Bilan

Analyses médicales: la voie des airs

La startup lausannoise RigiTech devrait faire décoller ses drones d’ici à la fin de l’année. Des contrats sont en cours avec des laboratoires pour transporter des échantillons sanguins.

Cofondateurs de RigiTech (de gauche à droite): Oriol Lopez, Adam Klaptocz et David Rovira.

Crédits: François Wavre/lundi13

Ligne par ligne, des imprimantes 3D façonnent les différentes pièces qui composent les avions de la startup Rigi Technologies. «Nos drones sont fabriqués et assemblés ici, à l’interne, à partir de plastique biodégradable», précise David Rovira, tout en assemblant les ailes d’un modèle exposé dans son atelier de Prilly, dans le canton de Vaud.

Il déboîte le nez de ce qui ressemble à un avion de 2,4 m de large. «C’est dans cette cavité d’une capacité de 15 litres que des échantillons sanguins seront transportés par les airs d’ici à la fin de l’année en Suisse», ajoute ce spécialiste qui a précédemment travaillé chez SenseFly, une des sociétés pionnières en matière de drones, revendue pour plusieurs millions de francs en 2012 au groupe français Parrot.

Autonomie de 80 km

RigiTech a été fondée en septembre 2018 par David Rovira ainsi qu’Adam Klaptocz, ancien de SenseFly et fondateur de WeRobotics (startup à but non lucratif qui multiplie les projets liés à des drones dans les pays en voie de développement). Oriol Lopez, qui a dirigé les opérations de drones cargo chez Médecins sans frontière, figure aussi parmi les fondateurs.

Le drone décolle verticalement comme un hélicoptère puis, à 50 m de haut, il passe en mode avion. Il peut parcourir de manière autonome 80 km, en ligne droite à une vitesse de 100 à 120 km/h. «Nous avons des contrats en cours de signature avec deux importants laboratoires d’analyses médicales», affirme, sans donner de noms, David Rovira.

Actuellement, lors d’analyses médicales, certains tests sont réalisés dans des laboratoires régionaux alors que d’autres examens ne peuvent être effectués que dans un laboratoire central. Les échantillons y sont acheminés par des véhicules qui se déplacent continuellement entre ces différents centres d’analyses afin de les récolter et de les acheminer au bon endroit. «Nous voulons faire ce même travail mais par les airs afin d’offrir un important gain de temps d’un facteur trois. Dans le domaine de l’analyse médicale, la vitesse est un élément décisif. En outre, passer par un drone est beaucoup moins polluant qu’une voiture», ajoute l’entrepreneur qui vise un chiffre d’affaires d’un million de francs en 2020 et vingt collaborateurs. «Nous voulons nous adresser à tous les pays d’Europe et espérons convaincre tous les grands groupes d’analyses médicales.»

Vers des autoroutes de drones

Reste à obtenir les autorisations nécessaires de vol. Dans un premier temps, afin de minimiser au maximum les risques, les drones de RigiTech ne survoleront que des champs et n’atterriront qu’en périphérie des villes où des coursiers à vélo prendront le relais. «Les demandes ont été faites auprès de l’Office fédéral de l’aviation civile», précise David Rovira. Il anticipe déjà des autoroutes de drones, chargés de transporter non seulement des échantillons sanguins mais aussi du matériel ou certains outils. «Il y a effectivement un intérêt à faire ce type de route aérienne pour drones mais, pour l’instant, en tout cas, il n’y a pas encore suffisamment de demandes de la part d’utilisateurs potentiels», constate, pour sa part, Antonello Laveglia, chargé de communication à l’Office fédéral de l’aviation civile (OFAC).

«Nous ne croyons pas aux drones urbains pour l’instant, ajoute David Rovira. Le transport par vélo reste toujours moins risqué et moins cher en zone urbaine.» Ce spécialiste peut également s’appuyer sur l’expérience de Jean-Christophe Zufferey et Antoine Beyeler (cofondateurs de SenseFly), mais aussi de Simon Johnson (vice-président de l’Association suisse de l’industrie du drone) et de Celine Hourcade, de l’Association internationale du cargo par les airs (TIACA).

Ne craint-il pas la concurrence alors que les startups spécialisées dans le marché des drones foisonnent en Suisse romande? La Poste notamment, en partenariat avec le fabricant de drones Matternet, s’est lancée dans l’envoi par drones d’échantillons sanguins entre hôpitaux à Zurich et dans le Tessin. «La Poste et Matternet se sont spécialisés dans les courtes distances en milieu urbain. Nous ne croyons pas aux drones urbains. Le transport par vélo est moins risqué et moins cher», affirme David Rovira. La Poste a d’ailleurs cloué ses appareils au sol après la chute de l’un d’entre eux dans le lac de Zurich en janvier dernier.

Bloch Ghislaine NB
Ghislaine Bloch

Journaliste

Lui écrire

Ghislaine Bloch a découvert le monde de la vidéo et du reportage dès son adolescence. Après l'obtention d'un master à la Faculté des Hautes Etudes Commerciales de l'Université de Lausanne, elle démarre sa carrière à L'Agefi où elle effectue son stage de journaliste. Puis elle rejoint le quotidien Le Temps en 2004 où elle se spécialise dans les sujets liés aux start-up, à l'innovation, aux PME et à la technologie. Des thématiques qu'elle continue de traiter chez Bilan depuis 2019.

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