Bilan

«Les éditeurs préfèrent la coopération avec Google»

Le fonds de 60 millions d’euros alimenté par le moteur de recherche américainpour la presse française a-t-il acheté la paix?
Marc Schwartz, chargé de la mission de médiation entre Google et les éditeurs français. Crédits: Dr

Les éditeurs de la presse française ont signé un accord sur le partage des revenus publicitaires en ligne avec Google. Outre la création d’un fonds de 60 millions d’euros abondé par le moteur de recherche pour financer l’innovation numérique, les éditeurs français utiliseront les plateformes de Google comme AdSense à des conditions avantageuses. Une victoire à la Pyrrhus? La réponse de Marc Schwartz, associé au sein du cabinet de conseil Mazars, le négociateur désigné par le président François Hollande.  

Au lieu d’une loi pour rémunérer les éditeurs chaque fois qu’un moteur de recherche indexe un article, la France opte pour un accord direct. Quel est l’avantage?

Quand  cette mission de médiation m’a été confiée par le gouvernement français en octobre dernier, le président Hollande a été très clair: une loi ne serait nécessaire que si les parties en présence n’arrivaient pas à trouver un terrain d’entente. A l’époque, personne n’y croyait. On a même parlé «d’accord mort-né»! Pourtant, nous y sommes parvenus.

Certes, mais cela donne l’impression que Google a en définitive acheté la paix avec 60 millions d’euros – très loin de son milliard et demi de revenus en France… 

Votre impression est fausse. Les représentants de la presse d’information ont voté à l’unanimité en faveur de cet accord parce qu’ils en voient les avantages, y compris dans l’accès aux outils de Google dans le cadre du volet commercial. C’est un accord gagnant-gagnant qui procède d’une décision stratégique: celle de coopérer plutôt que de se faire la guerre.

La fronde des éditeurs français avait été rejointe par les Allemands et les Suisses. En signant seule, la France n’affaiblit-elle pas la position de négociation de ses partenaires européens?

Chaque pays est libre de traiter cette question comme il l’entend. Le sujet ne relève en aucune façon de la compétence européenne ou de Bruxelles. L’accord français pourrait être étendu à d’autres pays, mais c’est à eux de le décider. 

En parallèle à cette négociation, on a vu naître une polémique autour du peu d’impôts payés par Google en France. Cela a-t-il eu une influence? 

Ce sont deux choses distinctes. La question de la territorialisation de l’impôt de Google est un tout autre sujet. Il relève de l’administration fiscale et n’a aucun lien avec le sujet de la presse. 

 

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

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Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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