Bilan

«Les Kilowattheures non produits sont les plus avantageux»

Quels sont les résultats des prescriptions d’efficacité énergétique adoptées depuis 2002 par la Suisse?L’efficacité énergétique comprend de nombreux domaines dont deux sont particulièrement importants : le domaine des bâtiments et celui de l’électricité. Pour les bâtiments, des prescriptions existent depuis longtemps en Suisse. Ces 10 dernières années, le besoin calorifique des nouveaux bâtiments a baissé de près de 50%, passant de quelque 9 litres par mètre carré à moins de 5 litres en équivalent mazout. En ce qui concerne l’électricité,  des prescriptions d’efficacité ont été introduites pour la première fois en 2009 pour les appareils ménagers comme les machines à laver et les réfrigérateurs mais aussi pour les moteurs et pour les lampes. Elles commencent à déployer leurs effets. Lorsqu’elles seront intégralement mises en œuvre, autrement dit quand les nouveaux modèles auront remplacé tous les anciens, ces nouvelles prescriptions permettront d’économiser près d’un milliard de kilowattheures par an. Cela  correspond grosso modo à la consommation annuelle d’électricité de la ville de Berne.

Ces prescriptions dans le domaine de l’électricité sont associées à des activités complémentaires comme les informations et les conseils fournis par SuisseEnergie ou de nouveaux instruments comme les appels d’offres publics. Le programme prokilowatt.ch permet ainsi pour la première fois en Suisse de soutenir financièrement des projets d’efficacité qui présentent un rapport coûts/bénéfices particulièrement bon. Pourquoi l’efficience énergétique est-elle devenue un axe du développement des technologies environnementales en Suisse?Le Conseil fédéral mise sur l’efficacité énergétique dans sa stratégie reposant sur quatre piliers: énergies renouvelables, grandes centrales électriques et politique énergétique internationale. Chaque kilowattheure d’électricité qui n’est pas consommé ne doit pas être produit. Les kilowattheures économisés sont donc toujours plus avantageux! En ces temps d’insécurité économique et d’augmentation des coûts de l’énergie, c’est un argument de poids.

L’objectif est d’assurer un approvisionnement énergétique sûr, écologique et à un prix abordable. Etant donné qu’il est difficile d’augmenter les capacités des centrales, l’efficacité énergétique est un moyen de réduire les besoins. D’autant plus que, comme l’ont démontré les évènements du Japon, les technologies de production d’électricité présentent des risques potentiellement élevés. C’est pourquoi les technologies d’efficacité énergétiques sont  importantes. Quel est le potentiel du domaine de l’efficience énergétique en termes d’emplois et de croissance pour la Suisse et singulièrement la Suisse occidentale?L’efficacité énergétique et les énergies renouvelables appartiennent aux principaux marchés de croissance de ces prochaines décennies. C’est la conclusion de l’étude réalisée par McKinsey sur mandat de l’Office fédéral de l’énergie qui a été publiée début 2010. Cette conclusion vaut aussi bien pour la Suisse, notamment dans le domaine des bâtiments, que pour l’économie d’exportation. Selon cette étude, la mise en œuvre de mesures d’efficacité et la promotion des énergies renouvelables créeront 11’000 emplois d’ici 2020. De manière générale, comment les entreprises suisses vous semblent-elles se saisir du potentiel de l’efficience énergétique? Sont-elles proactives ou au contraire plutôt à la traine?Il n’est pas possible d’apporter une réponse globale. Toutefois, nous constatons que les entreprises pour lesquelles l’énergie est l’un des principaux facteurs de coûts sont très actives depuis des années en matière d’efficacité énergétique. L’OFEN aide, conjointement avec l’Agence de l’énergie pour l’économie (AEnEC), près de 2’000 entreprises à réduire leurs émissions de CO2 et à augmenter leur efficacité énergétique.

En partant du principe que diminuer la consommation énergétique aboutit à diminuer ses revenus pour une entreprise, en particulier si elle produit de l’énergie,  quels est le modèle d’affaires de l’efficience énergétique ?Cette conception des producteurs d’énergie est aujourd’hui dépassée. Les distributeurs d’énergie ont reconnu qu’il peut aussi être financièrement plus intéressant d’influencer la consommation par des mesures d’efficacité que de fournir de l’énergie de pointe plus chère. Des développements comme la réalisation de réseaux intelligents ou « smart grids » viendront renforcer cette évolution et permettront une gestion active des réseaux. De plus, l’étroite collaboration entre distributeurs et clients et le développement de nouveaux services, par exemple  dans le domaine de l’efficacité énergétique, vont permettre de fidéliser la clientèle et de dégager de nouvelles recettes .La recherche en énergie a été le parent pauvre de l’investissement scientifique suisse ces dernières décennies. La situation a–t–elle changé et le domaine de l’efficience énergétique est-il devenu une priorité pour la recherche ? L’efficacité énergétique est depuis toujours un élément-clé de la recherche énergétique en Suisse puisqu’il s’agit en premier lieu d’utiliser de manière plus efficace et durable les technologies disponibles. Les priorités de l’OFEN en la matière sont les bâtiments, par exemple l’amélioration de l’isolation, le trafic, surtout les moteurs et l’électromobilité, les applications électriques et la technique des centrales, ainsi que les réseaux électriques. Pour ces derniers, les réseaux intelligents sont de plus en plus sous les feux des projecteurs. Aujourd’hui, l’OFEN soutient des projets de recherche dans le domaine de l’efficacité énergétique à hauteur d’environ 9 millions de francs et des projets de recherche portant sur les énergies renouvelables pour près de 7 millions de francs.

