Bilan

Au CES, les startups chassent en meute

Avec son premier pavillon au Consumer Electronic Show de Las Vegas, la Suisse frappe fort avec une avalanche de contrats pour ses startups. Visite et témoignages.

Le pavillon suisse (180 m2) a coûté 250 000 francs. Un investissement «largement payant».

Crédits: Dr

Sur le stand de Green Motion, la startup vaudoise de stations de recharge pour voitures électriques, François Randin exulte. Il sort d’une négociation avec le plus gros opérateur de telles stations aux Etats-Unis (EVgo) et aligne sur la table les cartes de visite récoltées et annotées en deux jours de CES: Amazon, Cisco, General Motors, Toyota… que des dirigeants de haut niveau et au total plus d’une centaine de contacts commerciaux sérieux. «En deux jours, j’ai fait plus qu’en une année», confie l’entrepreneur qui, après cette première participation au CES, envisage déjà le doublement de stands l’an prochain. «C’est cher, mais cela en vaut tellement la peine avec des contacts normalement quasi impossibles à obtenir et qui là font la queue pour faire du business.»  

François Randin n’est de loin pas le seul entrepreneur suisse à voir dans le CES la quintessence de son marché. Chez WayRay, il y a aussi une file d’attente pour rencontrer Vitaly Ponomarev et son système révolutionnaire d’hologramme pour les pare-brise des voitures. Fondateur de l’entreprise de nanosatellites spin-off de l’EPFL Astrocast, Fabian Jordan évoque, lui, une centaine de contacts et des discussions avec cinq investisseurs sérieux. «Tous les gens qui comptent sont ici.»

Discrète jusqu’ici (7 entreprises l’an dernier), la présence helvétique explose cette année au CES. «Nous dénombrons une cinquantaine d’entreprises suisses», explique Sylvain Jaccard, directeur Suisse romande de Switzerland Global Enterprise (S-GE). Il faut dire qu’en plus de celles venues par leurs propres moyens, la Suisse a enfin décidé d’affirmer sa présence dans le parc Eureka du CES, là où les startups de la French Tech, de la startup nation israélienne, etc. sont massivement présentes.

Avec 20 startups qualifiées par le CES auxquelles s’ajoutent 12 spécialistes des drones, 
le pavillon suisse fait ainsi connaître le savoir-faire high-tech helvétique. Cela a certes un coût. Nicolas Bideau, directeur de Présence Suisse, évoque 250 000 francs pour 
un pavillon de 180 m2 financé pour moitié par son institution et pour le reste par des partenaires comme S-GE (60 000),  Innosuisse (50 000), digitalswitzerland (20 000) et Swissnex (15 000).

Un investissement largement payant à entendre les entrepreneurs. Le CES, c’est d’abord une visibilité exceptionnelle. Fondateur de Snowcookie, Martin Kawalski a été interviewé par Wired et Fabian Jordan par Forbes. Mais le CES, c’est surtout un marché. On pourrait dire même LE marché tant cette foire fermée au grand public est devenu le salon de tout le numérique infiltrant tout.

La Sarine ne coule pas à Vegas

Résultat? Des contrats. Chez OneVisage, startup lausannoise qui développe des dispositifs d’authentification sans PIN ni mot de passe, Christophe Remillet en témoigne: «Nous avons rencontré une dizaine de prospects. Mais avec déjà un avec lequel nous allons signer et une enveloppe pour un projet, l’investissement est largement remboursé.»

Sur le stand du CSEM (Centre suisse d’électronique et de microtechnique) qui vient au CES depuis cinq ans, Alain-Serge Porret souligne aussi que le CES renforce aussi les synergies entre entreprises suisses. En témoigne le cas de Shift Cryptosecurity sur le pavillon suisse. «J’ai pu engager une conversation avec André Kudelski qui pourrait conduire à une collaboration», explique Dario Duran, chargé du developpement de la startup zurichoise.

«Il y a clairement un effet de groupe», confirme Sylvain Jaccard. «Et les startuppers nous confient que l’identification suisse élève la crédibilité de leurs produits», ajoute Nicolas Bideau. 

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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