Bilan

CES 2017: tendances émergentes et flops programmés

Le plus grand salon High-Tech du monde voit les promesses d’hier devenir réalité. Pas toutes cependant. Et de nouvelles tendances commencent à émerger.
  • Même si 77% des consommateurs américains disent vouloir s'équiper, le soufflé de la réalité virtuelle retombe faute de contenus convaicants.

  • Avec une avalanche d'innovations allant des écrans 4k ultrafins aux technologies issues de son Future Labs, Sony fait un come-back retentissant de même que LG confirme alors que Samsug décoit. 

  • Equipé de l'intelligence artificielle assistant personnel Nigel, le collier N de Sony a les fonctionnalités des Google Glass sans être aussi invasif.

  • L'quipementier automobile ZF s'est associé au fabricant de puces graphiques Nvidia pour développer l'intelligence artificielle Pro AI destinée à rendre les camions autonomes.

  • Le futur de l'automobile selon Mercedes: connectée, autonome, partagée et électrique.

Débordant du pourtant déjà gigantesque centre de convention de Las Vegas sur les multiples halls d’exposition des casinos comme The Venetian et Westgate (et sans compter les parkings pour les voitures connectées), le Consumer Electronic Show accueille ses 3800 exposants sur une surface record de 230 000 mètres carrés. Le visiter, c’est se perdre dans un travelling avant du film Casino de Martin Scorcese. Avec filles en paillettes, bandits manchots mais aussi robots et écrans 4K de dix mètres de diagonale. Avec aussi en toile de fond le dieu dollar qui nourrit les espoirs des entreprises géantes de l’électronique, comme ceux de plus de 600 startup venues de Shenzhen, Tel Aviv ou Zurich pour décrocher un marché.

Le fantôme des GAFA

Devenu un ogre qui dévore un à un tous les secteurs de l’économie - de l’immobilier (smarthome) aux cosmétiques (beauty Tech) - à cause de la digitalisation de l’économie, le CES s’est même réorganisé en places de marché (Sleep tech, babytech, fitness…) pour sa cinquantième édition. C’est ainsi un observatoire unique des tendances émergentes du numérique, donc de l’économie. Ici, les nouvelles technologies naissent ou meurent selon que les distributeurs du monde entier adoptent ou non les milliers de nouveautés présentées.

Dans ce dédale, ce sont donc certaines des tendances du secteur high-tech qui apparaissent, s’éclipsent ou font parfois un étonnant come-back. Tour d’horizon.

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Sur les stands du CES, la première observation qui vient est le rôle que jouent quatre fantômes. Physiquement absents et pourtant omniprésents, les GAFA (Google, Apple Facebook et Amazon) de même que Microsoft, n’ont en effet pas de stands. Ils n’en ont pas besoin. Que ce soit chez Samsung ou dans l’Eureka Park réservé aux startup, Android et IOS s’affichent partout. Le smartphone et ses applications sont le complément indispensable des robots, drones et autres objets connectés.

Les services de données dans le cloud, Azure de même qu’Amazon Web Services, sont aussi partout. Le cloud, avec derrière sa logique de data collection, d’analytics et finalement d’intelligence artificielle (machine et deep learning), est partie prenante de l’expérience vendue en même temps que le produit. Et les revenus reposent de plus en plus sur l’exploitation des données plutôt que sur les seules ventes de produits.

Amazon au centre des objets connectés

Sans stand, les GAFA sont aussi bien présents dans les suites des grands hôtels où se fait le business. On apprend ainsi incidemment que la délégation officieuse d’Apple ne compte pas moins de 300 cadres de l’entreprise. On tombe aussi sur le stand du géant chinois d’internet Alibaba qui, s’il n’a aucun gadget électronique à présenter, est venu lui aussi vendre des services de cloud (aliyun.com) qui avec 2,3 millions d’utilisateurs dans le monde et une croissance annuelle de 130% talonnent désormais ceux des GAFA et Microsoft.

Avec sa technologie d’assistant personnel Alexa, associé à sa station Echo, Amazon est aussi ultra présent. On le retrouve dans les frigidaires et les robots pour la maison Hub de LG, les pick-up F150 de Ford ou bien dans les nouveaux smartphones Mate 9 de Huawei.  Après une vague de consolidation, le marché de la domotique atteint ainsi une forme de maturité et pourrait résoudre son problème d’interopérabilité entre ses différents systèmes en se ralliant à l’interface développée par Amazon.

Les drones, une affaire chinoise

Autre constat saillant : les entreprises chinoises, longtemps cantonnés au second rôle de fournisseurs, occupent désormais le devant de la scène avec des marques. C’était naturellement déjà le cas des géants comme Huawei, Haier ou ZTE. Mais la Chine voit désormais émerger des marques aux origines plus entrepreneuriales, comme DJI qui a définitivement pris le rôle de leader dans les drones ou Xiaomi qui, avec sa marque MI, s’affirme dans les objets connectés mais aussi dans les accessoires pour smartphone avec une avalanche de stabilisateurs de nature à transformer les caméras des smartphones en outils quasi professionnels pour tous.

