Bilan

A Bâle, l’art digital grandit à l’ombre d’Art Basel

La Maison des Arts Electroniques de Bâle (HeK pour Haus der elektronischen Künste Basel) présente une exposition originale sur l’intelligence artificielle à la fois thème et outils des artistes digitaux.

  • Zach Blas et Jemina Wyman ont redonné vie à Tay un chatbot créé par Microsoft qui s’exprime avec en arrière plan les images du logiciel DeepDream de Google.

    Crédits: DR
  • Dries Depporter a réalisé une installation qui utilise l’IA pour trouver des personnes connues dans des flux d’images de vidéosurveillance.

    Crédits: DR

Alors qu’Art Basel s’ouvre au grand public, les visiteurs qui pourraient se trouver un peu lassés par un déferlement de pop art et d’accumulations qui tournent en boucle quand même depuis les années 60, trouveront un type d’inspiration plus contemporain à la Maison des Arts Electroniques de Bâle (HeK).

Soutenu par les fondations ArtTech et Mercator, Migros et le collectif artistique iArt, les curateurs Sabine Himmelsbach et Boris Magrini se sont attaqués à un thème qui interpelle les artistes tout comme le reste de la société : l’intelligence artificielle. Baptisée Entangled Realities (réalités entremêlées), cette exposition rassemble une douzaine d’œuvres qui explore différents aspects de l’apprentissage machine. Et il ne s’agit pas de tableau peint par une IA comme celui vendu 425 000 dollars chez Christie’s l’an dernier.

Par exemple, avec son Surveillance Paparazzi, l’artiste belge Dries Depoorter a hacké des caméras de surveillance dans le monde entier. Leurs flux d’images sont analysés par un logiciel qui identifient (ou croient le faire) des personnalités connues dans la masse des visages filmés pour en extraire régulièrement une photo géolocalisée projetée dans l’exposition. L’écho à des applications de l’IA telles que le système de crédit social chinois basé sur le big data est évident. De même que celui aux applications destinées à la mise en scène de soit comme Instragram.

Créativité humaine contre IA

Dans son œuvre Autonomous Trap, le britannique James Bridle explore avec humour comment la créativité humaine peut se jouer de de l’IA. Son œuvre montre une voiture autonome prise au piège dans un cercle délimitée sur un parking de montagne. La ligne blanche infranchissable peinte sur le sol la force à tourner en rond. Une œuvre qui rappelle  comment des voitures autonomes ont pu être trompées par de simples autocollants apposés sur d’autres véhicules. Ou comment les chauffeurs Uber éteignent leurs applications lors d’affluence dans les aéroports pour forcer l’algorithme à augmenter le prix des courses.

De l’histoire du chatbot Tay – une IA mise au point par Microsoft devenue homophobe et raciste en interagissant avec des internautes – à la manière dont nous construisons des biais dans les IA en les alimentant de nos préjugés les choix effectués par les curateurs sont très pertinents. On reste un peu sur sa faim en ce qui concerne le nombre d’œuvres mais vu le nombre de celles présentées à Art Basel le détour par la HeK aura probablement aussi quelque chose de reposant. En outre, l’application de l’intelligence artificielle dans l’art n’en est qu’à ses balbutiements.


Entangled Realities – Living with Artificial Intelligence, HeK du 9 mai au 11 août 2019.

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

Du même auteur:

«Le prochain président relèvera les impôts»
Dubaï défie la crise financière. Jusqu'à quand'

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."