Bilan

Ces réseaux sociaux qui défient Facebook

Les internautes plébiscitent les plateformes comme Twitter, Pinterest ou Tumblr, qui leur permettent de filtrer les contenus web selon leurs centres d’intérêt.

Quelques mois lui ont suffi pour se hisser au troisième rang des réseaux sociaux les plus visités aux Etats-Unis. Pinterest, le site en vogue du moment, joue aujourd’hui dans la cour des grands. Grâce à un concept esthétique et addictif: épingler (to pin) des images sur des tableaux d’affichage numériques. Et partager ces portfolios thématiques, encore et encore. De quoi inciter à la flânerie virtuelle parmi les sujets préférés de la plateforme, des objets design à la mode en passant par la gastronomie. Avec des visites uniques qui augmentent rapidement de mois en mois, sa croissance est comparable à celle de Facebook à ses débuts. Si ce n’est que Pinterest connaît ces dernières semaines une baisse de régime significative. Pourtant, les spécialistes y croient. «Pinterest est loin d’être un effet de mode, avance Stelio Tzonis, cofondateur de la plateforme sociale Webdoc à Lausanne. Le site contribue à une évolution fondamentale du partage et de l’organisation des contenus, notamment par son aspect épuré et visuel.» A l’heure où le géant Facebook fait ses premiers pas en bourse, les internautes plébiscitent ces plateformes qui, comme Pinterest, permettent à l’utilisateur de filtrer les contenus web selon ses centres d’intérêt et de les copier sur son propre profil pour les partager avec sa communauté. Des réseaux sociaux qui incarneraient une relève prometteuse. L’icône de ce mouvement n’est autre que le site de microblogging Twitter dont le nombre de membres a augmenté de 40% depuis septembre 2011. L’utilisateur y suit les profils de politiciens, musiciens ou spécialistes en technologies selon ses prédilections. D’autres acteurs, plus petits et plus pointus, prennent aussi leur envol. C’est le cas du populaire Tumblr qui séduit des personnalités mondiales, dont Barack Obama l’an dernier. Avec 50 millions de microblogs au compteur, la plateforme de partage mise sur une interface simple avec des contenus gérés et diffusés par ses membres.

Selon ses affinités

De leur côté, Facebook, Google + ou encore le professionnel LinkedIn privilégient la dimension sociale de leur réseau, ou autrement dit l’interaction entre les membres «amis». Or ceux-là ne partagent pas forcément les mêmes goûts pour l’art contemporain ou pour le sport. «Les internautes sont dépassés par le flot des informations qui émanent de ces réseaux. Il devient difficile de filtrer ce qui les intéresse réellement, constate Nicolas Dengler, CEO de l’agrégateur de contenus romand shore.li. C’est pourquoi ils se dirigent vers des sites spécialisés autour de communautés thématiques.» La contre-attaque ne s’est pas fait attendre: Facebook et Google + ont rapidement intégré des options de filtrage. «Ce n’est pas suffisant, la masse d’informations est toujours aussi bruyante», rétorque le spécialiste. Comme shore.li, l’agrégateur de contenus paper.li passe au tamis les réseaux sociaux, et le Web plus largement. Pour son cofondateur Edouard Lambelet, la curation – le fait de sélectionner et trier les contenus – répond à un besoin fondamental: «Sur ces plateformes, les informations sont filtrées par des individus réels et non des algorithmes. Là réside la différence avec les résultats d’un moteur de recherche comme Google. Les sujets trop subjectifs ou personnels ne peuvent être saisis par son analyse.» Les quelques acteurs qui géraient ces contenus ne sont plus seuls. Désormais, une multitude d’internautes s’engagent à les réorganiser.

Jamais sans Facebook

La montée en puissance des Pinterest et autre Tumblr ne menace pour l’heure pas l’omnipotence du géant du Web. Au contraire, elle l’alimente. «Les entrepreneurs du Web social doivent se rendre à l’évidence. Il vaut mieux créer une plateforme en collaboration avec Facebook plutôt que de tenter de faire concurrence, lance Paul de La Rochefoucauld, CEO du réseau social gastronomique iTaste. Il faut saisir cette opportunité en proposant un produit original.» En s’alliant à Facebook, la plupart de ces réseaux émergents ont accès à son milliard d’utilisateurs. En revanche, leur croissance dépend dès lors du géant qui fait la pluie et le beau temps. «Bien qu’il soit un levier incontournable, il ne doit pas être vu comme un leader indélogeable, conteste Stelio Tzonis. L’innovation et la création de services indépendants pourraient vite en pâtir.» Car jusqu’à preuve du contraire Facebook n’a pas encore tout inventé dans le Web social.

 

Des modèles d’affaires encore instables

Profils de trois réseaux qui grossissent à vue d’œil.

Twitter Le site de microblogging, pas encore rentable, est aujourd’hui valorisé à plus de 8 milliards de dollars. Le cabinet eMarketer prévoit un chiffre d’affaires de 250 millions de dollars pour 2012, soit une hausse de plus de 80% par rapport à l’année précédente. Les revenus proviennent de la publicité, notamment sous forme de «tweets» (messages de 140 caractères diffusés par les utilisateurs) promotionnels et de recommandations pour des comptes d’entreprises. Les analystes considèrent son modèle d’affaires encore comme bancal, après six ans d’existence. Twitter comptabilise 140 millions de membres actifs.

Pinterest Avec une audience majoritairement féminine, la plateforme de partage d’images compterait aujourd’hui plus de 20 millions d’utilisateurs. Elle vient de lever 100 millions de dollars de fonds, ce qui porte sa valorisation à 1,5 milliard de dollars. Contrairement à la plupart des réseaux sociaux, la start-up réfléchit à sa monétisation depuis sa création. Elle a notamment testé le modèle de l’affiliation: les clics des internautes sur les liens vers des produits affiliés deviennent une source de rémunération s’ils aboutissent à un achat. Enjeu primordial: Pinterest remanie actuellement ses conditions d’utilisation pour faire face à la fronde des ayants droit, inquiets quant à l’appropriation de leurs photographies. Des contenus qui auront certainement un rôle majeur dans son modèle d’affaires.

Tumblr Lancée en 2007, la plateforme de blogueurs n’enregistrerait que de maigres revenus. Depuis février dernier, les utilisateurs peuvent promouvoir leur contenu, pour un dollar la publication. Son CEO David Karp refusait dès le début d’embrasser le modèle publicitaire. Il revient aujourd’hui sur sa décision: la venue d’«espaces sponsorisés» sur la plateforme est annoncée. Tumblr est aujourd’hui valorisé à 800 millions de dollars. Selon ComScore, le site a reçu 21,8 millions de visiteurs uniques en mars 2012 contre 8,4 millions à la même période en 2011.

Illustrations: Laurent Bazart

Dino Auciello

ANCIEN RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT À BILAN

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Dino Auciello a été rédacteur en chef adjoint à Bilan, responsable de bilan.ch, de novembre 2014 à juillet 2017. Il a rejoint Bilan en 2010, après avoir terminé ses études à l’Académie du Journalisme et des Médias de Neuchâtel.

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