Reste que le marché des drones est encombré et que l’on n’a guère vu d’innovations de ce côté-là. Il s’agit toujours de réaliser des films en volant. Deux exceptions cependant : le drone submersible de Power Vision, et surtout le gant connecté de la startup française Wepulsit.com qui remplace entièrement la télécommande par un pilotage intuitif en orientant sa main. «Cela vous permet de conduire votre drone avec adresse en une heure plutôt qu’en huit jours», affirme le fondateur Axel Gallian.

Les entreprises chinoises se montrent aussi de plus en plus innovantes. Par exemple, Changhong s’est associé à Freer Logic pour développer un système de suivi de l’attention des conducteurs à partir de senseurs placés dans l’appui tête. Ils détectent les ondes cérébrales et des algorithmes et en déduisent quand l’automobiliste n’est plus attentif afin de l’alerter.

La réalité virtuelle, pour quoi faire ?

Si les casques de réalité virtuelle sont omniprésents, les prévisions à propos de la croissance de ce marché (2,7 milliards de dollars en 2016, 30,5 milliards en 2020) laissent songeurs. Certes, technologiquement tout est prêt, ou presque, avec une version sans fil des Vive d’HTC et de nouveaux trackers. Impossible aussi d’énumérer les nouvelles caméras pour filmer à 360 degrés tellement il y en a. Mais pour filmer ou voir quoi ?

Pour le capital-risqueur spécialisé, Ryan Wang d’Outpost Capital, « avec la réalité virtuelle, la Chine va passer du rôle de suiveur à celui de leader. C’est largement le produit de la démographie. Faute de contenu, le décollage de la réalité virtuelle sera plus lent qu’annoncé. Par conséquent, les premiers à s’équiper seront une population comparable à celle des hardcore gamers, soit un petit pourcentage de la population. Sauf qu’en Chine ce petit pourcentage se compte quand même en millions. »

Le prix des équipements de réalité augmentée reste cependant un frein qui a déjà fait sa première victime : Oculus Rift. La filiale de Facebook a littéralement disparu des stands du CES. Reste que le marché peut s’adapter. Homido propose ainsi une sorte de bésicles qui transforme un smartphone en lunette de réalité virtuelle pour 15 dollars. Côté réalité augmentée, le fabricant italien Univet a produit une déclinaison au design convaincant. Enfin côté contenu, la seule bonne surprise est venue de VRTFY qui conçoit des univers virtuels musicaux pour s’immerger dans un concert ou un clip.

Sony et LG dament le pion à Samsung

Le numérique est aussi l’occasion pour de grandes entreprises de se réinventer. Chez les constructeurs automobiles, BMW, Nissan ou bien encore VW présentent des concept cars intégrant bibliothèques ou vidéoconférences pour imaginer ce que feront les automobilistes pendant que leur voiture est en mode de pilotage autonome. Ce qui frappe est qu’il ne s’agit plus de vision ou de promesses. Durant sa keynote, le président de Renault-Nissan Carlos Ghosn a présenté un agenda précis de dates d’introduction des technologies destinées à rendre les voitures connectées, partagées autonomes et électriques : deuxième génération de la Leaf et collaboration avec la NASA dans le domaine de l’intelligence artificielle. Mercedes, de son côté, ressuscite le suivi de la physiologie du conducteur avec son initiative «Fit & healthy » en collaboration avec Philips.

Les objets connectés sont aussi l’occasion pour des marques un peu has been, voire en perdition, de se réinventer. C’est le cas par exemple de l’équipementier automobile allemand ZF. Il s’est associé au suisse Rindspeed pour le développement d’un châssis électrique (Oasis) et à l’américain Nvidia pour celui d’une intelligence artificielle (Pro AI) destinée à rendre camions puis voitures autonomes. Le fabriquant de balance français Terraillon a aussi donné un bon exemple de levier numérique pour se transformer. Associée à l’application Wellness Coach, sa balance R-Link assure les fonctions de pèse-personne et mesure la masse musculaire,  la masse graisseuse, la masse osseuse et la masse hydrique.

Chez les géants de l’électronique asiatique, outre la montée en puissance des marques chinoises, les stands de LG et de Sony présentaient des nouveautés bien plus innovantes que celui de Samsung. Le Hub Robot domestique de LG utilise ainsi la technologie de reconnaissance vocale pour activer les différentes fonctions connectées de la maison intelligente, comme les purificateurs d’air dont le marché explose actuellement.

Chez Sony, outre la déclinaison luxe de son walkman dans des casings de cuivre ou d’aluminium, différentes applications retenaient l’attention. C’est par exemple le cas de ses luminaires diffuseurs de musique, y compris avec une simple ampoule. Associé à un assistant intelligent, Nigel, un collier connecté à des oreillettes joue le rôle des Google Glass pour augmenter l’environnement d’informations audio sans gêner la vue n’y encombrer les mains. Ce concept de bulle audio est poussé encore plus loin par Akoustic Arts, avec un haut-parleur directionnel qui permet par exemple de concentrer les annonces du GPS sur le conducteur sans déranger l’écoute musicale des autres passagers.

De manière générale, on note une tendance à utiliser la gestuelle pour rendre les objets connectés plus invisibles. Comme l’explique le consultant Xavier Dalloz qui mène la Mission CES, une délégation des grandes entreprises françaises du CAC 40 : «Il s’agit désormais pour la technologie d’augmenter et de personnaliser l’expérience des utilisateurs.»

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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