Bilan

Ce qui passe par la tête des designers

Le processus pour créer un objet est passionnant. Les designers réfléchissent à l’utilisateur tout en négociant avec marketing et technique.

Les étudiants de l'ECAL sont poussés à faire preuve d'innovation mais aussi de réalisme.

Crédits: Image ECAL/Calypso Mahieu

Sylvac, Nestlé ou Mettler Toledo: les designers de la société Multiple, basée à La Chaux-de-Fonds, innovent au quotidien pour différents secteurs. Les équipes sont toujours en éveil et s’adaptent en permanence aux différents projets qui leurs sont confiés précise Camille Mairot, membre de la direction et chef de projet au sein de l’agence. Eric Tissot, responsable marketing et communication, souligne la pluralité présente et nécessaire à la création d’objets. «Il y a une amélioration en continu, nos équipes partagent idées et vidéos pour un enrichissement constant» raconte-t-il. L’évolution du design est perpétuelle. Camille Blin, professeur à l’ECAL, en témoigne: «Il y a eu un gros changement au niveau de l’écologie». Il constate que l’envie de mettre au point des objets respectueux de l’environnement n’est plus un élément supplémentaire, mais fait partie intégrante de la réflexion.

Innovant et fonctionnel telle devrait être la réponse apportée par un nouveau produit. «Toutes les études commencent par un brainstorming» affirme Sébastien Dassi, co-directeur et ingénieur au sein de Multiple. «Nous faisons intervenir un maximum de personnes». Le but ? Confronter les idées. Autour d’une table, ingénieurs, designers et équipe marketing se retrouvent pour réfléchir aux objets qui vivront plus tard dans votre salon et quelle expérience émotionnelle ils procureront. «Le but est d’ouvrir la réflexion» insiste Camille Mairot. Le processus de création se dirige ensuite sur certaines idées évaluées comme crédibles. S’ensuivent les maquettes et prototypes, pour voir si le produit répond aux attentes. Suivant le projet, l’équipe peut passer de quelques semaines à quelques années jusqu’à la commercialisation du produit.

L’après Covid

Les designers sont contraints de comprendre la manière dont seront utilisés leurs créations. Lorsqu’ils créent des objets du quotidien, c’est véritablement l’utilisateur final qui doit être au centre des réflexions. «Nous travaillons avec des spécialistes qui font des hypothèses sur des thèmes donnés» raconte Eric Tissot. Par exemple, comment et où les ménages vont-ils consommer la télévision dans le futur ? Et donc quelle forme prendra-t-elle ? Tout n’est pas une question de «comment faire», puisqu’il y a la variable «comment vendre» ; «D’où l’intérêt de travailler en étroite collaboration avec les équipes marketing et communication souvent puissantes» relève Sébastien Dassi. Actuellement les rendus de projet sont souvent envoyés par voie électronique plutôt que présentés de visu faute au confinement. L’une est une version «j’ai compris les attentes», une autre est une «version un peu plus inattendue» sourit Camille Mairot. Raphaël Lutz, qui possède son propre studio à Renens, insiste sur l’importance de mettre l’humain au centre des réflexions. «Certaines entreprises s’y mettent, d’autres prétendent le faire…» constate celui qui est encore consultant auprès d’entreprises. La contradiction à laquelle les designers sont confrontés est celle du local et du prix à payer.

Crédits: Multiple Design.

«Avant le prix des matériaux locaux était trop élevés pour le client. Aujourd’hui la conscience a pris de l’importance, et le client est peut-être d’accord de changer d’attitude» avance Camille Blin.

Les réflexions s’enchaînent, des tendances se dévoilent mais difficile de prévoir quels seront les meubles de demain. Camille Blin s’attend à davantage de meubles démontables. «Il suffit de voir la manière dont Ikea a changé son modèle. Avant ils se mettaient aux sorties des villes, dans des zones industrielles. Maintenant, ils ont ouvert un showroom au centre de Paris.» L’essor des imprimantes 3D ouvre de nouvelles possibilités. C’est d’ailleurs ce qu’avait testé l’ECAL lors du salon du meuble de Milan, il y a deux ans. «Nous avions une partie “ferme d’imprimantes”, une partie magasin et une galerie» raconte Camille Blin. Point important: le Covid-19 a peut-être accéléré bien des choses, dont la création et destruction de produits. «Tout peut changer du jour au lendemain» constate Raphaël Lutz. Les designers essayent. Ils développent des concepts, des prototypes et les testent. «Nous fonctionnons par itération. Nous testons beaucoup de croyances et peu sont justes» conclut Sébastien Dassi. En témoigne l'initiative lancée par HyperAktiv durant le confinement. Divers artistes et créateurs étaient appelés à réinventer le masque, et certains modèles sont davantage réalisables que d'autres, qui resteront des concepts.

Crédits: Hyperaktiv.
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Rebecca Garcia

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Rebecca Garcia a tout juste connu la connexion internet coupée à chaque téléphone. Elle a grandi avec la digitalisation, l’innovation et Claire Chazal. Elle fait ses premiers pas en journalisme sportif, avant de bifurquer par hasard vers la radio. Elle commence et termine ensuite son Master en journalisme et communication dans son canton de Neuchâtel, qu’elle représente (plus ou moins) fièrement à l’aide de son accent. Grâce à ses études, elle découvre durant 2 mois le quotidien d’une télévision locale, à travers un stage à Canal 9.

A Bilan depuis 2018, en tant que rédactrice web et vidéo, elle s’intéresse particulièrement aux nouvelles technologies, aux sujets de société, au business du sport et aux jeux vidéo.

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