Bilan

Ces apps qui révolutionnent les hôpitaux romands

Gérer le temps d’attente aux urgences ou assurer le suivi d’une affection chronique via des outils digitaux: un atout pour les patients, un challenge pour les établissements romands.
  • Emeteo (HUG) permet d’évaluer son état de tension psychologique

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  • SmartHUG donne accès à de nombreuses fonctionnalités (urgences, pharmacies...)

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  • Urgences Lausanne regroupe les informations des centres d’urgences. 

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Localiser, via son téléphone, le service d’urgences le plus proche et le temps d’attente estimé avant une prise en charge: c’est possible depuis 2011, à Genève, avec l’application SmartHUG, développée au sein des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). A Lausanne, le Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) s’est doté d’un outil similaire en août dernier et l’Hôpital de Neuchâtel travaille actuellement sur le même projet. A Fribourg, un développement est également en cours.

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La tendance est là: les établissements de santé veulent faire tomber les barrières entre l’hôpital et l’extérieur, utiliser ces outils pour assurer la continuité et la qualité des soins. Mais si les applications répondent au réel besoin des malades d’être acteurs de leur santé, elles doivent aussi garantir la sécurité des données. C’est ce qui explique en grande partie la timidité dont ont fait preuve jusqu’ici les hôpitaux dans le domaine digital.

Les HUG ont été précurseurs, leurs sept applications sont toutes disponibles sous iOS ou Android gratuitement et dans tous les pays, parfois même en allemand et en italien, signe de la volonté de l’établissement de se positionner comme une référence en Suisse et même au-delà.

Pour ce qui est de la confidentialité, un security officer s’assure que les applications «qui utilisent des données patients à l’extérieur de l’hôpital répondent aux critères habituels de protection de la sphère privée», explique Franck Schneider, responsable de la communication digitale des HUG. Pour le moment, seuls les outils en développement sont concernés, les apps existantes n’utilisant pas de données patients. 

Face à cette question récurrente de la sécurité, une seule solution: changer de logique. «Les projets n’avancent pas lorsque ce sont les hôpitaux qui veulent mettre à disposition les données des patients. Mais si on inverse la donne et que c’est le patient qui décide ce qu’il choisit de mettre à disposition, alors tout devient beaucoup plus simple», assure Jocelyn Corniche, anesthésiste lausannois et développeur via sa start-up Ubique Health, de l’application Medical ID, déjà téléchargée près de 95 000 fois, qui comprend entre autres la carte suisse électronique de donneur d’organes. 

Autre choix des HUG: un développement interne, qui offre une grande agilité. Deux services sont en particulier dédiés à ces recherches – cybersanté/télémédecine et information médicale. «Nous fonctionnons comme une petite start-up, avec une grande souplesse, une grande autonomie, sans nous conformer exactement aux procédures traditionnelles de développement informatique», explique Christian Lovis, à la tête du second.

La force d’une telle structure est de pouvoir élaborer des solutions pour l’interne. «Nous sommes sur le même lieu, pouvons observer, discuter, simuler», détaille le chercheur. Le financement, lui, est propre à chaque projet, et mêle souvent du public et du privé. L’équipe de Christian Lovis compte ainsi trois postes publics et une vingtaine financés par des sources multiples (fonds fédéraux, bourses, partenariats industriels, etc.).

L’embarras du choix

A Lausanne, le CHUV, qui ne dispose pas de compétences spécialisées, a externalisé le développement d’Urgences Lausanne, lancée cet été, tout en supervisant le projet avec attention. Avec 15  000 téléchargements (SmartHUG en compte 22  000) et 300 utilisateurs par jour, l’application a dépassé toutes les attentes et pourrait – pourquoi pas – évoluer pour devenir «un outil cantonal», estime Nicolas Liechti, responsable de la communication digitale du CHUV.

A Genève, au contraire, Christian Lovis plaide pour un «écosystème ouvert» où les apps seraient développées en fonction des besoins propres à chaque service, et leur survie validée ou non par l’évaluation des utilisateurs. 

Camille Andres

JOURNALISTE

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