Bilan

Ces mobiles et tablettes qui nous connaissent par cœur

Les accusations de pistage contre Apple ne donnent qu’un infime aperçu des secrets de ces appareils.

La nouvelle a eu l’effet d’une bombe. Le 20 avril dernier, deux chercheurs britanniques démontraient que le système d’exploitation pour iPhone et iPad d’Apple contenait une fonction de stockage, sur dossier non protégé, des données relatives aux déplacements des utilisateurs. Les chercheurs précisaient aussi qu’Apple conservait ces informations pendant une année. Après cette annonce, Apple a été dénoncé comme le nouveau Big Brother, plusieurs plaintes d’utilisateurs ont été déposées et le groupe a été sommé de s’expliquer devant le Congrès. Et Apple n’est pas seul mis en cause. Google a, lui aussi, été accusé de pister les internautes.

Steve Jobs et sa société ont tardé à répondre. Une dizaine de jours après la présentation des chercheurs britanniques, Apple a affirmé ne conserver qu’une base de données des points d’accès wi-fi et des antennes relais proches de la position des utilisateurs d’iPhone et d’iPad. Des informations qui permettent à l’appareil d’identifier sa position géographique. Et, lors d’un rare mea culpa, Steve Jobs a reconnu que conserver ces données pendant une année était une erreur due à un problème de logiciel.

On peut toutefois s’interroger sur l’indignation collective causée par la «révélation» des deux Britanniques. Vrai, Apple a commis des erreurs. Les données auraient dû être cryptées et leur stockage pendant une année ne se justifie pas. Mais les données de géolocalisation conservées par Apple ne sont qu’une part infime des informations que peuvent divulguer nos outils technologiques. Des informations dont le public ne s’alarme pas parce qu’il n’en a encore guère connaissance. Des chercheurs de la Northeastern University de Boston, par exemple, ont étudié les déplacements de 100 000 utilisateurs de téléphone portable. Après avoir analysé les dates, les heures et les positions de millions d’appels, ils sont parvenus à démontrer que les déplacements des individus suivaient des schémas mathématiques. Et ces derniers permettent alors, selon ces scientifiques, de prédire avec une certitude de plus de 93% la position géographique d’un individu à un moment futur.

Prévoir les habitudes

Le professeur Alex Pentland, du Massachusetts Institute of Technology, lui, estime que les données collectées sur un téléphone intelligent équipé d’un senseur permettent d’élaborer un profil psychologique de son utilisateur. Son équipe a enregistré des informations comme les mouvements, les déplacements, les appels, le nombre d’e-mails échangés de détenteurs de mobile. Ces informations, croisées avec des schémas de comportement caractéristique, ont permis aux chercheurs d’identifier les individus influents, déprimés, ou même physiquement malades. Un autre scientifique encore, Johan Bollen, de l’Indiana University, a analysé les millions de messages envoyés par Twitter. En retenant quelques mots-clés comme «indicateurs émotionnels», son équipe est parvenue à mesurer un «sentiment national» révélateur du comportement futur des investisseurs. Le travail de Johan Bollen montre qu’en fonction du contenu des messages sur le réseau social, les variations de l’indice du Dow Jones peuvent être anticipées jusqu’à six jours à l’avance avec une acuité de plus de 87%.

Ces quelques recherches ne reflètent encore qu’une partie des informations que dévoilent les outils technologiques. Mais elles démontrent que connaître les habitudes d’un internaute, c’est prévoir une partie de ses actions futures. Et c’est ce qui fait de l’historique de nos smartphones et autres outils technologiques une potentielle mine d’or.

Katja Schaer

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