Bilan

Blockchain: voter et payer ses impôts sur smartphone

La start-up suisse Procivis a développé un prototype de vote sécurisé via smartphone, basé sur la blockchain. Cette technologie ouvre la voie à une série d’autres possibilités: paiement d’impôts, registre foncier. Explications.
  • Avant de se lancer dans la fintech, Daniel Gasteiger a travaillé dans la finance, notamment chez UBS. Aujourd’hui, il parie sur la digitalisation des services publics.

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  • Tallin. L'Estonie est pionnière en termes de services publics digitaux.

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  • Procivis a développé une plate-forme qui pourra héberger toute une série de services gouvernementaux sécurisés et accessibles via smartphone. 

    Crédits: DR: Procivis

Elire son syndic ou son député via smartphone, sans risque de fraude, c’est possible: voilà la démonstration qu’a fait l’entrepreneur zurichois Daniel Gasteiger mercredi, à Berne, en dévoilant un prototype d’application d’e-voting.

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Développé par sa start-up Procivis, fondée cet automne, l’outil, disponible sur une plateforme qui offrira une série de services gouvernementaux, utilise la technologie de la blockchain. Elle suppose le stockage de données sur des bases décentralisées et implique donc un fort niveau de sécurité.

Concrètement, explique Procivis, l’information est «horodatée, séparée, authentifiée et répartie entre les utilisateurs du web». Pourtant, assure Daniel Gasteiger, «la blockchain n’est pas indispensable, nous avons construit notre plateforme via ce système, mais une autre base de données aurait pu utilisée». En effet, l’inviolabilité du système élaboré par Procivis s’explique par la combinaison de toute une série d’éléments.

Le smartphone, clé de la sécurité

L’authentification de l’utilisateur, d’abord, qui demande un code PIN et une empreinte digitale, «mais on peut tout à fait imaginer utiliser d’autres système, par exemple une empreinte rétinienne à l’avenir», complète Daniel Gasteiger. Le cryptage des données sur smartphone, ensuite. «A mon sens, le smartphone sera la principale plateforme utilisée par tout un chacun dans dix ans. Même si d’autres outils connectés se développent, il sera central pour générer votre identité numérique individuelle et personnelle», assure cet entrepreneur actif depuis deux ans dans la fintech.

Economies massives

Davantage que le vote en ligne, Procivis aimerait développer toute une série de services: paiement des impôts, inscription au registre foncier ou commercial, renouvellement de carte d’identité, signatures électroniques, services juridiques ou même policiers. Le modèle et l’inspiration lui sont venus… d’Estonie.

«Ce pays est sans doute l’un des plus avancés d’Europe en terme d’'e-governement’ car dès 1991, à la chute du mur, il a fait le choix de miser sur les nouvelles technologies pour construire son économie. A l’arrivée d’Internet, toutes les écoles y ont été raccordées. Aujourd’hui la signature électronique y est banale, des dizaines de services publics se font en ligne, et les économies apportées par leur digitalisation représentent chaque année environ 2% du PIB», assure l’entrepreneur. Le conseiller stratégique de Procivis, Kaspar Korjus, est d’ailleurs également le directeur opérationnel du programme estonien d’«e-residence» ou résidence virtuelle, qui permet  de fonder une entreprise et d’ouvrir un compte en Estonie à distance, et d’avoir ainsi accès au marché européen, sans avoir à y résider.

Protéger les données

Si voter du bout du pouce paraît séduisant, développer des services publics en ligne implique cependant une série de pré-requis: une forte volonté politique, des partenariats publics-privés efficaces et solides, une stratégie définie et l’acceptation, pour chaque citoyen, de disposer d’une identité digitale, pour dialoguer avec son Etat. Un aspect loin d’être acquis en Europe notamment, où la protection de la sphère privée reste un thème sensible.

Procivis, dont les serveurs sont tous hébergés en Suisse, apporte néanmoins une innovation en la matière en proposant une nouvelle approche: les données appartiennent à l’utilisateur, et c’est lui et lui seul qui choisit quels éléments d’identification (nom, âge…) transmettre au service étatique avec qui il dialogue. 

Camille Andres

JOURNALISTE

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