utilisateur porte son regard lorsqu’il est plongé dans notre série d’animation interactive Sequenced via son casque de réalité virtuelle, décrit la CEO Emilie Joly. Ce qui permet de faire réagir l’environnement et les personnages en fonction de ses mouvements. Il peut ainsi visionner les épisodes à plusieurs reprises, avec un point de vue différent sur l’histoire à chaque fois.»

Le studio effectue actuellement sa première levée de fonds – 1,5 million de francs – pour concevoir la version commerciale de la plateforme et a ouvert un bureau à Los Angeles en 2015. La start-up élabore des contenus virtuels pour les casques de HTC et d’Oculus Rift. Sans compter un jeu en réalité augmentée destiné à la nouvelle tablette de Google lancée en août prochain.  

Entièrement interactif 

Parmi les nouveaux formats de narration, la start-up zurichoise CtrlMovie a, elle, présenté à Cannes son film entièrement interactif, destiné aux supports mobiles. Tourné en Angleterre et disponible depuis mars dernier, Late Shift a disposé d’un budget de plus d’un million de francs. La trame?

Un type normal mêlé à une affaire criminelle. Sauf que le spectateur influe sur le cours du film à suspense: il prend toutes les décisions du héros et interagit avec son environnement. Le software développé par la start-up assure un visionnage continu… et sept fins différentes pour une infinité de chemins avant d’y parvenir. 

«Les producteurs sont intéressés par ce premier projet, assure Baptiste Planche, CEO de CtrlMovie. A partir de maintenant, l’objectif est d’en promouvoir les opportunités et de démontrer que c’est une expérience prometteuse pour les téléspectateurs.» Non seulement via les téléchargements en ligne, mais aussi lors de projections publiques, où les décisions du héros pourraient être prises à la majorité des voix. «Nous sommes déterminés à prouver au cinéma traditionnel que ce format a un avenir sur le marché.»  

Dino Auciello

ANCIEN RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT À BILAN

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Dino Auciello a été rédacteur en chef adjoint à Bilan, responsable de bilan.ch, de novembre 2014 à juillet 2017. Il a rejoint Bilan en 2010, après avoir terminé ses études à l’Académie du Journalisme et des Médias de Neuchâtel.

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