Bilan

Banjo, concept d'avenir ou cible de Facebook?

En dix ans, Facebook a conquis le monde. Son successeur annoncé par certains observateurs pourrait être Banjo, un réseau social qui permet de se projeter partout dans le monde... ou une cible pour les majors qui s'empareraient du concept.
  • Avec Banjo, il est possible de savoir tout ce qui se dit sur les réseaux sociaux dans un lieu déterminé.

    Crédits: Image: CultofMac
  • Chaque utilisateur peut choisir des lieux et être informé de tout ce qui est posté depuis cet endroit ou au sujet de cet endroit.

    Crédits: Image: Mashable

Quand Mark Zuckerberg crée Facebook en 2004, le réseau social n'est qu'un simple annuaire des étudiants et alumni du campus de Harvard. Onze ans plus tard, la firme est devenue l'un des géants du web au niveau mondial et il n'y a quasiment aucun pays au monde (à l'exception de la Corée du Nord) et aucune ville où il n'y ait personne d'inscrit sur Facebook. Puis Twitter a suivi. Et Instagram. Et des dizaines d'autres réseaux sociaux.

Aujourd'hui, un autre géant pourrait émerger. Mais en se servant des contenus mis en ligne par les autres, sur le modèle des agrégateurs. En fait, le modèle de Banjo repose plus que tous les autres réseaux sociaux actuels sur le mobile. C'est grâce à la géolocalisation des posts effectués par les abonnées d'une douzaine de grands réseaux sociaux pris en compte que les contenus sont répertoriés.

Grâce à la géolocalisation des smartphones

Plutôt qu'un flux généraliste ou thématique comme c'est le cas avec les hashtags, l'utilisateur de Banjo peut ajuster son flux en fonction d'un lieu. Par exemple, un utilisateur genevois bloqué dans la cité de Calvin en plein été voudrait savoir ce qui a lieu à Montreux pendant le Montreux Jazz Festival? Rien de plus simple: il sélectionne la ville de la Riviera et verra sur son fil arriver les photos d'artistes postées sur Instagram par les fans présents sur place, les tweets annonçant le retard d'un groupe, les vidéos mises en ligne sur le compte Facebook du festival ou d'autres contenus issus des personnes géolocalisées sur place grâce à leur smartphone. Inutile de suivre ces internautes sur les réseaux: la géolocalisation n'est limitée que par les paramètres de confidentialité choisis par ceux qui postent.

Pourtant, Banjo n'est pas né très récemment. Une première version de l'agrégateur de réseaux sociaux née en 2011 a été présentée dès 2012. Mais c'est véritablement depuis fin 2014 que l'app décolle. A tel point que tous les spécialistes du secteur tech et web aux Etats-Unis voient dans la startup un potentiel sans précédent: «la meilleure compagnie au monde dans le domaine des médias sociaux et la plus importante dont on ait jamais entendu parler», va jusqu'à dire Will Bourne dans Inc. Dans un article de FastCompany, Austin Carr présente Banjo comme l'une des sociétés les plus innovantes.

Près de quatre ans après la naissance de la startup, ces éloges sont-ils tardifs? Au même âge, Facebook était déjà un phénomène planétaire et avait séduit des centaines de millions d'internautes. Sur ses neuf premiers mois d'existence, Banjo a certes conquis un million d'utilisateurs. Mais le véritable emballement médiatique est plus récent. Relancé par les interventions du fondateur, Damien Patton, sur les scènes et podiums tech des Etats-Unis.

Car si le concept était identifié dès le début de l'aventure par ce startupeur de 42 ans aujourd'hui, les algorithmes et les fonctionnalités ont grandement évolué. Actuellement, Banjo divise le monde en 35 milliards de carrés de la superficie d'un terrain de football. Et la prouesse de Banjo est d'arriver à scanner en temps réel tous les contenus de douze réseaux sociaux majeurs, de distinguer les langues utilisées, de repérer les thématiques ou de les lier à un événement, sans oublier une datation précise. L'utilisateur peut ainsi choisir l'actualité des réseaux sociaux par date, lieu, événement, thématique. Et proposer lui aussi un événement qui sera pris en compte par les robots de Banjo.

Une valorisation encore prudente

Un exploit qui n'a toutefois convaincu jusqu'à présent que trois millions d'utilisateurs. De même, en dépit de plusieurs levées de fonds successives (26,4 millions de dollars), la startup n'est actuellement valorisée qu'à 100 millions de dollars. Bien peu face à Snapchat qui a atteint une valorisation de 19 milliards de dollars en quatre ans ou Square 6 milliards en cinq ans. Mais l'algorythme développé par les équipes de Banjo en fait une cible idéale pour un rachat par un gros poisson qui pourrait utiliser la technologie pour booster ses services. Il suffit d'imaginer le bénéfice qu'un Facebook ou un Twitter pourraient retirer de ce système pour comprendre l'intérêt stratégique de cette startup.

Damien Patton ne sera peut-être pas le Mark Zuckerberg de demain qui intégrera la liste des plus grandes fortunes mondiales avec son réseau social. Mais il pourrait bien être courtisé par ses concurrents et voir son concept relancer un nouvel intérêt pour les réseaux sociaux.

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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