Bilan

A Munich, Watson entre dans les usines

Docteur à Boston, banquier à New York et commerçant à San Francisco, le programme d’intelligence artificielle d’IBM collabore aussi depuis un mois avec les acteurs de l’industrie. Reportage.

Niché sur quinze étages, le centre Watson représente un investissement de 200 millions d’euros.

Crédits: Dr

Garées au pied des tours jumelles qui dominent le quartier d’affaires de Munich, deux BMW i8, taguées aux couleurs du programme d’intelligence artificielle Watson d’IBM, encapsulent la vision de l’entreprise pour ce qu’elle appelle le «cognitive computing». En substance, ces véhicules sont capables de dénicher la station-service la plus proche, d’y payer directement le plein ou d’avertir le service de maintenance de BMW avant qu’une pièce ne soit usée. 

Il ne s’agit pas d’un scénario de science-fiction. Dans le jargon de «big blue», c’est un «use case», un usage il illustre ce qu’envisage non seulement IBM dans son nouveau centre Watson mais aussi ses partenaires industriels. Au premier rang desquels BMW, ABB, Bosch, Siemens, Visa... «Nous avons choisi de nous implanter au cœur de l’Europe industrielle», explique John Kelly, vice-président d’IBM chargé des solutions cognitives et de la recherche. Il ajoute qu’il s’agit du plus grand investissement de l’entreprise en Europe depuis des années: 200 millions d’euros. 

Occupant 15 000 m2 sur quinze étages depuis le mois dernier, le quartier général Watson IoT accueille plus de 300 spécialistes de l’intelligence artificielle avec l’objectif d’un millier. Comme son pendant médical à Boston, financier à New York ou dans le commerce électronique à San Francisco, ce centre Watson, le premier hors des Etats-Unis, fonctionne comme un espace de coworking. Les entreprises partenaires collaborent sur des projets précis avec les ingénieurs d’IBM et le support des différents labos: applications industrielles, studio de consulting et de design, fablab… Les start-up n’ont pas été oubliées avec une collaboration entre Indiegogo et Arrow Electronics qui leur donnent accès gratuitement aux ressources de Watson. 

La modélisation du monde 

IBM veut, en effet, aller vite pour mettre le drapeau de son intelligence artificielle sur les 30 milliards d’objets connectés prévus d’ici à 2020 et surtout sur les 160 trillions de gigabites de données produites par ces objets d’ici à 2025. Les premières collaborations font comprendre ce qui est en jeu. Jim McCarthy, directeur global de l’innovation de Visa, explique que pour son entreprise, «il n’y a pas de raison que les 30 milliards d’objets connectés ne soient pas aussi des terminaux de paiement. C’est l’idée de la voiture qui paie son plein, de la machine à laver qui achète son courant quand il est bon marché ou bien encore du paiement d’un objet à l’usage plutôt qu’à la propriété.» 

Pour les industriels, les enjeux de cette association entre l’internet des objets et l’intelligence artificielle paraissent tout simplement énormes. Le fabricant d’ascenseurs finlandais Kone vient de connecter 15 000 ascenseurs dans le monde afin que Watson analyse leurs données pour anticiper les pannes. L’entreprise pourra ainsi faire de la maintenance préventive. Pour les mêmes raisons, la SNCF connecte les capteurs de température de ses voies et de fermetures des portes à l’intelligence artificielle d’IBM, de même que Bosch les machines de ses 276 usines dans le monde. 

Cette association avec les industriels semble bien partie. Watson a gagné 50% d’entreprises clientes dans le monde au cours des six derniers mois pour en atteindre 6000. Reste cependant à savoir si la superposition de cette intelligence artificielle à tout ce qui nous entoure – environnement naturel compris avec la filiale The Weather Company et ses 26 milliards de prévisions par jour – ne va pas entraîner des résistances croissantes.

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

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Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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