Bilan

«Les Suisses restent attachés au cash et aux grandes banques»

Désormais valorisée 1,7 milliards, le disrupteur bancaire Revolut poursuit sa percée en Suisse avec plus de 50 000 utilisateurs. A l'occasion de sa venue sur Genève, Benjamin Belais, directeur pour les marchés suisse et français, revient pour Bilan sur les défis à relever pour continuer à progresser.

Benjamin Belais, directeur France-Suisse de Revolut, répondait hier à Spaces, Genève, aux questions du public sur le développement ultra rapide de la jeune fintech

Crédits: Dr

«Je vais actualiser les chiffres de ce slide, car ils ont plus d’une semaine», a relevé hier soir, souriant, Benjamin Belais, directeur France et Suisse de Revolut, en introduction de l’événement organisé lundi soir à l’espace de coworking Spaces de Genève par l’association Frenchtech Suisse. Et pour cause, la croissance de la fintech anglaise est fulgurante. 400 employés, 2 millions d’utilisateurs réguliers, 500'000 quotidiens. En moins de 3 ans d'existence, Revolut a été la plus rapide entreprise européenne de l’Histoire à atteindre les 1,7 milliards de valorisation, suite à sa dernière levée de fonds de 250 millions, réalisée en mai. Toutefois, pour Benjamin Belais, s’imposer sur le marché suisse passe par vaincre certaines résistances.

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Bilan: La société va prochainement se lancer sur trois continents dont l’Amérique du nord. Quel intérêt porte-t-on en interne au marché suisse, et ses 8 millions d’habitants.

Benjamin Belais: La Suisse, c’est d’abord un tout petit pays pour gérer une monnaie unique et indépendante. En général, les pays de cette taille sont inclus dans des monnaies communes. Mais du coup, la Suisse est un pays surexposé au taux de change. Pour l’instant, on marche bien dans les régions frontalières, notre premier public. Notre principe, outre celui de permettre à nos clients de stocker leur argent dans 25 monnaies selon leur choix, edst de ne pas appliquer de frais de paiements à l’international, ni de frais de change. Le taux de conversion est systématiquement le taux de change interbancaire, selon l’indice Morning star. Par exemple, avec ma carte Maestro, quand je fais des courses en France, ma banque suisse me charge 1% de frais de paiement à l’international et entre 4 et 5% pour le taux de change. Au final, ça me coûte entre 5 et 6% de plus qu’avec Revolut. De plus Revolut n’applique aucun frais aux virement internationaux, que nous garantissons effectués en 24 heures.

Dans ces conditions, sur quoi gagnez-vous de l’argent?

Principalement sur les commissions versées par Visa et Mastercard. Il faut savoir que quand vous effectuez un paiement auprès d’un commerçant, ces organismes prélèvent 0,2% sur le commerçant, mais jusqu’à 1,2% en Amérique du nord. Ici en Europe, ils nous reversent environ la moitié, soit 0,1%. Ca ne paraît pas grand chose, mais le mois d'avril, nos clients ont réalisés pour 2 milliards de transaction. D’ailleurs, depuis décembre nous sommes rentables, ce qui montre la viabilité de notre modèle.

Vous taxez également les retraits au guichet…

Et c’est normal, car c’est cela qui occasionne les dépenses pour le secteur. Les mouvements d’argents digitaux ne coûtent rien, revolut ne prend donc pas de commissions. Le guichet, en revanche, ce sont des coûts matériels, logistiques plus importants. Le frais de 2%, au-delà de 240 francs par mois, n’est pas une source de revenu à proprement dit pour Revolut. C’est un coût répercuté.

Revolut affiche actuellement 50 000 utilisateurs en Suisse, soit 0,7% de la population. Que faut-il pour obtenir des résultats plus intéressants?

C’est déjà un taux de pénétration supérieur au marché français, par exemple, ou nous avons 250 000 utilisateurs, mais pour 65 millions d’habitants. Mais moins par contre qu’en Grande-Bretagne, où les populations sont habituées depuis plus longtemps à l’environnement fintech, ou encore que les pays baltes ou Gibraltar où nous affichons respectivement 5% et 28% de pénétration. Il y a des freins d’ordres cuturels. La Suisse n’est pas un marché facile. La question de la confiance est très forte. On se rend compte que les Suisses restent attachés au cash et aux grandes banques. Il faut accompagner l’évolution des mentalités, et rassurer.

Les choses pourraient changer avec l’obtention de la licence bancaire?

La demande est en cours, depuis plusieurs mois, auprès de la BCE, mais cela prend du temps. Nous  sommes conscients que c'est à double-tranchant, nous risquons de perdre en agilité, mais cela nous ouvrira un autre statut et d’autres business, comme faire travailler l’argent. Actuellement, encore Fintech, nos fonds sont sous séquestre auprès d’une grande banque anglaise. Ceci dit nous ne cherchons pas à proposer tous les services. Par exemple, nous pourrions déjà faire du crédit mais nous ne le pratiquons pas. En effet, la politique de Revolut est d’aller uniquement là où elle offre un avantage net sur le système bancaire classique.

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Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et En Suisse romande. Aujourd’hui journaliste indépendant, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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