Bilan

Basculez dans la réalité augmentée

Le plus simple pour expliquer la réalité augmentée est de rappeler la scène du commissariat dans le premier film de la série Terminator. A chaque fois que le robot croise une personne dans cet immeuble, la silhouette de cette dernière s'affiche dans son système de vision et, toujours en surimpression, des fenêtres s'ouvrent pour lui fournir toutes sortes de données sur cette personne. Un principe que propose la réalité augmentée: ajouter une trame d'informations numériques sur notre champ de vision.

Ses applications sont aujourd'hui commercialisées. Acrossair, Wikitude, Layar ou Tonchidot ajoutent ainsi des étiquettes sur différents points d'intérêt d'un paysage filmé par la caméra d'un smartphone. Grâce à la reconnaissance d'images, chacune de ces étiquettes devient un hyperlien vers les informations d'une bibliothèque du type Wikipédia s'il s'agit d'un monument ou vers des horaires, des menus ou des tarifs quand il est question d'un transport, d'un restaurant ou d'un commerce.La réalité augmentée est aussi entrée dans le marketing et les parcs d'attraction. En France, Total Immersion a développé des animaux du futur qui «vivent» dans des jumelles spéciales au Futuroscope. Les applications pour la publicité et l'événementiel se multiplient comme celles que réalisent Space 3D au Parc scientifique de l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne.

Faire ses courses en toute connaissance

Mais pour «bluffantes» que soient déjà ces applications, dans les laboratoires, la réalité augmentée débride les imaginations. Côté software, on envisage de nouveaux usages combinant différentes technologies comme les réseaux sociaux et les étiquettes actives qui émettent des informations à courte distance depuis un produit. Côté hardware, c'est l'écran qui intéresse de par la possibilité de le remplacer par des lunettes, voire des lentilles de contact, contenant un système d'affichage d'informations.

Les travaux de Pranav Mistryau Medialab du MIT apportent une bonne idée de ce qui devient possible en mixant diverses sources d'informations. Ce chercheur a eu l'idée d'associer un téléphone portable à un miniprojecteur. Il porte l'un et l'autre comme un collier, la caméra restant en permanence en fonctionnement. Aux pouces et aux index, Pranav Mistry porte aussi quatre bagues en caoutchouc rouge, vert, bleu et jaune. Ce sont des marqueurs qui facilitent la reconnaissance des gestes par la caméra quand l'utilisateur passe les mains devant.

Avec cet équipement, son environnement s'enrichit d'une stupéfiante quantité de nouvelles informations. Par exemple, s'il fait ses courses dans un supermarché et saisit, disons, une boîte de corn-flakes, la caméra reconnaît l'acte d'achat en interprétant le geste de préemption. Puis, le logiciel identifie le produit. C'est là que la réalité augmentée commence.

Le projecteur émet trois boutons lumineux sur la boîte de corn-flakes. Un feu rouge, un orange et un vert. Partons du principe que l'orange est le plus luminescent. La raison: il signale de faire attention. Si l'utilisateur pose son doigt dessus, la caméra identifie le geste et ouvre alors une fenêtre qu'elle projette sur l'emballage. L'utilisateur peut naviguer à partir de cette fenêtre en suivant des hyperliens avec le doigt pour apprendre, par exemple, qu'un article repris par Google indique que la multinationale qui fabrique ces corn-flakes est accusée d'employer des enfants dans une filiale aux antipodes. Le logiciel ajoute que «peut-être» le consommateur ne veut pas de cette marque, d'autant qu'il a signé une pétition circulant sur Facebook contre le travail des mineurs deux mois plus tôt.

Pour l'heure, ce type d'usage de la réalité augmentée demeure toujours expérimental. Cependant tout est au point: des logiciels de reconnaissance des gestes à la recherche dans des bases de données ou sur Internet. Une nouvelle génération de projecteurs laser arrive. Cette technologie va s'intégrer aux téléphones portables dès l'an prochain. Et ces bouleversements ne sont rien à côté de ce qui se prépare pour après-demain.On ne compte plus les laboratoires qui travaillent à la mise au point de pare-brise de voitures ou de lunettes capables d'ajouter une couche de réalité augmentée dans notre champ de vision. Venus de la recherche militaire américaine ou israélienne, des entreprises comme Mirage Innovations, Vuzix, Lumus Opticalou encore Microvisioncommercialisent déjà de premiers dispositifs.

D'autres recherches vont encore plus loin. A l'Université de Washington, Babak Parviz vient de réaliser une lentille de contact équipée d'une lampe LED miniaturisée et biocompatible. Il est parvenu à l'alimenter par radiofréquence. C'est un premier pas, ou plus exactement un premier pixel, en direction de lentilles supportant une trame transparente de LED capable de surimposer des images directement devant notre cornée. Babak Parviz considère que «toutes les technologies de base pour réaliser de telles lentilles existent déjà». Il admet cependant que cela prendra au moins dix ans pour les intégrer et les produire. Mais Terminator , cela se passe en 2029..

DéveloppementD'Alinghi à la vaccinationL'EPFL se montre particulièrement innovatrice.Une danseuse ou un chippendale? C'est l'une de ces silhouettes que pouvaient voir sur un écran les visiteurs de l'exposition Give Me More organisée dernièrement à l'ECAL. Et pour obtenir une image touours plus lascive, il suffisait aux visiteurs de déposer sur un lecteur placé devant l'écran un billet de banque en conséquence. Derrière cette animation baptisée Cashback ou d'autres plus poétiques, il se trouve le CVLAB de l'EPFL. Ce dernier a réalisé des travaux sur la vision par ordinateur qui ont servi aussi bien à mesurer les déformations des voiles d'Alinghi qu'à capturer les mouvements d'un swing de golf destinés à se perfectionner. Dans ce domaine de la réalité augmentée, l'équipe de Pascal Fua multiplie les innovations. Certaines ont fait l'objet de licences. Et le chercheur met en place une collaboration avec la start-up suisse Space3d.Beaucoup d'applications de réalité augmentée se tournent vers l'apprentissage. Par exemple, Maintenance Siemenset Daimlerdéveloppent des applications permettant d'assembler ou de réparer leurs machines. Les pièces à manipuler se colorent, s'animent de flèches tandis qu'apparait l'outil à utiliser. Médecine Luminetxcommercialise Veinwiever qui permet de visualiser les veines en surimpression sur la peau pour faciliter les piqures. A l'ETHZ, Matthias Hardersa créé Virtamed qui prépare des logiciels pour la formation médicale.

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