Dans toute la Suisse, environ 30% des fonds de recherche publics sont affectés à l’énergie nucléaire, 23% aux énergies renouvelables et 39% à l’efficacité énergétique.Et en ce qui concerne l’évolution de l’enveloppe globale ?En ce qui concerne l’enveloppe budgétaire que les pouvoirs publics consacrent à la recherche énergétique en général, sa part a sans cesse diminué ces 15 dernières années, passant d’environ 0,6 ‰ à 0,4 ‰ du PIB. Toutefois, ces dernières années,  on observe une hausse en chiffres absolus. En 2009, la barre des 200 millions de francs a de nouveau été franchie, comme le demandait la Commission fédérale pour la recherche énergétique (CORE). S’agissant du pourcentage du PIB, la Suisse se situe certes nettement derrière le duo de tête formé par la Finlande (0,9 ‰) et le Japon (0,8 ‰) mais devant les Etats-Unis (0,3 ‰). En fait, les chiffres mis à disposition par l’Agence internationale de l’Energie (AIE) pour 2008 montrent que la Suisse, avec 200 millions de francs, alloue nettement plus de fonds publics à la recherche énergétique par rapport à son nombre d’habitants que l’Autriche, l’Allemagne ou les Etats-Unis. Cependant, il faut aussi dire que certains pays disposent de moyens supplémentaires permettant d’accélérer l’introduction de nouvelles technologies comme par exemple l’Autriche avec son fonds pour le climat.Dans quels domaines de l’efficience la Suisse peut-elle se profiler à l’export?Ce sont les domaines des machines et des appareils dont l’efficacité devient un argument face à la concurrence.Le domaine des bâtiments dans lequel la Suisse a une longue expérience et des entreprises et prestataires compétents. Enfin.le domaine du réglage et du pilotage est aussi important.

 

 

 

La plus grande cité solaire thermique de Suisse

En 2000, le vigneron genevois Nicolas Bonnet et son frère Laurent, graphiste, se mettent en tête de valoriser un terrain qu’ils possèdent à l’entrée de Satigny. Pas question cependant de le faire contre leurs valeurs. Onze ans plus tard et après beaucoup de casse têtes administratifs, les 78 logements (2/3 de HLM et 22 PPE) des Cépages constituent la plus grande cité alimentée par le solaire thermique de Suisse et un exemple d’efficacité énergétique.

Avec 85% des déchets recyclés à proximité, l’utilisation systématique de matériaux locaux, le recours à une entreprise générale (Rampini) certifiée ISO 14 001, l’élimination des ponts thermiques et même l’isolation  des cages d’ascenseur, cette cité modèle est si efficace du point de vue énergétique que les appartements ne perdent qu’un demi degré Celsius par 24 heures si l’on coupe le chauffage en hiver. Afin de ne pas rejeter de CO2, l’ingénieur Georges Spoerhle du bureau Erte  a optimisé le chauffage au solaire thermique avec des pompes à chaleur à haut rendement.

« Pour un franc d’électricité (renouvelable), on obtient l’équivalent de 4 francs sous forme de chaleur», remarque Nicolas Bonnet qui constate aussi que «depuis l’inauguration en décembre, le système produit plus d’énergie qu’il n’en consomme.»

 

 

Deutsche zusammenfassung

Die eingesparte Energie ist die billigste Energie

Für Walter Steinmann, Direktor des Bundesamtes für Energie (BFE), steht die Energieeffizienz im Vordergrund. Sie verringert die Energierechnung und schafft einen Wettbewerbsvorteil für die Exportindustrie. Dank der Bauvorschriften konnte der Energieverbrauch von Neubauten innerhalb von zehn Jahren um bereits 50% reduziert werden. Die Vorschriften zur Energieeffizienz von Haushaltsgeräte, Motoren und Lampen werden jährlich eine Milliarde Kilowattstunden einsparen – das entspricht dem Stromverbrauch der Stadt Bern. Das BFE legt bei der Energieeffizienz seine Schwerpunkte auf Gebäude und da auf die verbesserte Isolation, auf den Verkehr und da vor allem auf die Motoren und die Elektromobilität, auf elektrische Anwendungen und die Technik von Kraftwerken sowie auf intelligente Stromnetze. Das BFE unterstützt Forschungsprojekte im Bereich von Energieeffizienz mit rund 9 Millionen Franken und Forschungsprojekte für erneuerbare Energien mit fast sieben Millionen Franken.

Die Energieeffizienz ist auch ein entscheidendes Argument für die Wettbewerbsfähigkeit, sofern die Energiekosten durch die Benutzung von Maschinen und Geräten deutlich niedriger liegen. Das Programm EnergieSchweiz sucht gemeinsam mit dem Verband der Maschinenindustrie, Swissmem, nach Möglichkeiten, um konkrete Projekte zu realisieren und dadurch die Wettbewerbsfähigkeit von Schweizer Produkten in Hinsicht auf Energie zu erhöhen.

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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