Bilan

Avec Tango, l’EPFZ danse avec Google

Deux laboratoires suisses jouent un rôle clé dans le développement de la tablette 3D révolutionnaire de Google. Les start-up suivent.
  • Le professeur Roland Siegwart de l'EPFZ a contribué à améliorer les capacités de cartographie en 3D en temps réel de la tablette Tango.

    Crédits: EPFZ
  • Grâce à sa caméra "fish eye" et à son télémètre infrarouge, la tablette de Google scanne son environnement en trois dimensions.

    Crédits: DR

«C’est magique! » Depuis qu’elle a reçu, il y a trois semaines, la tablette expérimentale Tango de Google, Emilie Tappolet, la fondatrice d’Apelab, un spin-off de la Haute École d'art et de design de Genève (HEAD), n’en revient pas des possibilités qu’offre cette technologie aux développeurs de contenus numériques. «Ce n’est pas du tout un gadget, mais une technologie qui améliore considérablement les possibilités de réalité virtuelle ou augmentée, par exemple pour des jeux vidéos. Tango ouvre aussi de nouvelles possibilités, comme de scanner en trois dimensions un objet que l’on a devant soi, pour ensuite, à partir de ce plan numérique, le reproduire avec une imprimante 3D.»

Le projet Tango de Google est apparu sur le radar des geeks il y a un an, quand l’entreprise, qui avait racheté le fabricant de téléphones portables Motorola, a commencé par remettre 200 prototypes d’un smartphone révolutionnaire à une petite quantité de chercheurs en informatique. A ce moment là, la principale caractéristique de la technologie était de permettre la géolocalisation à l’intérieur des bâtiments, là où les ondes des satellites GPS n’arrivent pas. On envisageait, par exemple, de prendre une photo de son salon puis une autre d’un meuble, disons chez Ikea, pour voir le rendu grâce à la précision de la localisation. On s’aperçoit qu’en fait Tango permet beaucoup plus que cela.

 

Vision par ordinateur et télémétrie

L’arrivée maintenant de la version tablette entre les mains de développeurs souligne que la technologie a progressé et n’est probablement plus très loin de la commercialisation (promise par Google pour cette année). C’est ce que confirme le professeur de systèmes autonomes et vice-président en charge de la recherche et des relations avec les entreprises de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (ETHZ) Roland Siegwart. «Le problème, explique-t-il, c’est que les applications graphiques de Tango sont très gourmandes en puissance de calcul. Elles atteignaient les limites des processeurs pour smartphones. Ce n’est plus le cas avec les tablettes. »

Roland Siegwart connaît particulièrement bien la question parce que son groupe de chercheurs en vision par ordinateur est au centre des développements technologiques de Tango depuis quelques mois. En particulier, c’est l’un de ses étudiants, Simon Lynen, qui a amélioré les algorithmes de positionnement à partir des capteurs de mouvements et d’orientation de Tango. Entre autres, en se promenant à bicyclette pour cartographier la ville de Zurich. A côté de cela, le groupe du professeur Marc Pollefeys, au département d’informatique de l’ETHZ, a aussi développé une technologie pour la caméra de profondeur. Elle pallie les défaut de la télémétrie par infrarouge par exemple quand il y a trop de lumière à l’extérieur.

Capturer l'environnement 

C’est qu’en plus d’une caméra normale et de senseurs qui mesurent son orientation et ses mouvements, la tablette de Google a une caméra « fish eye » qui voit à 180 degrés et un télémètre infrarouge qui mesure la profondeur, à l’instar de la console de jeu Kinect. La caractéristique principale de Tango est ainsi sa capacité à capturer l’environnement dans lequel il évolue en trois dimensions, en détail et en temps réel. C’est ce qui permet à cette tablette non seulement de se localiser en intérieur, mais de créer une représentation en trois dimensions de l’environnement dans lequel elle évolue. C’est cela qui ouvre la multitude de nouvelles possibilités d’applications qu’évoque Emilie Tappolet.

Des chercheurs de l’Université de Pennsylvanie ont ainsi associé la technologie Tango à des drones quadrocoptères afin de leur permettre de voler en intérieur avec précision et pour un coût très bas. Concurrente d’Apelab, la start-up Parascom développe des jeux vidéos qui permettent d’inclure des lieux réels scannés par Tango pour en faire les «niveaux» ou le décor d’un jeu.

Styku, une start-up qui utilise la console Kinect pour mesurer le corps d’une personne afin d’avoir un modèle pour trouver des habits à sa taille en ligne, expérimente maintenant Tango avec le même objectif. La praticité du mobile en plus. Quant aux chercheurs de l’ETHZ, ils se servent déjà de Tango dans d’autres projets de recherches comme celui sur les essains de drone sFly ou V-Charge pour le parcage autonome de voitures. Autant d’applications qui laissent augurer pour Tango de danser beaucoup plus longtemps que les éphémères et gadgétiques Google Glass.

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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