Bilan

Amazentis va commercialiser la «vitamine C» de l’anti-âge

Au travers d’une collaboration avec l’EPFL, la start-up a découvert un dérivé d’extrait de grenade qui restaure un mécanisme crucial dans le vieillissement musculaire. Les essais chez l’homme ont démarré.
  • Un extrait de grenade identifié par des chercheurs de l'EPFL joue un rôle crucial pour retarder le vieillissement musculaire. 

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  • Sommité mondiale de la biologie de la transformation des nutriments en énergie, le professeur Johan Auwerx récolte les fruits de sa collaboration avec Amazentis avec une découverte majeure. 

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Fondée en 2007 par Patrick Aebischer, Pierre Landolt, André Hoffmann et Chris Rinsch, son CEO,  Amazentis est longtemps restée sous le radar. L’effectif de cette « lean start-up » établie dans le parc de l’innovation de l’EPFL est toujours resté limité à l’essentiel. Mais l’entreprise a trouvé ses forces en multipliant les collaborations scientifiques en particulier avec le groupe de Johan Auwerx et celui de la neuroscientifique Carmen Sandi à l’EPFL. Un article publié aujourd’hui par Nature Medicine suggère qu’Amazentis  va très probablement toucher le jackpot. Ces collaborations lui ont permis de découvrir un supplément alimentaire naturel qui prévient le vieillissement musculaire.

Une percée scientifique

Pour le comprendre, il faut se plonger dans le fonctionnement de nos cellules. Dans nombre d’entre elles, les mitochondries (des structures  qui ont leur propre génome) jouent un rôle essentiel en transformant nos aliments, digérés sous forme de glucose, en la principale source d’énergie de  notre corps (l’acide ATP). Ce processus, qui est aussi l’aboutissement  du cycle respiratoire, s’effectue par oxydation. Lors de cette transformation, les mitochondries sont progressivement endommagés par les radicaux libres. La nature a prévu une forme de recyclage mais ce processus baptisé mitophagie  finit lui-même aussi par s’user. C’est l’une des principales raisons pour lesquelles les personnes âgées perdent les fonctions de leurs muscles.

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Amazentis et le groupe de recherche du professeur Auwerx ont découvert le premier composé naturel qui restaure la mitophagie. L’article publié dans Nature Medicine révèle qu’il prolonge de 45% la vie en pleine forme de vers de laboratoires C. Elegans. Dans le cas de souris âgés,  la prise de cet ingrédient augmente de 42% l’endurance vis-à-vis d’un groupe contrôle. Dans celui de rats plus jeunes, la capacité à courir est 65% plus importante.

Vous dites cure de jouvence? C’est ce que s’emploient maintenant à confirmer des essais cliniques sur l’homme. Mais on peut être optimiste. D’une part parce que les mitochondries entrées par symbiose depuis une bactérie dans les cellules des animaux, des plantes, des champignons et des protozoaires (les eucaryotes) il y a deux milliards d’années ont un mode de fonctionnement universel. Et d’autre part, parce que le composé en question (ou plus exactement son précurseur) est présent en grande quantité dans la grenade, les noix et les baies que l’humanité consomme depuis les chasseurs-cueilleurs du paléolithique.  On le trouve aussi les glands des chênes que consommaient les Indiens d’Amérique sous forme de farine. Ce recul sur la consommation suggère que le produit est sûr, contrairement à nombre médicaments chimiques qui ne passent pas le test des essais sur l’homme.

Une stratégie premium

Pourquoi  dès lors ne pas se bourrer de grenades ou framboises? Parce que la biologie est un peu plus subtile. En l’espèce, ces fruits contiennent des composés baptisés ellagitannins qui sont transformés en urolithins par la digestion et la flore intestinale. C’est l’une de ces urolithins (A) qui restaure le processus de recyclage des mitochondries.

Toutefois, le processus de conversion de ces urolithins A par la flore intestinale varie fortement en fonction des individus. Chez plus de la moitié des gens, cette transformation naturelle n’a pas lieu faute des bonnes bactéries dans leur intestin. Et on ne peut pas le savoir à l’avance. D’où l’idée d’Amazentis de produire directement les urolithins A afin de les distribuer sous forme de supplément alimentaire comme la vitamine C. Et avec un marché aussi important ?

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Euromonitor estimait le marché des suppléments diététiques à 50 milliards de dollars en 2015 avec une croissance annuelle de 4,4%. Et en incluant les boissons énergisantes et les vitamines, le marché est prévu dépasser les 100 milliards en 2017. La grenade dont les effets bénéfiques sont connus depuis longtemps est d’ailleurs déjà partie prenante de ce marché. L’entreprise Pom Wonderful fondée en 2002 par Stewart et Lynda Rae Resnick en Californie a  bâti une sucess story sur l’exploitation de son jus. Sans preuves scientifiques cependant et en particulier sans la compréhension du rôle de la flore intestinale en fonction des individus.

D'autres applications à démontrer

En plus de sa stratégie de développer des suppléments diététiques à partir de produits naturels sur des bases scientifiques, Amazentis a fait tout un travail en amont pour préparer la commercialisation : analyse des différences entre variétés, production industrielle des dérivés, impact de l’industrialisation sur la composition du produit…  Si bien qu’avec les cinq ans de recherche scientifique qui aboutissent aujourd’hui, elle est prête. «Les premiers résultats cliniques sur l’homme nous laissent envisager une commercialisation assez rapide», confie Chris Rinsch.

Pas question pour lui cependant de ne faire d’Amazentis qu’un simple sous-traitant de l’industrie agro-alimentaire. «Lancer notre propre produit est une des pistes envisagées». Il est en effet plus réaliste de justifier un prix premium pour l’entreprise avec un complément alimentaire vendu comme la vitamine C ou le magnésium qu’en s’en servant pour enrichir un yaourt ou des céréales même si comme on l’a vu avec les omégas 3 une approche n’exclut pas l’autre. D’autant que les urolithins A pourraient avoir des applications qui restent à démontrer sur le cerveau, par exemple dans la prévention de la maladie de Parkinson et dans le domaine cardiaque.

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Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

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Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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