Bilan

Apple contre le FBI, la bataille sur le cryptage continue

La justice a donné au gouvernement américain jusqu’au 5 avril pour communiquer ses progrès dans le décryptage des données de l'iPhone d’un terroriste.

L’affaire de l’iPhone du terroriste de San Bernardino offrait potentiellement un moyen au gouvernement américain d’accéder à ces données cryptées. 

Crédits: AFP

Le FBI a peut-être trouvé le moyen de retarder provisoirement l’inévitable bataille sur les données cryptées aux Etats-Unis. Après avoir en vain tenté d’obtenir l’aide d’Apple pour décrypter des données renfermées sur l’iPhone de l’un des terroristes de San Bernardino, le gouvernement américain a affirmé dans une motion lundi qu’il avait trouvé une tierce partie capable de débloquer l’iPhone de Siyed Rizwan Farook, l’un des auteurs de la fusillade qui a fait 14 morts le 2 décembre dernier en Californie.

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Il a demandé à la justice d’annuler l’audience prévue mardi pour avoir le temps de tester la méthode proposée afin de déterminer si elle ne compromettait pas les données disponibles sur le téléphone. La justice a donné au gouvernement jusqu’au 5 avril pour l’informer des résultats de sa tentative.

Après plusieurs semaines de tension entre le FBI et Apple, la solution indiquée par le gouvernement aurait le mérite de calmer le jeu, mais elle ne résout rien sur le fond. Le 16 octobre 2014, James Comey, le patron du FBI, avait déjà plaidé dans un discours à la Brookings Institution à Washington en faveur d’un accès aux données disponibles sur les téléphones portables et tablettes. “Cela me frustre car j’aimerais que les gens comprennent que les autorités doivent pouvoir accéder aux communications et à l’information pour poursuivre les gens en justice”, avait-il déclaré.

Refus net de créer un précédent 

L’affaire de l’iPhone du terroriste de San Bernardino offrait potentiellement un moyen au gouvernement américain d’accéder à ces données cryptées. Mais le refus net d’Apple de créer un précédent en accédant à la requête du FBI, a singulièrement compliqué la tâche des autorités. Selon un récent sondage réalisé par le New York Times et la chaîne CBS, 50% des Américains estiment qu’Apple devrait déverrouiller l’iPhone de Farook. Une proportion quasiment identique - 45% des sondés - pense en revanche qu’Apple devrait tenir bon face au gouvernement américain.

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Pour Tony Coulson, le directeur du centre de cybersécurité de l’Université d’Etat de Californie à San Bernardino, cette décision de la protection des données ne pourra être réglée que devant les tribunaux. “Personnellement, je suis divisé, car je vis à San Bernardino et cela pose un problème complexe sur la capacité de l’Etat de protéger ses citoyens”, glisse le professeur. Dans l’immédiat, certains experts informatiques spéculent sur la possibilité de hacker l’iPhone pour copier le contenu de la mémoire et la réinjecter sur l’appareil chaque fois que celui-ci est effacé après 10 tentatives infructueuses d’entrer le mot de passe de Farook.

Le gouvernement américain n’affronte pas seulement Apple en Californie. Au début du mois de mars, les procureurs fédéraux avaient fait recours d’une décision du juge fédéral de Brooklyn, estimant que les autorités ne pouvaient pas forcer Apple à déverrouiller le téléphone portable d’un dealer new-yorkais. Une douzaine de cas concernant des données cryptées sont en ce moment devant les tribunaux américains.

Lundi, Tim Cook, le patron d’Apple, a pour sa part réaffirmé sa volonté de s’opposer à toute coopération avec le gouvernement américain dans le décryptage des données renfermées dans les iPhones : « En tant que nation, nous devons décider quel pouvoir devrait avoir le gouvernement sur nos données et notre vie privée. »

 

 

 

Jean-Cosme Delaloye

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