Bilan

A Zurich, Uber lance UberPop, sa déclinaison qui fâche

La start-up californienne offre désormais à chacun la possibilité de faire le taxi. Cette initiative a provoqué un tollé dans les capitales européennes.

Avec sa variante UberPop qui permet à chacun de s'improviser taxiste, Uber a déchaîné la colère des taxis des grandes villes européennes au printemps dernier.

« C’est un succès. En quelques jours, plusieurs centaines de personnes se sont annoncées pour devenir chauffeurs occasionnels chez UberPop. Ce sont en règle générale des actifs déjà salariés qui souhaitent faire une autre expérience, rencontrer des gens ou aider des touristes. Ces volontaires sont davantage intéressés par le côté humain que par le revenu », dévoile Rasoul Jalali, manager de Uber Zurich.

Implantée à Zurich depuis l’été 2013 et active à Genève depuis septembre dernier, Uber teste actuellement dans la ville de la Limmat sa déclinaison UberPop, qui permet à chaque automobiliste de s’improviser chauffeur. La start-up californienne met ainsi en relation prestataires et utilisateurs par l’intermédiaire de son application pour smartphone. Si le service de base d’Uber, à savoir des chauffeurs professionnels au volant de limousine, est plus cher que le taxi traditionnel, UberPop véhicule le client pour moitié moins cher. La firme encaisse 20% de commissions et le conducteur empoche le reste.

Une prestation qui se déploie à la limite de ce qu’autorise la loi. Selon celle-ci, celui qui transporte des passagers plus deux fois ou davantage dans un délai de 16 jours, et en tire un revenu, est un chauffeur professionnel. A ce titre, il doit être détenteur d’un permis spécifique, ainsi que le véhicule.

Or, pour s’inscrire comme chauffeur chez Uber, il suffit de disposer d’un permis de conduire, d’une voiture à quatre portes de moins de dix ans d’âge, et de fournir un extrait de casier judiciaire. Les autorités ne l’entendent pas de cette oreille. La NZZ am Sonntag rapporte que l’Office fédéral des routes et la Police zurichoise se montrent intraitables à ce sujet : celui qui travaille deux fois par mois et plus pour UberPop enfreint la loi et est amendable.

« Cette affirmation ne correspond pas à la réalité, rétorque Rasoul Jalali. Nous avons étudié la légalité de notre projet avec des juristes et nous ne l’aurions pas lancé s’il y avait un problème de loi. L’interdiction de faire plus d’un trajet en 16 jours concerne les chauffeurs qui veulent en tirer un profit. Or, ce que touchent les conducteurs d’UberPop correspond davantage à un dédommagement qu’à des honoraires. »

A Genève, Uber est encore en phase de lancement et n’a pas l’intention de lancer UberPop dans l’immédiat. Manager d’Uber Genève, Steve Salom fait le bilan après deux mois d’activité : « Nous avons connu une croissance très rapide, tant au niveau des utilisateurs, que des chauffeurs. Ces derniers sont de plus en plus nombreux à nous contacter mais nous ne communiquons pas leur nombre. Nous pouvons cependant vous dire que le temps d'attente moyen après la commande d’une voiture est passé de 10 minutes à nos débuts à 5 minutes aujourd'hui. » 

On se rappelle au printemps dernier des mouvements de grève des taxistes des grandes villes européennes qui protestaient contre la concurrence d’UberPop et ont paralysé le trafic une journée durant. Tel l’arroseur arrosé, la profession a réalisé au final un formidable coup de pub pour la compagnie américaine, qui a profité de l’occasion pour lancer des offres spéciales et faire le plein de nouveaux utilisateurs.

Fondée en 2009 par Travis Kalanick, Uber se présente comme une success story de la Silicon Valley, soutenue par la filiale de capital-risque du géant Google. Une récente nouvelle ronde d’investissement a permis à la firme de lever un nouveau milliard de dollars, tandis que sa valeur est estimée à 17 milliards de dollars.

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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