Bilan

Alerte terrorisme: Facebook plus efficace que l'app du gouvernement

Lors de l'attaque terroriste de Nice jeudi soir, l'app développée par le gouvernement français pour alerter en cas d'attentat n'a été activée que deux heures après le carnage. Bien plus tard que le bouton SafetyCheck de Facebook.
  • L'app SAIP a été développée par le gouvernement français pour alerter et conseiller en cas de crise.

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  • En cas de crise à proximité d'un lieu renseigné par l'utilisateur, l'écran de l'app devient rouge et une notification est envoyée sur l'écran d'accueil.

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  • A Nice, l'alerte a été donnée à 1h34, alors que l'attaque a eu lieu entre 22h30 et 23h: les autorités affirmaient en juin qu'il ne faudrait pas plus de 15mn pour avertir les utilisateurs.

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En novembre 2015, lors des attentats de Paris, la Toile découvrait le bouton SafetyCheck de Facebook: une fonctionnalité simple proposée par le réseau social de Mark Zuckerberg aux abonnés se trouvant dans une zone à risque de signaler à l'ensemble de leurs contacts qu'ils sont sains et saufs. Développée en Californie en prévision du Big One, le séisme majeur attendu sur la faille de San Andreas, elle a été expérimentée en grandeur nature lors du séisme d'avril 2015 au Népal, puis lors du passage de l'ouragan Patricia au Mexique et au Texas. Mais c'est à Paris que cette solution a été activée pour la première fois lors d'un événement non lié à une cause naturelle. Unaninement apprécié par les utilisateurs et leur proches, ce service a encore été mis en oeuvre en mars 2016 lors des attaques terroristes à Bruxelles.

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Conscient de l'utilité d'une telle solution, mais aussi du besoin d'informer le grand public, le gouvernement français avait travaillé sur une app mobile depuis plusieurs mois et l'a dévoilée le 8 juin, à la veille de l'ouverture de l'Euro 2016 de football. Le principe est simple: l'utilisateur télécharge l'application, s'inscrit et renseigne ses lieux de résidence ou de séjour occasionnel et il reçoit une notification en cas de danger, catastrophe naturelle, attentat, accident industriel ou rupture de barrage...

Dans l'idée que l'Euro de football et ses rassemblements de foules dans les stades, les fan-zones et les bars constituait une cible de choix pour les attaques terroristes, le gouvernement français avait tenu à proposer cet outil aux détenteurs d'un smartphone, avec l'alerte en cas de danger, mais aussi des conseils sur la conduite à tenir, des lieux de refuge éventuels, des attitudes à adopter selon la nature du danger,... Lors de la présentation de l'app baptisée SAIP (Système d'alerte et d'information des populations), l'objectif annoncé était de diffuser le signal en moins de 15minutes en cas de crise.

L'app SAIP développée par le gouvernement français En cas d'alerte, l'utilisateur est prévenu et bénéficie de conseils pour se mettre en sécurité

Or, jeudi soir à Nice, de nombreuses personnes ayant téléchargé l'app n'ont reçu la notification que plus de deux heures après le carnage perpétré sur la Promenade des Anglais. Alors que le camion a foncé dans la foule entre 22h30 et 23h, c'est à 1h34 que l'écran de l'application a viré au rouge et qu'une notification a été envoyée aux utilisateurs. Or, à ce moment-là, tout danger était officiellement écarté, le conducteur du camion ayant été abattu et les forces de l'ordre ayant confirmé qu'aucune prise d'otages n'était en cours dans la ville, contrairement à certaines rumeurs qui circulaient sur les réseaux sociaux.

De nombreuses critiques sur Twitter

Suite à ce retard conséquent, de nombreux internautes se sont plaints d'un service déficient, allant parfois jusqu'à se poser la question de l'hésitation éventuelle des autorités qui auraient pu craindre un vent de panique en cas de déclenchement de l'alerte.

 

Or, comme en novembre lors des attentats de Paris ou en mars lors de ceux de Bruxelles, ce sont encore les réseaux sociaux qui ont été les plus réactifs. Dans les minutes qui ont suivi l'attaque, Facebook a activé le SafetyCheck et des milliers de personnes se trouvant à proximité des lieux de l'attaque ont pu rassurer leurs proches ainsi. Du côté de Twitter, le hashtag #PortesOuvertesNice est apparu très rapidement aussi et a permis aux particuliers d'ouvrir leurs portes pour accueillir les gens qui se trouvaient dans la rue de la ville française à ce moment-là.

Chez des particuliers ou dans des lieux publics fermés, les réseaux sociaux ont ainsi indiqué des refuges sûrs très rapidement. Et même les autorités locales ont utilisé cette solution et l'ont conseillée via leurs comptes sur les réseaux sociaux, à l'image de la Ville de Nice.

Au lendemain du carnage, en plus de l'enquête sur le meurtrier, les autorités françaises devraient donc également mener un audit pour connaître les raisons de l'alerte extrêmement tardive via SAIP. Pour de nombreux internautes, cette app à peine née est déjà jugée inutile. Si Nice a vécu une attaque par un individu isolé, la situation aurait pu être terriblement plus grave si, comme à Paris en novembre ou à Bruxelles en mars, plusieurs équipes de tueurs avaient agi au même moment: une alerte aussi tardive aurait pu engager la responsabilité de ceux qui l'ont déclenchée sur des victimes non averties à temps.

Lire aussi: Paris débute la séance en baisse après l'attentat de Nice

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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