Bilan

«Nous ne ferons qu’un avec la machine»

Dépasser la peur pour imaginer la future cohabitation entre hommes et robots: Nicoletta Iacobacci du groupe de réflexion californien Singularity University, a posé lors du «Creative Morning» de vendredi, à Genève, les enjeux éthiques et politiques du développement de l’intelligence artificielle.

L'intelligence artificielle en est à ses balbutiements mais devrait bientôt s'insérer dans tous les domaines de la vie professionnelle.

Crédits: Image: DR

Que restera-t-il à l’homme quand les machines assumeront l’ensemble des tâches répétitives, même les plus complexes? Pour Nicoletta Iacobacci, une réponse, la créativité: «Le XXIe siècle sera créatif. Nous sommes encore au Moyen-âge de l’intelligence artificielle, et la machine ne dispose pas d’une conscience propre et de sensibilité. Si quelqu’un peint un tableau, on ne peut pas dire exactement pourquoi et comment cela vient, créer reste le propre de l’homme. En revanche, un homme ne peut pas concurrencer un robot dans l’exécution réitérée de tâches prédéterminées. Le robot ne fatigue pas, tourne 24h sans repos, et se révèle plus précis et régulier.»

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Tout en reconnaissant que les précédentes révolutions industrielles ont créé des emplois en même temps qu’elles en ont détruit, la chercheuse estime que la progression «exponentielle» de l’intelligence artificielle devrait amener à remettre profondément en cause l’utilité sociale par le travail: «Aujourd’hui la dignité humaine s’inscrit encore largement dans un cadre normé, celui de l’emploi. Demain, chacun devra trouver son propre mode d’expression, social ou artistique par exemple.» La répartition des richesses devra alors être repensée, Nicoletta Iacobacci préconisant la combinaison de la taxation des robots préconisée par Bill Gates et du revenu de base universel, expérimenté notamment par le fondateur d’EBay Pierre Omydiar au Kenya et par le gouvernement finlandais.

Ce sont les hommes qui programment les machines

Outre la volonté d’interpeler les politiques, le projet de réunir autour d’une même table chercheurs, philosophes, mais aussi écrivains de science-fiction, «car ce sont eux qui arrivent à toucher les masses», a été évoqué lors de cette session Crative Mornings de Genève de fin février.

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Face aux craintes suscitées par le développement de machines dotées d’une autonomie supérieure dans la prise de décision, Nicoletta Iacobacci voit dans l’intelligence artificielle une capacité à parvenir à une forme d’autorégulation en termes éthiques. «Certes, des drones tuent. Mais ce sont les hommes qui programment les machines qui ne sont pas éthiques, pas les machines elles-mêmes. Un projet à 7,5 millions de dollars a même été financé aux Etats-Unis pour créer un agent moral, une forme d’intelligence artificielle qui se positionnerait sur ces questions.»

Omniprésente à l’avenir, l’interdépendance entre hommes et machines pourrait même aboutir à la fusion des deux. Pour Nicoletta Iacobacci, tenante du concept de «singularité», l’avènement du cyborg, mélange entre l’homme et la machine, est déjà à l’œuvre et va s’accélérer. «L’homo sapiens est technologique, c’est ce qui le caractérise. Il a toujours cherché son prolongement au travers de l’outil, puis de la machine. Une dent artificielle ou une prothèse au genou, c’est le premier niveau du Cyborg, mais récemment, un implant cérébral sur une patiente a été réalisé en Chine pour améliorer ses capacités cognitives. Avec les progrès de l’intelligence artificielle, on peut penser que dans le futur, l’homme et la machine ne feront qu’un.»

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Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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