Bilan

«La technologie doit être au service de la performance»

On peut encore énormément s’améliorer grâce aux innovations, affirme le préparateur physique Jean-Pierre Egger.

C’est une légende de la préparation physique et du coaching mental. Le Neuchâtelois Jean-Pierre Egger (69 ans) a fait gagner Werner Günthör (triple champion du monde de lancer du poids), le club de football Olympique de Marseille, Simon Ammann (seul sauteur à skis de l’histoire à avoir remporté quatre titres olympiques en individuel) ou Alinghi (double vainqueur de la Coupe de l’America). Le 7 novembre, il parlera du rôle de l’innovation technologique dans le sport lors du séminaire InnoTECH, organisé par les SIG avec Bilan. Echauffement.

Bilan Un célèbre film sur Alinghi vous montre, expliquant à l’équipage d’Ernesto Bertarelli la force du collectif avec un simple jeu de mikado. Que vient faire la technologie dans votre parcours? Jean-Pierre Egger Détrompez-vous: elle est essentielle. Du temps de Werner Günthör, j’avais fait construire ma propre machine de force. Je m’étais assis dans la salle de sport et j’avais réfléchi à la machine idéale, celle qui permettrait le travail le plus efficace, qu’un artisan m’avait ensuite construite.

B Quelle est la part de la technologie dans la performance sportive? JPE C’est très variable. Dans les sports où le matériel est prépondérant, comme la formule 1 ou le ski, son importance est capitale. Dans des disciplines plus «naturelles», la technique, le physique et le mental restent prépondérants.

B Existe-t-il une bonne et une mauvaise innovation technologique? On a vu en natation l’effet désastreux produit par l’arrivée de nouvelles combinaisons qui glissaient mieux dans l’eau. JPE En natation, on a vu que l’on était allé trop loin et on a fait machine arrière en interdisant ces combinaisons. Même chose en saut à skis où certaines combinaisons amélioraient exagérément la portance du sauteur dans l’air. La technologie doit avoir un filtre: cette innovation va-t-elle servir la performance ou au contraire la dénaturer? Le cas extrême de technologie déviante est bien sûr le dopage et les manipulations génétiques…

B Dans quels domaines la technologie peut-elle encore faire progresser le sport? JPE Jusqu’à ce jour, les avancées les plus notables l’ont été dans deux domaines: la mesure de la puissance, de la force et de la vitesse d’une part, dans la captation du mouvement, afin d’améliorer le geste, d’autre part. Je pense que l’on peut encore énormément apprendre dans les domaines de la nutrition – que manger? Mais aussi en quelle quantité et à quel moment? – et de la typologie. La typologie est une question passionnante. On a toujours mis les grands au basket et les légers en saut à skis, mais ce concept va bien plus loin et englobe des éléments comme la coordination, la capacité à appréhender la compétition ou à se relever d’un échec.

B Nombre d’innovations technologiques sont nées en Suisse, de sociétés comme Swiss Timing, Dartfish ou Myotest, mais nos sportifs semblent à la traîne pour les utiliser. Est-ce par manque d’audace ou de moyens? JPE Vous avez raison, ce sont souvent les étrangers qui profitent en premier d’innovations suisses. C’est dû, je pense, à un manque de formation et de professionnalisation de nos entraîneurs. Ils doivent être ouverts à la nouveauté, aptes à comprendre l’outil et à en interpréter les résultats. En tant que préparateur physique, je ne perds plus mon temps à effectuer les tests, je les fais faire en laboratoire. Moi, j’interprète les résultats, je prends ce qui est utile pour la progression de mon athlète. Mon job, c’est le choix de la bonne méthodologie au bon moment.

Crédit photo: Laurent Gillieron/Keystone

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