Bilan

«Je me battrai jusqu'à la Cour suprême pour diffuser mon vagin 3D»

En détention préventive durant cinq jours, l'artiste Megumi Igarashi a été libérée. Elle exige l'abandon des charges qui pèsent contre elle pour pouvoir vivre de son art.
  • Megumi Igarashi a été arrêtée pour avoir diffusé des données pour fabriquer en 3D un bateau ayant la forme de son vagin (ici: l'artiste à bord de son kayak-vagin en 2013).

    Crédits: AFP
  • L'artiste japonaise Megumi Igarashi, emprisonnée le 14 juillet dernier.

    Crédits: AFP
  • La police a confisqué tous les projets artistiques de Megumi, à l'exception de cette poupée en plastique.

«Tous mes projets artistiques ont été confisqués par la police, à l'exception de cette petite poupée en plastique. Je veux qu'on me les rende. Si c'est nécessaire, je me battrai jusqu'à la Cour suprême pour poursuivre mon projet de vagin 3D», a lancé jeudi Megumi Igarashi, artiste japonaise de 42 ans, lors d'une conférence de presse à Tokyo. Aujourd'hui, dit-elle, ma création s'attaque à un sujet tabou au Japon. «Si le terme vagin est prononcé sur une télévision, il sera remplacé par un bip», déplore-t-elle. Un comble, alors que l'industrie de la pornographie au Japon est un secteur qui pèse des milliards de francs.

Megumi Igarashi ne s'attendait certainement pas à devoir subir les foudres de la police japonaise après avoir diffusé des données pour fabriquer en 3D un bateau ayant la forme de son vagin.

Pour financer son projet baptisé MK Boat, elle fait appel au financement participatif. Bingo: elle récolte rapidement 9000 francs. Les plus généreux donateurs reçoivent par courriel une adresse URL. Celle-ci leur permet d'avoir accès aux données sur son vagin afin de pouvoir créer l'objet en 3D. L'accès est limité à une semaine.

Certains dépassent le délai et l'artiste leur offre une seconde chance. La police, elle, ne lui en donne aucune et réagit avec fracas. Le 14 juillet à 9 heures, dix policiers débarquent chez elle. «Je ne comprends pas pourquoi j'ai été arrêtée, alors que je travaille à temps partiel pour essayer de vivre de mon art», proteste-t-elle.

Les policiers, eux, n'ont aucune idée de ce que signifie le financement participatif. Ils l'interrogent à son domicile. La charge retenue contre elle est inédite: «Distribution de données qui pourrait créer une forme obscène au moyen d'une imprimante 3D».

Durant cinq jours, elle vivra l'enfer de la détention préventive au Japon. Petite cellule, repas menottés, manque de médicaments pour soigner des problèmes de santé. Elle est libérée cinq jours plus tard grâce au soutien international, une pétition qui récolte plus de 20'000 signatures et son avocat. Selon lui, la police poursuit toutefois son enquête. L'artiste risque deux ans et demi de prison et une amende de 22'000 francs. «Il faut que toutes les charges qui pèsent contre moi soient levées. Je veux continuer à vivre de mon art. Il n'y a rien d'obscène dans mes créations», conclut-elle. Dans le monde entier, elle est désormais reconnue comme la «Vagina Artist».

Daniel Eskenazi

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