Bilan

Avec StationF la France a son totem pour start-up

Le campus géant pour jeunes pousses financé par le patron de Free Xavier Niel se veut le fer de lance d’une France entrepreneuriale. Crédible ?
  • Directrice de StationF, Roxanne Varza (à g.) ainsi qu'Emmanuel Macron et la maire de Paris Anne Hidalgo ont inauguré le campus pour start-up présenté comme le plus grand du monde devant 1500 entrepreneurs. 

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  • Fondateur de l'opérateur Free (Salt en Suisse), Xavier Niel (au centre) a investi 250 millions d'euros de sa poche pour créer StationF. 

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Ancienne ministre de la recherche sous Sarkozy et aujourd’hui présidente de la région Ile de France, Valérie Pécresse résumait le sentiment général lors de l’inauguration jeudi soir de StationF, une ancienne halle ferroviaire de 34 000 mètres carrés reconvertie en campus pour 1000 start-up à proximité de la gare d’Austerlitz à Paris. «On est très fier.»

De fait, tant par les partenaires qu’il a à attirer pour participer à ce projet – Facebook, Microsoft, Amazon, Salesforce etc. -  que par les différents services qu’auront les entrepreneurs sur place - un fablab opéré par TechShop, 21 programmes d’accélération, des bureaux de capital-risqueurs comme Kima et Ventech - Xavier Niel a gagné son pari. L’ajout de 600 logements à proximité d’ici  2018 signale aussi que l’entrepreneur a bien pris en compte toutes les dimensions de ce qu’il faut supporter pour qu’un écosystème fonctionne. A quoi il faut ajouter que Xavier Niel a parié gros (et essentiellement de sa poche) : 250 millions d’euros.

Enceinte de six mois Roxanne Varza, la directrice de 31 ans de Station F a gagné, elle, le second pari, celui de l’exécution du projet. Fille de réfugiés iraniens,  grandie dans la Silicon Valley, elle apporte non seulement un  souffle de jeunesse mais d’international au projet. L’écosystème entrepreneurial français est en général dominé par les grandes entreprises du CAC 40 et les barons sortis des Grandes Ecoles qui les dirigent. Station F vise clairement à attirer des start-up du monde entier.

Manipulation de symboles

Pour bien marquer cette dimension internationale, le président français Emmanuel macron a prononcé son discours en anglais devant 2000 personnes lors de la soirée d’inauguration. Après avoir affirmé quelques jours plus tôt que la France allait devenir une start-up nation il déroulait devant un public conquis d’avance ses arguments. En substance, la France va devenir la patrie de l’entrepreneuriat.

Naturellement, cela ne se décrète pas. Et on attend de voir ce qu’il entreprendra lui-même dans ce domaine au-delà des 10 milliards d’euros débloqués pour un fonds d’innovation dont on ne connait pas encore les contours.  Reste qu’Emmanuel Macron hérite surtout d’un certain nombre de réussites qui amplifient cette vague start-up qu’il a habilement choisi de surfer.

L’Ecole 42 qui enseigne le code y compris à des jeunes qui n’ont ni bac ni moyens financiers ouverte il y a 3 ans déjà par Xavier Niel est un succès qui s’apprête à essaimer dans six villes de France après l’avoir fait dans la Silicon Valley. De nouveaux visas pour startupers et désormais leurs employés ont attiré plus d’une centaine d’entreprises étrangères en un an. Imaginé par Fleur Pellerin et porté par Axelle Lemaire, le label French Tech fait rayonner les start-up du pays là où cela compte comme au Consumer Electronic Show de Las Vegas ou à la conférence DLD à Tel Aviv.

Il se passe bien quelque chose sur la scène de l’innovation en France aujourd’hui. Et StationF symbolise cette dynamique dans son bâtiment totem. Ave le risque toutefois  que cette fierté retrouvée ne tourne à l’arrogance. On reste ainsi surpris que le président Emmanuel Macron qui multiplie les gestes en direction des jeunes entrepreneurs n’ait encore visité aucune de ces universités qui concentrent l’essentiel de la jeunesse française. 

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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