Bilan

«La technologie crée plus d'emplois qu'elle n'en détruit»

La technologie détruit des emplois: la rengaine connue depuis des siècles est niée par les dirigeants des géants de la high-tech. Leurs dirigeants présents à Davos ont assuré que les nouveaux jobs sont plus nombreux.

La high-tech destructrice de jobs? Pour les dirigeants des géants de la technologie et du web, l'innovation crée plus d'emplois qu'elle n'en détruit.

Crédits: Image: DR

La destruction créatrice: le concept né dans les écrits de Nietzsche a été adapté à l'économie par Joseph Aloïs Schumpeter dès le début du XXe siècle. L'économiste autrichien n'avait sans doute pas prévu la révolution high-tech actuelle. Mais nombre d'observateurs reprennent aujourd'hui la destruction créatrice pour dénoncer des emplois qui disparaissent sous l'effet des nouvelles technologies.

Directement mis en cause, les géants du web et de la high-tech rappellent régulièrement que le processus comporte deux volets: la destruction de certaines activités, mais la création de nouveaux domaines d'activités générateurs d'emplois.

Opportunités de business et nouveaux emplois

Interrogés à Davos, dans le cadre d'un rendez-vous sur l'avenir de l'économie digitale, plusieurs dirigeants de grands groupes de la tech ont réaffirmé leur confiance dans le processus. «La technologie est à la fois créatrice et destructrice de jobs, mais offre d'incroyables opportunités de business que chacun peut saisir et développer pour créer de nouveaux emplois, plus qualifiés, plus intéressants, mieux rémunérés», affirme d'emblée Sheryl Sandberg, COO de Facebook.

«Les personnes dont l'activité disparait du fait du progrès technologique: ce n'est pas nouveau», renchérit Eric Schmidt, président de Google. Et de rappeler le luddisme du début du XIXe siècle: ce mouvement qui visait à détruire les premières machines de la révolution industrielle en Grande-Bretagne pour préserver les emplois peu qualifiés qui étaient alors menacés.

Aujourd'hui. c'est le néo-luddisme qui critique parfois férocement la technologie actuelle, des smartphones aux outils du web et de l'intelligence artificielle à la domotique. L'un des arguments de ces adversaires acharnés de l'innovation technologique actuelle reprend la critique de leurs prédécesseurs du XIXe siècle: la destruction de places de travail au profit de systèmes mécanisés et ne recourrant pas à l'humain dans son fonctionnement quotidien.

La vitesse de l'innovation technologique

Les néo-luddites affirment que la révolution technologique en cours serait encore plus ravageuse en termes d'emplois que la révolution industrielle du XIXe siècle, en raison de l'accélération de l'innovation. Ce constat fait toutefois débat. Certes, Eric Schmidt reconnaît que la vitesse d'apparition des nouvelles technologies a changé: «Nous sommes au début d'une incroyable période d'accélération du progrès technique et d’innovation». Mais il rappelle aussi que cette accélération est aussi liée à une perception: «Il y a plus de temps qu'on ne croit généralement entre l'idée d'une technologie et l'arrivée du produit sur le marché: l'auto autonome a 20 ans, avec les premiers essais dans les centres de recherches et les technologies qui équipent les voitures arrivant sur le marché dans les mois à venir».

Une assistance à la conduite qui est prise en exemple par Satya Nadella, CEO de Microsoft. Pour lui, «il faut être optimiste sur l'avenir de l'économie digitale, car la technologie améliore les capacités humaines et n'élimine pas l'humain du processus: elle développe des activités qui n'existaient pas jusqu'alors».

Et Sheryl Sandberg va même plus loin. Pour elle, la destruction créatrice ne peut se limiter à des pertes d'emploi avec des secteurs qui disparaissent et des créations dans les branches industrielles de la techno: «La technologie ne crée pas seulement de nouveaux jobs dans la tech. Elle en suscite aussi dans des secteurs qui n'ont rien à voir mais qui profitent des effets directs et indirects de l'innovation actuelle». Et Satya Nadella d'appuyer son propos en comparant sur le très long terme démographie et emploi dans les pays ayant vécu plusieurs révolutions industrielles et technologiques au cours des siècles passés: malgré une hausse exponentielle de la population en âge de travailler, le taux d'activité reste très élevé, hors effets conjoncturels de crises économiques.

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

Du même auteur:

Offshore, Consortium, paradis fiscal: des clefs pour comprendre
RUAG vend sa division Mechanical Engineering

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."